Publié dans Anecdotes

Je vis avec un bipolaire

bipolaireQuand celui qui allait devenir mon copain m’a annoncé qu’il était bipolaire, je me suis empressée de checker wikipédia pour voir ce que c’était exactement. Comme beaucoup de monde, j’avais entendu parler de cette maladie sans savoir de quoi il s’agissait exactement. Je n’avais pas tout compris et je résumais ça par des troubles de l’humeur. Je me disais donc que ce n’était pas si grave. Que c’était juste un peu comme moi pendant mes règles, quand je passe d’une période imbuvable à une période un peu moins imbuvable (oui ben vu comme ça fait mal j’ai droit !).

Cependant, j’ai commencé à apercevoir une personnalité singulière rien qu’en lui parlant : il était capable de passer d’un état de dépression profonde, pendant laquelle il me parlait de se suicider comme s’il allait chercher son pain, à un état de contentement parce que son chien venait de faire un truc marrant. Et il passait de l’un à l’autre en quelques secondes. Mais parler à distance à un bipolaire, ça ne fait pas tout, car beaucoup d’aspects de la maladie nous échappent.

On a finalement commencé à se faire quelques sorties et j’ai pu constater ses sautes d’humeur en live… et surtout la violence que cela pouvait entraîner. Il suffisait que quelqu’un me regarde de travers dans la rue et aussitôt, le contentement que lui procurait ma présence disparaissait au profit d’envies de meurtre et de pulsions violentes, qui parfois me faisaient peur. Je devais déployer des trésors de diplomatie (et dieu seul sait à quel point je n’ai rien d’une diplomate) pour qu’il n’aille pas sauter à la gorge du gars qui venait de me jeter un regard bizarre. Il n’a cependant jamais eu de pulsion violente dirigée vers moi. Et heureusement, car j’ai beau être forte, je sais que je ne pourrai jamais le retenir. Il est cependant extrêmement possessif, tout en prétendant n’avoir rien à faire de mon existence. C’est particulier !

Nous avons fini par nous mettre en couple et donc, par emménager ensemble. C’est là que j’ai pu constater que sa période dépressive est la plus fréquente. Tout le temps, tout le temps, dès que quelque chose ne va pas, il parle de se suicider et d’en finir avec toute cette merde. Et il en parle comme une blogueuse beauté parlerait de maquillage. Il en parle comme si se suicider était la chose la plus naturelle du monde. Dans ces moments là tout le monde en prend pour son grade : le monde est pourri (bon ça c’est vrai), son boulot est merdique (c’est vrai aussi), les gens sont tous des cons, il n’a goût à rien, n’a jamais de plaisir à rien… il faut une bonne dose de force, de force psychologique, pour supporter un discours pareil en permanence. C’est le genre de choses qui vous propulse dans la dépression tant tout ce qu’il émet est négatif. Heureusement pour moi, je ne me laisse pas facilement influer par les humeurs des autres, même si évidemment, j’ai mes périodes de faiblesse. Dans ces moments là, je me contente de mettre mon casque et d’écouter de la musique pour éviter de l’entendre.

Cependant, parfois, il a des périodes « d’optimisme réaliste ». Je dis réaliste car beaucoup de sites internet parlent de cette période-là comme étant sujette aux hallucinations et à la mégalomanie. Pour lui ce n’est pas vraiment le cas, car il reste réaliste. C’est une période pendant laquelle il va faire plein de projets, mais qui restent réalisables : avoir une maison, évoluer dans son travail (sauf que lui, il ne deviendra pas méprisant quand il gagnera mieux sa vie !), devenir un poil plus riches que ce que nous sommes, me voir travailler dans le domaine de mes rêves, avoir un chien (il a été obligé de donner sa chienne car sa mère n’en voulait plus, et il vivait chez sa mère)… le truc fou, c’est qu’il fait tous ces projets en même temps. Mais ça me fait plaisir de le voir sortir un peu de sa période dépressive, ça fait du bien à mon moral, car c’est parfois usant.

Ses périodes dépressives font qu’il a une vie sociale quasiment inexistante : peu de gens aiment parler aux dépressifs, qui ont tendance à vous entraîner dans une spirale infernale, surtout si vous êtes fragiles. Ces gens là, on leur parle un moment, puis s’ils ne s’en sortent pas, on les laisse tomber. J’en connais qui poussent les haut cris mais généralement, c’est comme ça. Pour nous protéger nous-mêmes plus que par lâcheté. Il a peu d’amis capables de supporter son caractère, voir pas du tout. Enfin je suis avec lui depuis plus de 2 ans et je ne l’ai jamais vu fréquenter quiconque.

Il a parfois aussi du mal à son travail, où ses supérieurs ont une mentalité à des lieux de la sienne, ce sont des clichés de riches bourgeois qui n’en ont rien à faire du peuple, alors que lui, même s’il a commencé à évoluer en hiérarchie, il n’oublie pas d’où il vient. Sauf qu’au lieu de se taire, il clame haut et fort qu’il ne veut pas considérer ses collègues comme de la merde, qu’il n’est pas un connard de riche, et après une fois à la maison il se ronge les ongles car il a peur d’être viré. Après tout dans sa boîte j’y ai travaillé, j’ai été virée à cause de mon handicap, alors ils virent un peu comme ça… le souci c’est qu’il se prend de plus en plus de remarques à cause de son caractère, et j’ai peur de l’explosion le jour où ça va freiner son évolution. Il est très compétent car maniaque, et dans un boulot dans lequel le facing est très important, ça aide. Il s’est immédiatement illustré comme étant un bon élément. Mais ça ne fait pas tout.

Il est aussi incapable de se remettre en question malgré toutes ses contradictions : il croit dur comme fer en ce qu’il est, du moins ce qu’il veut être, et n’en démord pas. Vous aurez toujours tort. Et pourtant moi je n’hésite pas à lui prouver ses contradictions, mais il ne reconnaît rien ^^

Je crois que la seule chose qui me fait peur dans sa maladie, ce sont ses pulsions violentes. Généralement elles sont provoquées par l’attitude des autres, et comme il ne fréquente personne, elles sont rares, mais j’ai peur qu’un jour sa période dépressive se mettre à entraîner chez lui des pulsions suicidaires. Je fais attention de ne pas lui en provoquer, car je suis parfois chiante (surtout pendant les règles, j’suis un cliché sur pattes) et je sens qu’il se retient. Dans ces moments là j’arrête direct car je sais que je ne peux pas le retenir. Surtout qu’en plus, vu que je n’ai pas de travail, je suis toujours à la maison et je ne peux pas lui laisser ses moments de solitude comme il aimerait avoir parfois.

Vivre avec un bipolaire est parfois usant moralement, car il faut être capable de supporter un état dépressif quasi permanent. Et surtout un dépressif bavard, qui va vous décrire précisément dans quel état il est et vous mettre au supplice. Je vous déconseille fortement d’emménager avec un bipo si vous êtes du genre émotif, fragile… car sans le vouloir il va vous tirer vers le bas. Cependant il faut se mettre en tête que c’est une maladie et que la personne a avant tout besoin de soutien. Mon copain, lui, n’accepte pas de voir un psychologue car il n’accepte pas l’idée d’avoir une faiblesse. Du coup, c’est moi qui lui sert de psychologue et bien souvent je ne sais pas quoi faire, à part le laisser tranquille et réfréner ses pulsions. Je trouve que je ne m’en sors pas si mal, quand je vois l’Enfer décrit par certaines personnes alors que je suis plutôt heureuse. Mais ça, c’est sans doute car je suis moins fragile psychologiquement que la moyenne, ce qui me rend capable de supporter ça.

Ce qui a été assez difficile au début vient de ma susceptibilité : quand votre homme vous dit « je t’aime » et l’instant d’après « mais je me fiche de ton existence », c’est assez déroutant. Je dois à la fois prendre en compte ce qu’il dit pour surveiller son état général (pulsions, envies suicidaires) mais je ne dois pas le prendre pour moi. Je sais très bien que malgré ses mots de dépressif il tient à moi, car un jour où j’ai dû être emmenée aux urgences, il a eu tellement peur que j’y passe qu’il m’a dit qu’il ne m’oublierait jamais et garderait mon chat jusqu’à sa mort (c’est un truc qui m’a toujours fait peur, que mon chat se fasse abandonner si j’y passe).

J’ai cependant entendu dire que chaque cas de bipolarité était différent : certains sont sûrement plus difficiles à vivre, d’autres moins. Il y en a même qui ne se rendent sûrement pas compte de leur maladie, pour eux ou pour leur entourage, c’est juste un dépressif qui doit se gaver de médicaments. Dans son cas à lui, c’est une psychologue scolaire qui l’avait diagnostiqué ainsi. Et c’est vrai qu’il passe rapidement d’un état à l’autre. C’est trop rapide pour être une simple humeur changeante, c’est trop violent pour n’être que passager. Ce ne doit pas être très facile à diagnostiquer. Vous pourrez très bien reconnaître une connaissance dans ces mots, tout comme vous dire que non, ce n’est pas pareil. A chaque bipo ses symptômes. Dans tous les cas, il faut une bonne dose de force pour faire face, surtout si la personne refuse un traitement.

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

2 commentaires sur « Je vis avec un bipolaire »

  1. J’aime beaucoup la manière dont tu parles de ton copain et de sa bipolarité. C’est fait sans mièvrerie ou sentimentalisme extrême (avec la volonté de culpabilisation derrière, du style « Je suis une sainte, regardez comme je le comprends bien et comme je me dévoue pour l’aider ») et ça rend le post tellement plus… Juste & sincère. On sent que tu y tiens et que pour rien au monde, tu ne le résumerais à ça. C’est beau cette capacité à admettre qui il est et surtout à vivre avec au quotidien. J’ai une personne diagnostiquée « bipolaire » dans ma famille également et, même si je ne le côtoie pas souvent, je me rends compte que cela a « cassé » quelque chose dans la manière dont je le percevais, si l’on peut dire. Tout ce qu’on lit sur Internet conduit à envisager les personnes bipolaires comme de « bêtes curieuses », dont on ne sait pas vraiment à quel moment elles risquent d’exploser… C’est cette ostracisation entraînée par tout ce qu’on regroupe sous le terme « maladie mentale » qui me rend mal à l’aise. C’est la première fois que j’ai l’impression de lire un texte à propos d’un être humain « bipolaire » et non pas « un bipolaire ». Je trouve la différence très importante.

    Bref, je m’arrête là, je commence à me perdre un peu dans ce que je raconte.

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