Publié dans Une vie de rousse

Noël et moi

Noel famille

Aussi longtemps que je me souvienne, je n’ai jamais été à l’aise avec les fêtes. Parce que fête, ça signifie souvent monde, bruit, et je suis quelqu’un qui, disons, aime le silence et la tranquillité.

Quand j’étais petite, les fêtes de Noël c’était toujours la même chose : ma mère invitait mes grands-parents à déjeuner et faisait le repas. Gigot d’agneau avec des flageolets. Ma grand-mère me détestait (et je n’ai jamais su pourquoi) et passait son temps à me regarder méchamment, ou à faire exprès de tousser pour cracher dans mon assiette. Oui oui. Elle le faisait bien exprès. Du coup la plupart du temps je ne mangeais pas et mon grand-père me le reprochait. Je me demande s’il ne voyait vraiment rien ou s’il faisait semblant…

Le supplice, c’était le moment des cadeaux : je me retrouvais généralement avec un livre que j’avais déjà lu et à chaque fois, mon grand-père me disait de remercier mamie et d’aller lui faire un bisou. Le deal, c’était que je devais faire semblant d’y croire. Mamie ne m’aurait jamais offert quoi que ce soit, il le savait, je le savais, tout le monde le savait, mais il ne fallait rien dire. Et mamie profitait du bisou pour me filer un coup dans le ventre ou les côtes en me disant « non ».

Un jour, j’ai fini par péter un câble, en disant à mon grand-père que je savais très bien que mamie ne participait pas aux cadeaux, qu’elle ne m’aimait pas et que moi je n’aimais pas manger avec elle. Ce fut la fin de ces Noëls « en petit comité » au profit de Noëls avec encore plus de monde. Youpi banane.

Il s’agissait d’une journée entière passée près de ma famille qui me méprisait et que je méprisais. C’était le concours du cadeau le plus affreux alors que moi je ne réclamais rien. Je préférais ne rien recevoir plutôt que ces fripes volontairement affreuses que j’étais obligée « d’essayer » pour faire plaisir. A chaque fois je les donnais lors des collectes Emmaüs l’année suivante, quand ma mère me faisait faire le tri de ce qui était trop petit. J’en profitais pour glisser ces horribles cadeaux. Elle faisait semblant d’être dupe =)

Je crois que le pire fut le Noël de mes 11 ans. Tout le monde avait droit à son « enveloppe magique » de tickets à gratter de mon grand-père, y compris moi (j’étais la seule mineure). Cette fois là, j’ai gagné 200 euros. J’étais super contente et je n’ai pas pu retenir une exclamation. Je me suis faite arracher le ticket des mains, tout le monde l’a regardé et c’était le concours du plus mielleux « Oh à ton âge tu n’as pas besoin de ça, tu vas le donner hein, regarde Élise, elle s’installe, elle aurait bien besoin d’aide !« . J’ai même eu droit à un « Mais c’était mon enveloppe en fait, tu t’es trompée ! » Ce jour là une dizaine de personnes se sont pris dans la poire qu’ils n’étaient que de riches hypocrites, et j’ai donné le ticket à ma mère, parce que la Élise en question, avec deux parents pleins aux as, elle n’était pas à plaindre. J’aurais aimé pouvoir les placer, mais j’étais juste écœurée d’avoir gagné quand j’ai vu les réactions et j’ai préféré me débarrasser du ticket. Je veux dire, ma famille est composée de petits bourgeois, ma mère est la seule « pauvre » car elle a dû mettre sa carrière entre parenthèses pour m’élever. Personne ne l’a jamais aidée. Et on voulait m’arracher 200 euros. Ils sont écœurants.

Par la suite, j’ai refusé de faire des repas de famille. Ma mère a tenté de m’y obliger l’année suivante, mais j’ai fait ma petite grève de la faim en fusillant tout le monde du regard et elle a cessé. J’ai vu plein de bonnes choses défiler sous mes yeux sans y toucher, même au dessert que j’adorais. Je préférais encore me priver que manger avec eux.

Mais ma mère ne renonçait pas à ses idées comme quoi Noël est une fête, et que donc on doit la fêter. Chaque Noël, jusqu’à mes 16 ans, elle m’a traîné aux fêtes de quartier. Je détestais ça, car je n’avais pas droit de jouer avec la personne que j’appréciais le plus et je m’ennuyais à mourir. Il y avait beaucoup de cas sociaux, de dingos, de gens inintéressants, mais je m’y faisais traîner. Généralement je rentrais dès la fin du repas. Quand j’essayais de m’éclipser plus tôt ma mère me gueulait dessus comme quoi elle avait payé le repas et que donc je devais manger. Mais purée, je t’ai rien demandé moi avec ton repas >< !

Je n’ai jamais été à l’aise, entourée de monde comme ça. Je vis toujours comme une intrusion le fait de recevoir des gens chez moi, et je n’aime pas être invitée : être invitée ça veut dire toujours avoir quelqu’un sur le dos, être obligée de discuter, ne jamais être tranquille. Je déteste ça. J’ai juste BESOIN d’être seule, et ça, personne ne l’a jamais compris. Je n’aime pas parler. J’aime écrire, pas parler. C’est tout.

Mon ex conjoint me traînait à chaque fois dans sa famille pour les fêtes, et évidemment, il y avait du monde, du bruit, des enfants qui criaient, dieu que j’avais envie de fuir ! J’étais vraiment anxieuse, je me sentais mal, mais il ne l’a jamais compris. A chaque fois il me râlait dessus, comme quoi je ne devais pas faire ma rustre et venir. J’essayais de partir le plus tôt possible mais lui voulait profiter de sa famille et moi je dépendais de sa voiture pour rentrer. Ouais mais bon, moi, j’ai pas envie d’en « profiter » de ta famille… ce n’est pas une question d’être rustre ou non, c’est juste que je me sens mal quand j’ai des gens autour de moi. Et d’être obligée de leur tenir le crachoir. « Blablabla tu as un don avec les animaux, pourquoi tu deviens pas vétérinaire ? ». Et ma main dans ta poire, elle est vétérinaire ? Comme si on devenait vétérinaire comme ça. Au moins les animaux ne sont pas chiants !

Cependant, le pire Noël de ma vie fut celui de 2012. Je venais à peine d’emménager chez la mère de mon copain (on avait pas encore d’appartement) qu’elle invitait son fils, son petit-fils, sa belle-fille et ses deux petites pour Noël. Bon. Après tout elle était chez elle, je pouvais difficilement m’y opposer. Mon copain m’avait prévenu que son frère était un gros misogyne, parce que monsieur a été cocufié par la mère de son fils, donc toutes les femmes sont des putes, des salopes, des vagins sur pattes juste bonnes pour son plaisir. Ok. Mais il était fumeur aussi. J’ai eu la naïveté de me dire qu’il aurait un minimum de respect : j’ai des problèmes respiratoires, alors s’il voulait fumer, il pouvait très bien le faire au balcon ou sortir tout simplement. Mais non. Deux fumeurs à la maison (mon beau-frère et la belle-fille de la mère), qui ont fumé DANS l’appartement, tout le temps. Ils allaient parfois jusqu’à 5-6 paquets par jour. Chacun. L’appartement était rempli d’un nuage de fumée. Ma chambre était plus ou moins épargnée, et mon copain a fini par intervenir quand mon beau-frère est entré la clope au bec pour discuter avec son frère. Il a vu à mon regard que j’allais faire un meurtre et l’a entraîné dehors. « Putain t’es soumis à ta gonzesse toi, elle a qu’à aller ailleurs si ça la dérange cette pute ». Sympa.

Tout ce petit monde est resté bien plus longtemps que prévu et je suis tombée malade à force de respirer toute cette fumée. J’avais les yeux qui pleuraient, qui avaient triplé de volume, je toussais, j’étais super encombrée, et le beauf’ s’en foutait éperdument. C’est à ce moment là que j’ai développé des problèmes d’allergies et d’eczéma qui ne m’ont jamais quittée. Je me demande parfois si c’est vraiment Paris qui m’a provoqué ça, ou si c’est juste que je ne me suis jamais remise de ces deux semaines d’exposition permanente à la fumée de cigarette.

Depuis, je vous avoue que je refuse toute fête de famille. Ma mère a bien tenté de m’inviter, mais non. Maintenant que j’ai mon mot à dire, je ne veux juste plus fêter Noël avec qui que ce soit. Je veux juste ma tranquillité. C’est le plus beau cadeau que vous puissiez m’offrir.

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

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