Publié dans Une vie de rousse

C’est quoi l’amour, pour moi ?

amour

On m’a souvent demandé comment est-ce que je pouvais aimer, alors que j’ai tendance à rejeter toute émotion, tout lien avec les gens. Alors que, tout simplement, je ne supporte pas les gens autrement qu’à distance. Car oui, à distance, je rigole avec vous, je fais de bonnes blagues (bien grasses parfois, héhé), mais dans la vraie vie, je déteste sortir, je déteste parler, je déteste cancaner ou même partager des moments avec les autres. Je préfère rester chez moi, à l’abri dans mon petit appartement TOUT HUMIDE ET MOISI (oui, je rage, ma proprio ne veut rien faire, selon elle c’est normal en hiver, alors que je n’ai jamais eu ça dans mes apparts précédents). J’ai tendance à mettre tous les gens dans le même sac d’humains corrompus, hypocrites et irrattrapables. Du coup, réflexe de protection, je m’isole… physiquement comme émotionnellement.

Petite, comme j’aimais lire, ma voisine de l’époque me refilait toujours ses petits bouquins Harlequin qu’elle récupérait dans des magasines. La littérature érotique, ce n’était pas vraiment mon genre, mais je lisais malgré tout, par curiosité. Et je me suis fait une idée de l’amour comme ça. Un coup de foudre instantané, des papillons dans le ventre, un désir dévorant, un couple heureux pour la vie. Bon, en réalité, c’est quand même un poil plus compliqué. Surtout dans mon cas.

En plus, je n’étais pas très appréciée à l’école, comme beaucoup « d’intellos de service » (oui, je suis censée avoir honte de mon intelligence. Eh bah non.), donc je ne nouais pas de relations. A une époque, j’étais proche de faux jumeaux, Shania et Nikolaï, qui faisaient partie des rares personnes à me comprendre totalement, à ne pas chercher à m’imposer ce que je ne voulais pas, à me tendre la main quand je n’en pouvais plus. Ironiquement, c’est Shania qui m’a empêchée d’aller plus loin dans mon envie de tout arrêter, car je ne supportais plus ma vie, entre la maladie et le rejet des autres. Je n’arrivais plus à trouver de raison de me lever le matin. Et pourtant, celle qui tentait de me redonner goût à la vie n’était pas bien non plus et a tenter plusieurs fois d’en finir. Sans y parvenir, quelque chose retenait sa main à chaque fois. Mais Shania est partie, fauchée par un chauffard qui l’a percutée de plein fouet. Et un an après, Nikolaï partait à son tour. Sa famille n’a rien trouvé de mieux que lui reprocher de ne pas avoir pris la plaque d’immatriculation du chauffard. Entre ça et la perte de sa jumelle, il ne s’est pas raté. Et moi je me suis retrouvée seule.

Pourtant, comme beaucoup de jeunes de mon âge, j’avais des passions. Je suis curieuse de tout, mais j’ai plus d’affinités avec certains domaines que d’autres. Dès que j’ai eu un ordinateur, j’ai commencé à bloguer. Et c’est sur une plate-forme de blogs que j’ai rencontré celui qui par la suite allait partager ma vie pendant presque sept ans.

J’avais du mal à comprendre ce qui m’arrivait et c’est là que j’ai fait une première erreur. J’avais beaucoup de points communs avec lui, y compris mon passé social catastrophique, et ça nous a rapprochés. J’ai découvert les horreurs auxquelles pouvaient conduire la jalousie. J’étais attachée à lui mais aujourd’hui, je me rends compte que j’avais surtout un besoin vital de ne plus être seule. J’ai beau ne pas aimer les gens, j’ai besoin d’être aimée, appréciée pour ce que je suis. Une foutue nerd à la curiosité intarissable, très misanthrope, très pessimiste, mais d’une loyauté inébranlable. J’ai besoin de partager ce que j’aime. Avec lui, oui je partageais… mais il n’y avait pas cette étincelle que j’attendais. Mais je m’étais attachée à lui, à son caractère, à ses lubies, j’avais aussi ma libido qui commençait à se réveiller… j’ai donc laissé à mon premier couple la chance de s’en sortir et peut-être de trouver le bonheur. Mais l’étincelle n’est jamais venue. Ses petites lubies et son caractère sont vite devenus insupportables à mes yeux. Il était aussi mou que moi j’avais du caractère, il était aussi monomaniaque que j’étais bordélique, et surtout il était profondément égocentrique. Du genre à ne pas vouloir se bouger du lit lorsque je souffrais à cause de mes règles, j’étais obligée d’aller m’allonger sur le lit de ma mère… à faire comme la plupart des médecins qui me voient, à dire que je ne souffrais pas tant que ça.

J’ai fini par y mettre fin. Moi qui ne suis pas patiente pour un sou j’ai attendu l’étincelle pendant 7 ans. 7 putain d’année de gâchées avec quelqu’un qui ne me ressemblait pas, en fait. On ne base pas une relation sur quelques points communs. Un couple, c’est plus que ça. Je l’ai découvert après.

C’est sur un forum de jeux vidéo que j’ai rencontré celui qui partage actuellement ma vie. Car les jeux multijoueurs ont pris une grande place dans ma vie, m’ont permis de mener la vie sociale que je ne peux pas mener dans la vraie vie. De pouvoir discuter avec plein de profils différents sans pour autant rechercher directement le cul : non, avec ces gens je discutais de tout et de rien, je jouais, je râlais, je partageais. Et inévitablement je me suis mise à fréquenter des forums. C’est là que j’ai rencontré mon homme, donc.

Au début, je ne lui parlais pas trop car j’étais encore avec mon ex, qui me le décrivait comme un foutu Don Juan qui ne pensait qu’au sexe et essayait de se faire toutes les filles (bien moins nombreuses que les hommes) du forum. Mais en fait, il n’a jamais tenté de parler de sexe avec moi, on parlait juste…. de tout et de rien, comme j’ai toujours fait. Et on a fini par se rapprocher, bien involontairement d’ailleurs. Ni lui ni moi ne voulions de nouvelle relation. Lui parce qu’il finit toujours pas se faire jeter à cause de sa bipolarité parfois au delà du supportable, moi parce que je ne croyais plus en rien. Mon couple faisait naufrage et j’avais peur d’être seule.

Mais nous avions énormément en commun. Ce même regard sur les gens, sur le monde, ces mêmes envies de voyage dans des endroits profondément différents, ce même amour des animaux… on a vite fini par carrément finir les phrases de l’autre, ce qui ne nous était jamais arrivé. Et ça nous arrive encore très souvent d’ailleurs. On aimait le même type de lectures, de films, d’animes, de séries, on jouait les mêmes personnages sur nos jeux. J’ai senti, petit à petit, un attachement sincère arriver. Nous avons commencé par nous fréquenter, et LA, j’ai vu venir l’étincelle que j’attendais. On se fréquentait en tout bien tout honneur, juste pour se balader (et surtout bouffeeeeeeeeer Poutine Powa) et j’ai fini par rompre avec mon ex. Moi qui me croyais frigide car je ne ressentais rien au lit, j’ai enfin fini par m’épanouir. J’avais enfin de la compréhension vis à vis de mes soucis de santé. Et surtout, mon chat l’a vite adopté, elle qui allait jusqu’à chier à côté de la chaise de mon ex.

Je n’ai jamais ressenti l’amour comme le décrivent les romans, mais aujourd’hui je ressens avant tout de la paix. Je peux cohabiter avec quelqu’un sans être exaspérée. Je suis écoutée. Comprise. Encouragée. Je n’ai pas un flic derrière moi pour m’imposer les horaires de mes repas, les endroits où je dois passer les vacances, les gens que je dois fréquenter. Si j’ai envie de manger des noisettes à 15h, il s’en fout (c’est bon les noisettes :p). Il me laisse vivre. On dit que l’amour est aussi fait de compromis, et c’est plutôt vrai : je dois composer avec sa bipolarité, il doit composer avec ma santé et les problèmes qui s’accumulent. Mais c’est bien là la seule contrainte. Car en acceptant l’autre comme il est et en s’adaptant, on a pas besoin de s’imposer des contraintes. On a pas besoin de vivre un amour fou et intense, le calme de notre petite vie nous convient très bien.

La vie n’est pas un Harlequin et tant mieux. Pourquoi chercher midi à quatorze heures quand on peut faire autrement ? Pour moi, l’amour, c’est cette vie là. Calme, tranquille, sans personne pour nous embêter ou nous imposer leur présence. Il fait ce qu’il veut, je fais ce que je veux. Il est content quand je lui fais un gâteau au yaourt, je suis contente quand il me déniche LE mod qui va améliorer mon jeu favori. Pas besoin de restaurants, de bouquets de fleurs (pauvres fleurs), de parfums à 80 euros ou de nuits d’hôtel. On s’en fout de tout ça. Notre vie est plutôt sereine et c’est parfait. Je peux enfin faire confiance à quelqu’un et parfois me reposer sur lui. Tout comme lui peut compter sur moi. Fidélité, Loyauté, Humour, Confiance. Voilà ce qu’est l’amour pour moi.

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

Un commentaire sur « C’est quoi l’amour, pour moi ? »

  1. Ton dernier paragraphe résume bien les choses. L’amour au final, c’est tout ce côté symbolique. Le matériel reste du matériel. Ce qui compte en fin de compte, ce sont ces moments simples, de douceur, d’attentions, de tendresses, d’authenticité, de partage, de complicité. C’est toujours mieux qu’un sac Vuitton à 400 boules avec peu de sentiments derrière.

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