Publié dans Une vie de rousse

♫ Il faut creuser encore et encore ♫

sorcière

Après vous avoir fait mon bilan professionnel sur mon blog emploi, je me suis dit qu’il serait temps de passer au bilan personnel.

Pour être honnête, je n’ai jamais pris de résolutions, car je n’attends pas un jour précis pour me motiver à faire quelque chose si c’est nécessaire ou si j’en ai besoin. Et surtout mon souhait le plus cher ne dépend pas de moi, de ma volonté ou de mes capacités, donc c’est vraiment inutile, voir même démotivant. Une nouvelle année, pour moi, c’est surtout un prétexte pour oublier mes erreurs et aller de l’avant. C’est important car dans ma situation, si je me focalise sur le passé, je vais juste entrer en dépression et je ne suis pas sûre de pouvoir en sortir.

Inadaptée. C’est ce qui ressort le plus de moi. Personne n’a jamais osé me le dire en face, mais je suis certaine que beaucoup l’ont pensé. Je suis en décalage total avec les autres, leur façon d’agir ou de penser. Parfois, ça créée des situations comiques, mais le plus souvent, c’est désolant. J’ai de l’honneur. J’ai un grand mépris envers l’idiotie, les drogués, les hypocrites, les faibles. Un mépris que j’affiche ouvertement, que je jette au visage des personnes concernées sans me préoccuper des conséquences (je m’en fous en fait). Je suis misanthrope. Je ne parviens pas à pleurer. Je n’ai pas peur de vieillir, je n’ai pas peur de la mort. Je ne parviens pas à estimer ce siècle qui perd ses valeurs au nom d’une liberté qui me semble bien factice. Peut-on vraiment parler de liberté lorsqu’on se ressemble tous et qu’on est rejeté dès qu’on est différent ? Je suis née à la mauvaise époque. Je pense aussi souvent que je suis née avec le mauvais sexe. J’aurais voulu naître homme, tout est toujours plus facile quand on est un homme.

Je suis inadaptée. Mais personne ne me l’a jamais dit. Ce n’est que récemment que quelqu’un a enfin osé mettre un mot sur ce malaise qui pourrit mes relations avec les autres (même si bon, très franchement, je n’ai pas envie d’une vie sociale dite normale). Lorsque j’ai lu ça pour la première fois, je me suis sentie un peu insultée. Mais j’ai vite compris qu’il avait raison. Nier l’évidence ne me permettra pas d’avancer. Je suis ainsi. On m’a dite « spéciale », « space », « perchée », « folle », mais jamais inadaptée. Et pourtant c’est ce mot qui me définit le mieux. Le réaliser m’aidera peut-être à agir en conséquence.

Mais au fond, je me demande ce que je peux faire de ma vie. Si je ne peux pas m’adapter à notre société, alors comment est-ce que je vais vivre ? Quel métier pourrai-je exercer, qui pourrai-je fréquenter, comment gagner ma vie ? Comment m’intégrer et vivre tout en restant moi-même ? Je ne veux pas changer, je pense que je me préserve en étant ainsi.

2014 a été une année difficile car j’ai essayé. J’ai essayé de faire ce que l’on attendait de moi. A 24 ans, on attend de moi que je commence à travailler, à fonder un foyer, à faire ma transition entre jeune adulte et adulte responsable. Mais je suis incapable de trouver un travail depuis mon diplôme, je me fais jeter de plus en plus violemment. A chaque entretien on me fait comprendre que ma place n’est pas ici. Le pire c’est que je le sais, mais je tente. Et je suis de plus en plus mal car c’est comme si je tentais d’assembler des pièces de puzzle qui ne sont pas censées s’emboîter.

Le pire je crois, c’est que plus je vieillis, moins j’arrive à supporter les gens. Toute cette hypocrisie ambiante, ces fausses relations, cette absence de fierté, d’empathie, cette incapacité à pouvoir faire confiance me pèse. Mon poil se hérisse dès qu’on me parle, je suis toujours sur la défensive, je n’arrive pas à développer un semblant d’estime pour qui que ce soit. Parfois, quelqu’un pique ma curiosité, mais de là à se faire un véritable ami sur qui on peut compter, il y a des lieues, des lieues à parcourir… par contre, ma tendance à mieux m’entendre avec les hommes qu’avec les femmes se poursuit. Je ne sais pas si c’est parce que j’ai tendance à voir en chaque femme une rivale, mais j’ai beaucoup plus de difficultés à m’entendre avec elles alors qu’avec les hommes, les relations sont plus simples. Je vois venir le mort de faim à 36 kilomètres (et parfois, je m’amuse avec lui, j’ai un côté sadique), et avec les autres il n’y a jamais de prise de tête. Il est rare que je me dispute avec un homme et lorsque c’est le cas, je coupe définitivement les ponts sans jamais chercher à me « rabibocher ». Je ne laisse pas de seconde chance, jamais. Je suis trop fière pour ça, en fait.

sorcière2

J’ai toujours du mal à me mettre à la place des autres. Je ne comprends pas que l’on puisse être parfois très émotif alors que moi, je ne lève même pas un sourcil même lorsque je suis en danger. Je n’ai rien d’émotif, il n’y a guère que l’exaspération envers le genre humain qui revient souvent chez moi. Exaspérée par les fumeurs qui polluent mon air, par le voisin qui met toujours sa musique à fond, par le facteur que je vois mettre un avis de passage dans ma boîte aux lettres alors que je suis à la fenêtre, par la grosse caissière qui me regarde toujours bizarrement quand je vais faire mes courses, par le concierge qui a toujours envie de discuter (et qui en plus met un petit manteau rose à son pinsher), par la nana qui enchaîne les hommes et qui se plaint après, par toute cette foule dans les magasins qui me met si mal à l’aise… un rien m’exaspère et me donne envie de rentrer chez moi, d’enfiler mon peignoir et de courir sous la couette avec un bouquin éclairé à la lueur de me portable.

Je crois que je me souhaite le plus pour 2015, c’est parvenir à concilier mon caractère (qui lui n’est pas conciliant par contre, haha) et mon envie de travailler. Je veux pouvoir vivre ma vie dans mon coin. Et je veux l’immortalité, pour pouvoir engranger toute la connaissance que ce monde a à m’offrir, sans aucune honte. Ben quoi, on peut rêver non ? C’est tellement contradictoire. Je n’aime pas la vie mais je veux être immortelle. Je ne sais pas ce que je veux, faut croire.

Keep calm

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

2 commentaires sur « ♫ Il faut creuser encore et encore ♫ »

  1. Je crois reconnaître mon rôle dans une partie de cet article.
    Bien sûr, je comprends a posteriori que tu – je me permets le tutoiement – aies pu te sentir « légèrement insultée » la première fois que j’ai utilisé le mot « inadapté ». Mais en ce qui me concerne, c’est un peu comme l’hypersensibilité, je le vois maintenant autant comme quelque chose de positif que comme quelque chose de négatif. À vrai dire, l’hypersensibilité, je la considère même aujourd’hui comme quelque chose de très positif. En lisant un livre sur le sujet il y a quelques mois, j’ai même été étonné qu’on puisse considérer cela comme une maladie : OK, quand on me dit quelque chose de blessant, quand on me fait du mal, je le vis beaucoup plus mal qu’une personne lambda (et ces personnes auront d’ailleurs du mal à comprendre ma réaction), mais l’hypersensibilité ne s’arrête pas à cela. Chez moi, c’est aussi les sens de l’odorat et de l’ouïe qui sont plus développés que la moyenne. Et mon hypersensibilité sert aussi nettement ma créativité et m’aide dans mes activités plus ou moins artistiques.
    Je crois que c’est pareil pour « l’inadaptation ». Il faut être sacrément fort pour vivre dans un monde qui n’est pas fait pour nous, avec une belle force de caractère. Il faut en vouloir pour ne pas renoncer à faire plier le monde à notre volonté, à nos espoirs. Être un « inadapté », c’est appartenir tout de même à un groupe qui nous ressemble, et c’est gagner une meilleure compréhension de l’humain, je crois. C’est aussi développer une sorte de malice, d’astuce, pour parvenir à néanmoins vivre notre vie, nous épanouir dans quelques domaines, prendre du plaisir, vivre de bons moments.
    Bref, bienvenue au club ! Découvrir que j’étais un « inadapté », et que ce n’était pas forcément quelque chose de mal, m’a bien aidé. Je crois qu’identifier une faiblesse, c’est s’en faire une force.

    Aimé par 1 personne

    1. Pour ma part je perçois aussi cela comme quelque chose de positif.
      Je dis souvent que j’agis ainsi pour me préserver de la connerie humaine et c’est la vérité. On me sort souvent cette citation : « Ce n’est pas un signe de bonne santé mentale d’être bien adapté à une société malade. » et ça résume bien ma pensée. Je ne considère pas la société comme saine, digne de s’y intéresser ou même de s’y mêler, et donc, je refuse de m’y adapter. Le souci c’est qu’on ne me laisse pas vraiment le choix et qu’on me marginalise plutôt que de se remettre en question. Ce qui conduit à ma situation : c’est bien mignon de se préserver mais si je ne peux pas m’adapter à la société dans laquelle je vis, qu’est-ce-que je peux faire de mes dix doigts ?

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