Publié dans Une vie de rousse

Suis-je Charlie ?

dernier dessin de charb

Les blogs forment un pan entier du journalisme. Nous écrivons, nous critiquons, nous admirons, nous détestons. Certes, nous sommes amateurs (pour la plupart) mais nous sommes journalistes. Certain(e)s tiennent un blog depuis plusieurs années et ont déjà eu l’occasion de couvrir des évènements dramatiques, des attaques contre le métier, ou contre notre sacro-sainte liberté d’expression.

Je n’apprendrai rien à personne en vous parlant de l’attaque ayant eu lieu hier contre le magasine satirique Charlie Hebdo. J’en avais beaucoup entendu parler, plus en mal qu’en bien, mais je ne le lisais pas ailleurs que dans la salle d’attente de mon médecin. Les dessins me faisaient sourire, car j’ai tendance à rire de tout, mais je n’ai jamais été abonnée et je n’ai jamais acheté un de leurs magasines en kiosque. Mais ce n’est pas parce que je n’étais pas une de leurs lectrices que je n’ai pas le droit de m’exprimer pour autant.

Je vous avoue que j’ai été sidérée. Non pas par la violence de l’attaque, mais par les réactions des gens. J’ai eu l’impression que beaucoup découvraient la vie. Découvraient que les terroristes œuvrent dans le monde entier et pas seulement dans quelques provinces désertiques du Moyen-Orient. Nous savons, depuis des années, que des radicaux se trouvent sur notre sol. Nous avons des milliers de salafistes (de mouvances quiétiste, politique et djihadiste) en France. Oui, en France.

J’ai une grosse impression de gêne. Car tous les jours, des gens meurent à cause de l’intolérance, à cause du radicalisme religieux, tout simplement car certains s’arrogent le droit de penser et d’agir à notre place. TOUS LES JOURS. DANS LE MONDE ENTIER. Et pas seulement des militaires, la grosse majorité des victimes sont civiles. Je n’arrive pas à comprendre le pourquoi d’un tel tollé. En quoi les victimes d’hier avaient plus d’importance que toutes les autres ? En quoi méritaient-elles plus de mobilisation ? Étaient-elles les seules à prendre la plume, le crayon pour dénoncer le radicalisme, pour tout simplement écrire, faire sourire ? Non, ils n’étaient pas les seuls. Ce ne sont pas les premiers à mourir pour ça, ni les derniers. J’ai l’impression que c’est comme chier au visage de tous les autres morts, de glorifier ceux-là en particulier. Parce que ça s’est passé en France et non dans un pays suffisamment lointain pour ne pas se sentir concernés ?

Dans un sens, je suis heureuse que les gens réalisent enfin que les extrémistes de tous bords ne vivent pas seulement loin de leur zone de confort. Mais j’aurais aimé les voir réaliser ça plus tôt, sans ce bain de sang particulièrement glauque (les vidéos gore partagées à tout va n’étaient pas vraiment indispensables).

Mais ce que je voudrais vraiment voir, c’est l’éveil d’une conscience collective qui ne retombera pas comme un soufflé dans deux semaines. Que les gens continuent de partager les histoires de citoyens du monde qui meurent pour la liberté de tous. Et surtout, que les gens ne tombent pas à leur tour dans le radicalisme.

Aujourd’hui, j’ai vu des gens regarder des arabes de travers. J’ai eu une réunion avec deux musulmans qui craignaient vraiment d’être pris pour des terroristes alors que ce sont des gens comme vous et moi, qui n’appréciaient certes pas Charlie Hebdo, mais qui n’ont jamais souhaité tout ce sang versé.

J’ai eu l’occasion de lire des amis du Maroc, musulmans également, qui ont pris la parole pour dire qu’ils n’avaient jamais souhaité ça. Qu’ils n’avaient aucune considération pour Charlie Hebdo car lorsqu’on est croyant, on apprécie pas forcément de voir ce en quoi on croit traîné dans la boue. Mais qu’ils n’ont jamais voulu prendre les armes pour aller assassiner les dessinateurs. Qu’ils aimeraient vraiment que les gens gardent la tête froide et raisonnent avec leur tête, non avec leur cœur et leur sang.

J’ai beaucoup lu que la liberté d’expression avait été attaquée à travers Charlie Hebdo, et je suis mitigée. Ce n’est pas la première fois que l’on voit que la liberté d’expression a des limites. On a vu des cas de blogueuses attaquées pour des critiques trop négatives, des cas de procès en diffamation lors d’articles ou de caricatures trop osées. A chaque fois que l’on dit quelque chose de dérangeant, on se fait immédiatement museler. Pour moi la liberté d’expression s’arrête aux frontières du respect. On peut critiquer sans être insultant. On peut rire sans être grossier ou provoquant. Dans un sens, le principe même de « satirique », c’est de repousser les limites, de se moquer, parfois de provoquer. C’est un courant d’idées comme un autre, on aime ou on aime pas. Mais on ne mérite pas de mourir pour ça. Cependant, la liberté d’expression totale existe-t-elle encore ? Se complaire dans la bien-pensance sans rien tolérer d’autre, est-ce vraiment la liberté d’expression ?

Les hommes qui ont commis cet attentat ne peuvent non seulement pas être qualifiés de musulmans, mais ils ne peuvent même pas être qualifiés d’hommes. Ils ne sont rien. Juste un sursaut d’obscurantisme.

Si vous voulez rendre hommage à tous ces gens qui se sont sacrifiés pour notre liberté, alors agissez. Mettre des avatars sur Facebook, c’est mignon, mais ce n’est pas ça qu’il faut faire. Ce qu’il faut faire, c’est ouvrir les yeux, et surtout les garder ouverts. Partager les articles des journalistes qui risquent leur vie pour nous rapporter toutes les atteintes à la liberté et à la dignité humaine, faire passer le message, pour que plus jamais nous n’ayons à étaler faiblesse ou naïveté sur la Toile. VIVEZ. PENSEZ. PARLEZ.

Non, je ne mettrai pas d’avatar sur Facebook, et je n’irai pas verser de larmes où que ce soit. Je vais juste continuer ce que j’ai toujours fait. Écrire, lire, rester consciente et connectée, envers et contre tout.

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

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