Publié dans Littérature

Chinoises, de Xinran, le livre qui vous retourne la conscience

chinoises xinranTitre : Chinoises

Auteur : Xinran

Date de parution : 2005

Éditeur : Éditions Philippe Picquier

Genre : Roman témoignage

Pages : 350

Prix : selon l’endroit où vous l’achetez, pour ma part je l’ai eu à 860 en grand format

Quatrième de couverture :

Un dicton chinois prétend que « dans chaque famille il y a un livre qu’il vaut mieux ne pas lire à haute voix ». Une femme a rompu le silence. Durant huit années, Xinran a présenté chaque nuit à la radio chinoise une émission au cours de laquelle elle invitait des femmes à parler d’elles-mêmes, questionnant sans tabou ce que signifie être une femme aujourd’hui en Chine. Elle a rencontré des centaines d’entre elles. Avec compassion elle les a écoutées se raconter et lui confier leurs secrets enfouis au plus profond d’elles-mêmes.

Épouses de hauts dirigeants du Parti ou paysannes du fin fond de la Chine, elles disent leurs souffrances incroyables : mariages forcés, viols, familles décimées, pauvreté ou folie… Mais elles parlent aussi d’amour. Elles disent aussi comment, en dépit des épreuves, en dépit du chaos politique, elles chérissent et nourrissent tout ce qui leur reste.

Ce livre bouleversant -somme d’un travail de nombreuses années- a modifié le regard de Xinran et changera peut-être le nôtre à l’égard de la Chine et des femmes chinoises en particulier.

Un mot sur l’auteur :

Xinran est née à Pékin en 1958. En 1997, elle s’installe à Londres et se marie. Chinoises est son premier livre. Il est paru dans 20 pays, dont la Chine.

Xinran est avant tout journaliste et écrivain. Elle a beaucoup souffert dans sa jeunesse en raison de ses origines bourgeoises, et vous comprendrez d’ailleurs mieux pourquoi en lisant ce livre.

Ses œuvres sont principalement liées aux femmes et à leurs souffrances, sans distinction de classe sociale.

Elle a fondé une association afin de promouvoir l’adoption entre la Chine et d’autres pays. Cette association s’appelle Mother’s Bridge of Love.

Mon avis sur ce roman :

J’ai mis énormément de temps avant de me décider à écrire cette critique. Ce livre m’a vraiment retourné les tripes, je vous l’ai d’ailleurs dit plusieurs fois sans oser en parler plus profondément. Et maintenant que mes doigts courent sur le clavier, j’ai du mal à savoir par où commencer.

A l’école, on n’étudie pas réellement la Chine. On nous dit que c’est un pays immense, avec beaucoup d’histoire, mais on ne s’y attarde pas. On parle de la Grande Muraille, de la dynastie Han, du Tibet pour dire Free Tibet. Puis on nous dit que Mao est un vilain dictateur, on révise la définition de dictature, on s’assure que tout le monde a compris que « c’est pas bien la dictature » et on s’arrête là. Parfois, on en voit un peu la géographie.

Mais quand on commence à parler de la révolution culturelle, on s’aperçoit qu’on en sait pas grand chose. On sait que la Chine est communiste, que Mao a fait énormément de morts, mais on ne connaît aucun détail. On attribue ça au talent qu’à la Chine de filtrer ses informations et on ne cherche pas à comprendre.

Ce livre est principalement consacré au témoignage des femmes, qui encore aujourd’hui ne bénéficient pas d’une grande considération. La quatrième de couverture nous annonce d’ailleurs la couleur, en nous présentant divers idéogrammes chinois et leur signification :

chinoises xinran idéogrammesIl y a en tout 5 idéogrammes :

– féminin

– féminin + ménage = femme

– féminin + tendresse = mère

– (féminin + tradition) + (féminin + tendresse) = fille

– féminin + fils = bon

Je pense que la féministe qui sommeille en vous a compris toute la considération dont bénéficie la femme chinoise.

Mais parlons maintenant de la révolution culturelle en soi : on pense souvent que c’est un simple passage au communisme, avec collectivisation des terres et compagnie, que comme d’habitude les pauvres ont trinqué et puis point barre. Mais non, c’est plus profond que ça : déjà, tout le monde a trinqué, et pas seulement les classes les plus pauvres. La notion de famille, de liberté, de travail, a été profondément changée. Les familles étaient séparées, les gens n’avaient même pas le droit de choisir leur lieu de vie. Tout, tout, tout était dirigé par le Parti, de la manière de penser à la sexualité, afin de modeler tout le monde, les maintenir dans l’ignorance la plus totale et en faire de bons petits soldats. La considération individuelle n’existe plus, et encore moins pour les femmes. Et pourtant, la corruption est juste hallucinante. La bestialité des gens dans l’adversité aussi. On ne peut même pas dire que les hommes sont devenus des animaux car ce serait une insulte.

Ces femmes ont si profondément souffert, tant dans leur chair que dans leur esprit, que j’ai éprouvé, pour la première fois, une honte incroyable. Une honte de me plaindre d’aspects du quotidien qui sont totalement bénins par rapport à ce qu’elles ont vécu. Une honte de vivre comme moi je le fais, à l’occidentale, ou même de râler sur la censure des médias français alors que là-bas, une parole de travers vous condamne à mort. Une honte de me dire féministe alors que je n’avais aucune conscience de ce qui pouvait bien se passer là-bas. Je me doutais qu’il y avait des horreurs sans mettre d’images ou de mots sur l’horreur en question. C’est un livre qui vous retourne réellement, et qui donne un tel sentiment d’impuissance pour ces femmes que l’on voudrait aider, serrer dans nos bras, pour qui on verse des larmes alors qu’on ne les connaît même pas. On a pas idée de la chance qu’on a de vivre ici, en France. Je savais déjà que j’étais mieux lotie que certaines femmes dans le monde, mais c’est la première fois que je le réalise si sincèrement, si violemment.

C’est un livre qui, franchement, est difficile à lire. Et en plus, il faut réaliser que toute cette souffrance, cette horreur, parfois à l’extrême limite du soutenable même par écrit, est vraie. Ce sont de véritables femmes, de véritables histoires. Et ces femmes qui souffrent tant sont si dignes dans leur quotidien, tout ça pour ne récolter aucun applaudissement, aucune reconnaissance. Et une indifférence ignorante (ou volontaire ?) des autres pays.

J’ai fait une place d’honneur à ce livre sur ma bibliothèque, car c’est un précieux témoignage qu’il ne faut pas oublier.

Quelques extraits :

(Bon, je ne vais pas vous livrer les extraits les plus violents, nous nous comprenons.)

Mes collègues disaient : « les journalistes deviennent de plus en plus circonspects avec le temps. » A mesure que je gagnais une certaine expérience du fonctionnement de la radiodiffusion et essayais de repousser les limites imposées à mon émission, je commençais à entrevoir ce qu’ils entendaient par là. A tout moment, un journaliste pouvait commettre une erreur mettant sa carrière, si ce n’est sa liberté, en danger. Nous vivions dans un monde régi par un ensemble minutieusement contingenté de règles, et si on les enfreignait, cela pouvait entraîner de graves conséquences. La première fois que j’ai présenté une émission de radio, mon directeur avait l’air si nerveux que je pensais qu’il allait s’évanouir.

***

Au début de mon enquête sur la vie des femmes, j’étais pleine d’enthousiasme juvénile, mais très ignorante. Maintenant que j’en savais plus, ma compréhension s’était approfondie, mais je souffrais plus aussi. A certains moments, je me sentais comme anesthésiée par toutes ces souffrances que j’avais rencontrées, comme si une callosité se formait en moi. Puis une nouvelle histoire se présentait et réveillait de nouveau toute ma sensibilité.

***

Tous ceux qui ont traversé la Révolution culturelle se souviennent que les femmes qui ont commis le « crime » d’avoir des vêtements ou un style de vie non chinois ont été publiquement humiliées. On leur a tondu les cheveux dans des coupes saugrenues selon la fantaisie des gardes rouges ; leurs visages ont été barbouillés de rouge à lèvres ; les chaussures à hauts talons liées ensemble sur une ficelle et enroulées autour de leurs corps ; des morceaux de toutes sortes de « marchandises étrangères » on été pendus à leurs vêtements. On obligeait les femmes à raconter encore et encore comment elles en étaient venues à posséder ces produits étrangers. J’avais sept ans quand j’ai vu pour la première fois ce qu’on faisait subir à ces femmes, qu’on promenait dans les rues sous les moqueries du peuple ; je me souviens d’avoir pensé que s’il y avait une autre vie, je ne voulais pas renaître femme.

***

Quand Xiao Yao était venue pour accoucher, elle avait dû partager une salle avec sept autres femmes. Elle avait demandé plusieurs fois à son mari de lui procurer une chambre individuelle, mais il avait refusé. En apprenant qu’elle avait eu un fils, son mari s’était immédiatement débrouillé pour accéder à son désir.

Publicités

Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s