Publié dans Une vie de rousse

Ma mère et moi, deux femmes que tout oppose.

drama queen

Quand j’étais petite, on me disait souvent que j’étais ingrate, car je ne m’entendais vraiment pas avec ma mère et ça se sentait. Cependant, comme elle avait tout sacrifié pour m’élever, les gens considéraient que c’était à moi de faire des efforts. Ce n’était certes pas tout à fait faux, mais c’est un exercice très difficile lorsque vos principaux traits de personnalité s’opposent complètement. Mais vraiment complètement. Quand je nous regarde, toutes les deux, comme chien et chat, je me demande comment est-ce que j’ai pu devenir si différente alors que c’est elle qui m’a élevée, exclusivement.

Premièrement, je suis quelqu’un de solitaire. Profondément solitaire. Il faut dire que je n’avais pas vraiment le droit de fréquenter mes voisins donc forcément, pour apprendre à nouer des relations, ce n’est pas l’idéal. Je me sens mal lorsque je reçois des gens à la maison car je vis ça comme une intrusion, surtout lorsque les gens sont amenés à entrer dans MA chambre. Je n’aime pas être dans un environnement bruyant et fréquenté. Ma mère, au contraire, est toujours en train de courir partout, de fréquenter des salles des fêtes, des amis, est souvent invitée par des membres de sa communauté (catholique). Elle adore recevoir, se met en quatre pour les gens. On se chamaillait énormément à cause de ça car quand elle invitait des amis, elle m’obligeait à jouer avec les enfants de ces derniers et je n’aimais pas ça. Je n’avais pas les mêmes loisirs que les autres enfants et j’avais du mal à vouloir partager quoi que ce soit. Et surtout, elle m’obligeait à la suivre quand elle allait faire la fête alors que je détestais ça, le bruit et le monde m’horripilaient et m’horrifiaient à la fois.

Je suis calme. J’aime mon silence, la quiétude de ma petite bulle de vie. Inutile de vous dire que mon voisin footeux prenant son appartement pour une boîte de nuit me rend complètement tarée. Avoir quelqu’un qui parle sans arrêt, met sa musique à fond, ou tout simplement fait du bruit me fait sortir de mes gonds. Alors que ma mère, elle, est une véritable boule de nerfs et surtout une sacrée source de bruit. Elle parle TOUT LE TEMPS, toute seule, par exemple en commentant ce qu’elle est en train de faire, va faire… ça donne un bruit continu du genre « Ah alors je vais faire ça, et puis je n’arrive pas à faire blablabla, pourquoi, oh mais j’y arrive pas, CECIIIIIIIIIIILE viens j’y arrive pas, mais pourquoi mon ordi il fait ça, mais merde, bon je vais aller faire ça, mais je voulais faire quoi je me souviens plus, ah je vais lire ça, mais je devais faire ça, ah oui c’est vrai je devais faire ça, mais comment, oh putain« , etc, etc. Vous êtes devenus fous rien qu’en lisant ce passage ? Moi aussi. Le truc c’est que ces petits blablas peuvent durer des heures. Pendant mon séjour, plusieurs fois, j’étais tellement exaspérée que je n’ai pas pu retenir des « mais putain de bordel à canard, tu vas te taire ?« . C’est horrible d’être une telle source de bruit et surtout de ne pas s’en rendre compte.

Je suis plutôt placide. Je prends les choses comme elles viennent, parfois je suis en colère, mais les débordements restent rares chez moi, et surtout sont loin de prendre des proportions dantesques. Ma mère, elle, est une drama-queen. Le moindre petit incident du coin va la faire hurler, râler, comme si c’était la fin du monde. Vendredi, alors que j’étais dans ma chambre, elle a fait tomber un paquet de riz, et quelques grains sont sortis. Rien de dramatique, et pourtant elle s’est mise à crier comme si elle avait fait tomber le service en cristal de grand-maman. Elle était un peu comme un Sims devant un incendie, à hurler en se tenant la tête sans rien foutre. Exaspérée, j’ai ramassé le paquet, les trois pauvres grains de riz que j’ai jetés, et l’ai engueulée, en lui disant que ce n’était franchement pas nécessaire de faire tout un drame juste pour ça. Et c’est tout le temps pareil, le moindre incident prend des proportions pas possibles. C’est juste horripilant. Elle a trouvé le moyen de gâcher mon restaurant d’anniversaire car en y allant en voiture, elle a raté la bonne sortie et s’est mise à hurler, glapir, comme si on s’était perdues à jamais, alors qu’il suffisait de faire demi-tour au rond-point quelques mètres plus loin… elle m’a tellement stressée que j’avais un nœud au ventre en allant au restaurant, tout ça pour une sortie ratée qui a rallongé notre trajet d’environ une minute. Waaah, ça vaut le coup de faire un cinéma pour ça !

Je suis très directe. Quand je demande quelque chose, je l’exprime clairement. Et j’aime qu’on me demande les choses directement aussi, pas besoin de faire tout un discours pour enrober la chose. Ma mère, elle, c’est l’inverse. Pour me demander le moindre petit truc, elle se lance dans des discours incroyables. Par exemple, pour me demander de lui faire une manip sur Word, elle aurait pu me le demander directement ? Eh bien non ! Elle commence par me lire son texte, m’expliquer où elle l’a pris, ce qu’elle va en faire, pourquoi, qui d’autre va le faire, commence à me dire qu’elle veut l’agencer comme ça, change d’avis, puis devant mon énervement finit par me demander la manipulation. Dix minutes de perdues pour une manipulation de 5 secondes. Pareil lorsqu’elle veut demander un service, il faut toujours qu’elle fasse de longs discours pour demander quelque chose. A chaque fois je l’interrompt pour lui dire d’aller droit au but mais elle ne retient pas la leçon. Pourtant je passe mon temps à me foutre de sa gueule en l’imitant qui demande un service avec un discours de politicien. Elle ne percute pas x_x

Ma mère a aussi tendance à faire un d’énormes excès de zèle… et toujours pour rien du tout. Je lui explique un truc, elle va me dire de parler doucement, va prendre 36 millions de pages de notes… pour me redemander la même chose deux heures plus tard. Et sinon, écouter pour retenir, non…? Pareil quand elle remplit des documents administratifs, elle va toujours envoyer trois exemplaires « pour être sûre que ça arrive », ou alors fait 35.000 photocopies alors qu’une seule suffit, pour ensuite se plaindre du coût. Une fois elle a même reçu un courrier de la CAF lui demandant d’arrêter d’encombrer leurs services en envoyant son document en cinq exemplaires dans cinq enveloppes différentes, car ça n’avancerait pas son dossier plus vite. Mais elle recommence à chaque fois. Toujours dans l’excès.

Ma mère se complique la vie. Elle choisit toujours le chemin le plus ardu et se rajoute elle-même des difficultés. C’est assez lié à son côté drama-queen, il faut toujours qu’elle se fasse une montagne d’une toute petite chose et du coup passe trente fois plus de temps que la moyenne à régler des problèmes. Là où moi je vais régler un souci en deux clics, elle il lui faudra 12 courriers, 6 appels, 35 mails et une bonne dose de tension.

C’est une vraie boule de stress là où moi je suis profondément calme. C’est sûrement la seule personne au monde (avec les conseillers Pôle Emploi) qui me fait perdre la boule rien que par sa présence. Sa seule présence est stressante. Incapable de rester en place, toujours à bouger partout en marmonnant, ou en criant, en téléphonant partout pour rien. Pour moi qui ai un besoin vital de tranquillité c’était assez infernal et du coup je la rejetais, j’étais incapable de rester dans la même pièce qu’elle et je m’enfermais dans ma chambre pour ne pas l’entendre.

Ce que je n’aime pas chez elle, aussi, c’est qu’elle se prend pour le centre du monde. Elle a l’air de s’imaginer que tout le monde est à son service exclusif et que les autres peuvent bien attendre. Je ne vous raconte pas quand elle conduit, c’est hyper dangereux. Elle grille des feux rouges parce qu’elle « n’a pas envie d’attendre », est capable de rogner sur le trottoir pour doubler et grappiller une place, enchaîne les queues de poisson… en allant au restaurant dont je vous parlais plus haut, elle a quand même trouvé le moyen de griller la priorité au tramway parce que « oh merde, je passe ». J’ai beau lui répéter que le monde ne tourne pas autour d’elle et qu’un jour elle va provoquer un accident, elle n’en a juste rien à foutre.

Je déteste aussi le fait qu’elle ne réfléchit pas et ne regarde rien. Il lui faut tout, tout de suite, et elle ne réalise juste pas que tout irait plus vite si elle faisait preuve d’un peu plus d’attention dans ce qu’elle fait. Elle ne sait tellement rien faire que je suis obligée de lui expliquer que pour bénéficier d’un code promo sur Amazon, il faut copier le code dans la petite case « code promo ». Il suffit de lire quoi, c’est écrit partout, mais non, elle ne sait pas, et râle parce que quand elle passe sa commande, le code n’est évidemment pas comptabilisé. Je lui explique mais non, madame est le centre du monde donc il faut « que ce soit fait automatiquement » et va embêter les gens du support pour se faire comptabiliser le truc. Et elle va les embêter de nouveau une fois la commande validée parce que, pas foutue de cliquer sur « afficher la commande en entier », elle croit que seulement une partie de la commande a été prise en compte. Elle veut que tout lui tombe tout rôti dans le bec sans réfléchir, même pour les trucs les plus simples. Pendant mon séjour chez elle, j’ai passé mon temps à devenir folle car je devait l’aider pour des broutilles qu’elle aurait pu régler elle-même si elle prenait la peine de lire ce qu’elle avait sous les yeux.

J’ai aussi beaucoup de mal avec le fait qu’elle soit influençable. Mais vraiment. Par exemple, elle a regardé un reportage qui mettait en avant le témoignage d’un homme atteint du syndrome d’Asperger et elle n’a pas pu s’empêcher de m’appeler en me disant « mais regarde, c’est exactement toi, tu attends quoi pour te faire diagnostiquer ?« . Plutôt que d’accepter nos différences elle préfère m’imaginer 35.000 affections psychologiques et se fait influencer par le moindre reportage ou le moindre témoignage. Son cheval de bataille restant quand même les aspies car elle est vraiment persuadée que j’en suis une, s’improvisant psychologue du dimanche. Ben je ne suis pas prête de me faire diagnostiquer. J’ai pas envie de mettre les pieds chez un psy dans tous les cas.

Elle est aussi très endoctrinée en plus d’être influençable. Elle porte tous les membres de sa petite communauté de cathos aux nues, les pensant saints et exempts de tout péché… et s’est ainsi faite escroquer deux fois son ordinateur. Elle en a « prêté » un qu’elle n’a jamais revu, en a acheté un autre qu’elle s’est fait escroquer par un homme qui lui proposait de l’échanger contre un fixe… qui s’est avéré moins performant et défectueux. Le pire, c’est qu’elle est persuadée qu’ils ne « l’ont pas fait exprès » et qu’il ne faut pas qu’elle leur en veuille. Rrrrrou, rrrrrrou ! Pigeon à bord ! Je m’étais même faite engueuler car j’ai appelé celui qui lui a « échangé » son deuxième ordinateur pour lui demander de le rendre, et le menacer en lui demandant de lâcher ma mère, qu’il s’apprêtait à escroquer une seconde fois avec une sombre histoire de prêt immobilier, exploitant le rêve de ma mère de devenir propriétaire. Mais ma mère ne m’écoute pas et continue de se faire abuser par tout le monde. Ce n’est pas parce qu’on est croyant qu’on est honnête pour autant, mais elle ne réalise pas… ou alors elle est juste conne comme un balai, mais j’aimerais éviter de penser ça de ma mère, quand même.

J’ai parfois du mal à comprendre comment est-ce que j’ai pu devenir si différente. Ma mère m’a élevée de A à Z, mon père n’ayant jamais cherché à me connaître (sauf à mes 18 ans pour me réclamer une pension que la justice a refusée fissa), je n’ai eu que son modèle. Et pourtant je suis devenue son opposé. Dans un sens j’en suis heureuse car je n’aimerais pas lui ressembler, mais de l’autre, j’ai du mal à comprendre. Même si rien qu’avec mon copain, j’ai aussi un exemple de personne qui ne tient rien de sa mère. Mais s’il a principalement été élevé par elle, il a aussi connu son père à qui il ressemble énormément. Donc les parents ont quand même une influence sur leurs enfants. Pourquoi ma mère n’en a-t-elle donc pas eu sur moi ? Ou du moins, presque pas (elle en a eu dans mon rapport à l’éducation malgré tout ^^) ?

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

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