Publié dans Littérature

[BD] Médée, par Blandine Le Callet et Nancy Peña

médée tome 1

Comme vous le savez peut-être, je suis une passionnée d’Histoire. Je lis régulièrement des romans historiques, mais suis souvent déçue par les auteurs qui passent leur temps à romancer des faits pour que ça passe mieux auprès du public. On s’intéresse à l’Histoire ou on ne s’y intéresse pas, quel intérêt de lire un torchon modifié présenté comme des histoires vraies ? Bref. Aimant aussi beaucoup la bande dessinée, je me suis intéressée de près à Médée.

Médée est un personnage issu de la mythologie grecque. C’est une magicienne à l’histoire bien sombre, peuplée de magie et de sang. Elle est coupable de fratricide et d’infanticide. Elle a passé sa vie à fuir et à se venger des torts qu’on lui a causés.

Attention, cette critique contient un peu de spoil en raison d’une comparaison entre la BD et le mythe original.

J’avais entendu parler du premier tome comme racontant l’enfance de Médée et cela m’a intriguée. En fait, on ne sait rien de l’enfance de Médée. On sait juste qu’elle était la fille du Roi de Colchide, qu’elle a trahi par amour pour le fameux Jason, qui était à la recherche de la Toison d’Or détenue par le père de Médée. Son histoire telle qu’elle est racontée dans la mythologie commence avec l’arrivée de Jason. C’est donc difficile de savoir si la BD reste fidèle à l’histoire originale puisqu’on en sait rien. On ne peut que supposer et tenter de donner une version des faits qui ont construit Médée, qui ont fait d’elle la sorcière qu’elle est devenue.

Franchement, j’ai trouvé que c’était bien amené. Je m’attendais à de la sorcellerie, mais elle est rendue réaliste, crédible par rapport à un personnage historique de notre monde. La sorcellerie est simplement une initiation aux mystères d’Hécate, déesse et tante de Médée, à travers les vertus des plantes et élixirs pouvant très bien exister à l’époque. J’aime quand les auteurs replacent le mythe dans notre monde. Après tout, la mythologie était présentée comme des faits avérés et ainsi c’est plus réaliste. Sachant que tout le monde n’était pas initié aux mystères des dieux et donc, aux vertus des plantes, leur utilisation pouvait très bien passer pour de la sorcellerie.

On voit d’ailleurs Médée se construire, tout aussi habile et aventureuse que les garçons, bien plus intelligente et compétente, mais réfrénée à cause de sa condition de femme. De plus en plus consciente de la folie grandissante de son père et de l’inutilité de ses méthodes pour guérir son fils. C’est d’ailleurs là que sont prises les premières libertés par rapport au mythe original : le roi Éétès (Aiétès) n’est pas décrit comme à moitié fou, et son fils le prince Absyrte (Absyrtos) n’est pas décrit comme handicapé. En les rendant ainsi, la BD s’éloigne du mythe, même si elle reste vraisemblable.

médée tome 2

Le tome 2, Le couteau dans la plaie, rejoint la partie existante du mythe avec l’arrivée de Jason : on constate que les faits sont bien moins romancés que dans l’histoire originale : Médée n’est pas une cruche amoureuse, c’est une femme décidée qui veut fuir la seule condition que lui offre la Colchide : être une femme, une potiche qui ne pourra jamais hériter de quoi que ce soit et qui ne pourra jamais faire ce qu’elle veut. Elle se sert de Jason tout comme lui se sert d’elle : il a besoin d’elle pour récupérer la Toison d’Or, elle a besoin de lui pour fuir. Ils passent donc un pacte et s’échappent avec la fameuse Toison. Le mariage de Jason n’est pas approuvé par son équipage mais il tient sa parole.

Médée commence à découvrir les manigances des hommes, et assiste impuissante au meurtre de son frère, découpé en morceaux par l’équipage de Jason afin de retarder l’armée du Roi qui les prend en chasse. Dans le mythe original, c’est Médée elle-même qui le découpe, ici, elle assiste au meurtre sans rien pouvoir faire. Je trouve que c’est bien dosé, ça évite un manque de crédibilité en la faisant basculer du jour au lendemain du stade de jeune femme « innocente » (elle est très lucide et intelligente du début à la fin) à celui de sorcière cruelle. Elle reste humaine et en tant que telle, se construit.

La BD Médée est, je trouve, très bien dessinée et reste agréable à lire malgré l’écart par rapport au mythe original. On peut même le prendre comme étant le mythe original, qui, à cause de la langue fourchue de ses ennemis construira sa fausse légende. Pour faire tomber son ennemie, quoi de mieux que de lui attribuer des crimes qu’elle n’a pas commis, comme le meurtre de son frère ? De plus, l’histoire est loin d’être niaisement romancée. Elle est différente, mais non moins horrible, ce n’est pas une adaptation à la noix des méchants comme c’est la mode actuellement. Je suis curieuse de voir comment les auteurs vont composer l’histoire de Médée. Une chose est sûre, ces deux tomes ont gagné leur place dans ma bibliothèque. J’aime beaucoup.

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

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