Publié dans Une vie de rousse

Une notion d’amitié bien particulière…

vitre

Ne jamais s’attacher à rien ni personne. C’est mon credo depuis toujours. Ce n’est pas forcément à cause d’un traumatisme que je suis comme ça, mais parce que j’ai bien vite appris qu’on ne peut compter que sur soi-même, que les gens ne sont pas fiables, et parce que je suis incapable de me plier aux règles de la vie sociale. On ne peut même pas dire que je ne m’attache pas par peur de perdre l’autre. Car en fait je m’en fous.

Je n’ai jamais été la fille un peu cruche qui se balade bras dessus bras dessous avec sa bestah de la life pour se disputer avec elle deux semaines plus tard. Je n’ai jamais été la fille entourée d’une ribambelle de copines se jurant croix de bois croix de fer qu’elles seront amies pour la vie.

J’ai eu, à une époque, ce qu’on pourrait appeler une meilleure amie. Elle me comprenait. Mais elle était aussi très différente de moi et je pense que notre « amitié » n’aurait pas pu tenir sur le long terme. J’ai eu ce qu’on peut appeler des amis, des gens aux côtés de qui je me tenais dans la cour de récré pour bavarder le temps que les cours reprennent. Mais jamais je ne les voyais en dehors de l’école. Je n’en ressentais pas le besoin.

Aujourd’hui lorsque je rencontre quelqu’un, je ne lui cache pas que je ne serai jamais sa meilleure amie. Que pour moi, il ne sera jamais plus qu’un passage dans ma vie. Qu’on va sûrement beaucoup parler, qu’il se confiera à moi, mais que jamais ce ne sera réciproque. Moi, je ne parle pas, je garde pour moi mes secrets et mes plus gros tourments. Les gens disent qu’ils comprennent mais ils finissent souvent par se méprendre. Ils pensent que j’exagère, et que le fait de parler souvent nous rend amis. Ils pensent que je tiens à eux, même un tout petit peu, alors que non. Ils se fourvoient. Pour moi, écouter ne veut pas dire aimer. Venir parler spontanément ne veut pas dire que je tiens à vous.

Et puis, ils se rendent compte de leur erreur. Certains l’acceptent. Ils trouvent ça bizarre, mais l’acceptent. Ils trouvent en moi une oreille attentive, des conseils justes et francs. Trop francs parfois, selon certains. Ils savent qu’ils ne peuvent pas me parler de tout, car je ne suis pas du genre à rire de la dernière frasque de Kim Kardashian ou à spéculer sur qui va gagner la dernière émission de TV réalité. Mais ils savent qu’ils peuvent venir à moi quand ils se posent des questions, quand ils ont besoin de quelque chose d’un peu plus fiable qu’une amie qui va faire la morte lorsqu’ils vont déprimer ou qui va minimiser ce qui leur arrive. Je prends les choses telles qu’elles sont. Comme les sentiments des autres ne m’atteignent pas, parler à un dépressif ne me dérange pas. Je suis parfaitement conscience que cette fiabilité ne sera jamais réciproque mais je m’en moque car je n’ai besoin de personne. Au fond, les gens, ça les arrange.

D’autres ne l’acceptent cependant pas. Ils m’accusent de me servir d’eux comme de bouche-trous alors que c’est faux. Quand on a besoin de rien, on a pas besoin de bouche-trous non plus. Les gens ont besoin de moi bien plus que l’inverse.  Ils s’en vont. C’est comme ça que finit la majorité de mes « amitiés ». Un jour je suis trop franche, on me dit que je ne suis pas une vraie amie, puis on me bloque partout avant de partir, en s’imaginant que ça a de l’importance pour moi. Parfois, ça me fait sourire. La plupart du temps, je m’en tamponne le coquillard. En fait ça me rappelle ces gamines au collège qui se mettaient en bande pour me bouder ou me faire comprendre qu’elles ne m’aimaient pas, en espérant me faire pleurer. Et qui se vexaient lorsqu’elles comprenaient que je préférais encore crever que pleurer.

Beaucoup disent que j’ai un problème. Peut-être. Certains sont hypersensibles, moi, c’est l’inverse. J’essaie souvent de comprendre les réactions et sentiments des autres mais je n’y arrive pas. Je suis assez indifférente à beaucoup de choses et suis très brute, très franche. Je suis incapable de cette hypocrisie que beaucoup appellent « tact ». Je suis incapable de me plier à des règles qui me demandent de me modérer. Je ne veux pas me modérer, je suis telle quelle, on me prend ou non, mais jamais je ne changerai pour quiconque. Les gens n’ont aucune espèce d’importance pour moi.

J’ai tendance aussi à ne pas tenir compte des sentiments des gens. C’était le cas lors de ma rupture avec mon ex. Certains de nos amis communs m’ont dit qu’il était mal. J’étais un peu gênée car moi, je m’en fichais. Une rupture ce n’est qu’un évènement parmi tous ceux qu’imposent la vie. Je ne suis pas du genre à m’attarder là-dessus. Pour moi c’est comme tourner une page d’un livre. Je ne comprenais pas qu’il puisse être mal, surtout que les derniers mois de notre vie commune ont été ponctués de disputes et de désaccords, il était évident que nous n’avions plus rien en commun. Même avec mon copain actuel, si je m’entends très bien avec lui, je sais aussi qu’il est taillé dans le même bloc que moi. Si on devait rompre, ni lui ni moi ne verserions une larme. On continuerait notre vie chacun de notre côté, comme on l’a toujours fait avant de se connaître. Quand quelqu’un sort de ma vie je m’en fiche éperdument. Ne pas avoir de nouvelles m’indiffère.

solitude

Je n’ai jamais ressenti le besoin d’avoir une vie sociale, en fait. Je me force parfois un peu car on me fait comprendre que je suis anormale. Mais je n’y arrive pas. Je ne prend aucun plaisir à sortir. Là où les autres s’amusent, moi je m’ennuie et je veux rentrer chez moi. Je n’aime pas parler de vive voix, je préfère écrire. Je m’exprime mieux à l’écrit. Je discute souvent avec des gens et on en vient toujours au problème du verre à aller prendre. C’est quoi la différence entre parler autour d’un verre et parler via un ordinateur ? La note du bar ? Quel intérêt de vouloir à tout prix être face à face ? Surtout quand on sait que ça me rend mal à l’aise.

Pour en revenir à ma notion d’amitié, pour moi, c’est comme un contrat. J’accepte que quelqu’un vienne me parler de temps à autre, prenne des nouvelles, mais ça s’arrête là. Je suis quelqu’un de très distant, même si je peux paraître proche. J’utilise le mot « ami » par défaut mais ce n’est pas l’amitié comme dans un Shônen. C’est l’amitié telle que le la conçois, quelque chose d’éphémère. Mais éphémère ne veut pas forcément dire minable. Je suis loin mais je suis là. C’est ce qui compte le plus, non ? Ce n’est pas parce que les gens ne comptent pas pour moi je ne peux pas les conseiller ou les aider.

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

Un commentaire sur « Une notion d’amitié bien particulière… »

  1. Je me reconnais un peu là-dedans. Moi non plus je n’ai jamais eu de « bestah sistah » etc. Je ne vois mes amis en dehors des cours que très rarement, je n’en ai pas besoin… Et avec mes amis on parle davantage cours et banalités/généralités qu’autre chose, je ne me confie pas parce que je suis très secrète. Eux parfois le font, et parfois je sens bien qu’ils voudraient que je leur retourne la « politesse », la « mise en danger » parce que finalement quand on se confie on se rend un peu vulnérable quelque part, mais je ne le fais pas parce que je ne sais pas quoi dire, je ne vois pas en quoi ma vie est intéressante et ce que je pourrais dire sur moi… Par contre je tiens quand même un peu aux gens, mais je suis un peu distante aussi.

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