Publié dans Littérature

Ma vie de geisha, de Mineko Iwasaki -avec Rande Brown-

Ma vie de geisha

Titre : Ma vie de geisha

Auteur : Mineko Iwasaki, avec l’aide de Rande Brown

Date de parution : 12 janvier 2005

Éditeur : Le Livre de Poche

Genre : Roman témoignage

Pages : 349

Prix : 6.50 euros (neuf)

Quatrième de couverture :

On a dit de moi que j’étais la plus grande geisha de ma génération. Certes, j’ai recueilli les plus beaux succès. Mon destin a été jalonné d’extraordinaires défis et de merveilleuses gratifications. Et pourtant les astreintes de ce qui est plus qu’une profession -un véritable sacerdoce- m’ont finalement poussée à l’abandonner… Il est temps de lever les voiles du mystère qui plane autour de la vie des geishas. Je veux briser un silence vieux de trois cents ans. Je vous invite à me suivre dans le monde des fleurs et des saules, le monde de Gion-Kobu.

Voici le témoignage de celle qui fut, à maints égards, la dernière incarnation d’un art de vivre séculaire, mais qui sut aussi mettre en lumière la triste condition des geishas, soumises et peu instruites, dans le Japon post-féodal.

Un mot sur l’auteur :

Mineko Iwasaki

Mineko Iwasaki est née Masako Tanaka, le 2 novembre 1949 à Tokyo. Elle a changé de nom lorsqu’elle a été adoptée par l’okiya (l’endroit où logent les geishas le temps de leur contrat) Iwasaki qui l’a formée à devenir une geisha. Issue d’une noble famille ruinée, elle a déjà eu des sœurs adoptées par le fameux okiya. Destinée à devenir la future patronne de l’okiya, elle commence son apprentissage très jeune et devient vite extrêmement brillante, considérée comme la meilleure de sa génération. Cependant, pour montrer à quel point elle n’approuve pas le système archaïque qui gouverne le monde des geishas, elle décide de tout plaquer pour se marier. Elle finit par écrire un livre afin de mettre en lumière ce qu’a été sa vie et celle de ses consœurs.

Mon avis sur ce roman :

Comme beaucoup de monde, j’ai vu le film chino-américain « Mémoires d’une geisha », que j’avais apprécié jusqu’à apprendre la controverse qui l’entoure : en effet, très romancé et surtout colportant des idées reçues comme quoi les geishas seraient des prostituées, nous avons là la recette d’un film américain classique adaptant la réalité à sa sauce.

Pour savoir ce qu’était exactement une geisha, je me suis mise à la recherche d’un ouvrage plus fiable, pouvant m’apprendre qui étaient ces jeunes femmes, ce à quoi elles consacraient leur existence, et surtout quelles étaient leurs conditions de vie. Je suis ainsi tombée sur « Ma vie de geisha », qui a été écrit par une geisha, pour le public européen et américain, notamment pour rétablir la vérité suite à une interview d’Arthur Golden qui non content de violer la confidentialité de l’interview (mettant en danger la vie de Mineko qui a reçu des menaces de mort) a bien tordu la réalité pour mieux répondre aux fantasmes occidentaux.

Le livre est, en soi, écrit de manière très simple et explique très bien quelle est la vie d’une geisha. Ce sont des artistes, entraînées jusqu’à atteindre la perfection dans leur art. Leur éducation est très sévère, mais elles sont également sévères avec elles-mêmes (la mentalité japonaise typique comme elle est présentée dans les mangas : il faut atteindre l’excellence et se dépasser sans arrêt).

On remarque aussi que certaines ne choisissent pas cette vie et en gardent une grande rancune, comme Yaeko, la sœur aînée de Mineko, dont la haine la poussera même à tenter de pourrir la carrière de sa sœur. D’autres s’adaptent puis quittent leur okiya en bon termes.

Être une geisha est censé être considéré comme un honneur, et elles jouissent d’une grande réputation ainsi que d’un profond respect de la part des japonais. C’est un art de vivre et elles vivent leur art au plus profond d’elles-mêmes. Garantes des traditions japonaises, des sommes folles sont déboursées autour d’elles, y compris pour les moins talentueuses (le prix d’un kimono traditionnel est hallucinant), ce qui explique pourquoi elles sont si dépendantes de l’okiya qui les a formées : les sommes sont telles qu’elles mettent énormément de temps à rembourser leur dette si elles ne sont pas suffisamment douées pour être très sollicitées. On note aussi que les geishas font vivre tout un commerce autour d’elles, avec leurs accessoires hors de prix et leurs représentations très prisées.

Le livre nous régale de petites anecdotes avec de grandes personnalités européennes, comme la Reine d’Angleterre et son fils Charles. Nous apprenons ainsi que si Charles est spontané (un peu trop) et chaleureux, sa mère, par contre, est sacrément hautaine et malpolie, ayant par son comportement gravement offensé ses hôtes et blessé Mineko. On apprend ainsi que l’ignorance peut choquer un japonais, même s’il ne vous le montrera pas. Renseignez-vous sur les coutumes et l’attitude de vos hôtes avant de faire quoi que ce soit !

J’ai trouvé ce livre vraiment intéressant, tant d’un point de vue historique (car on voit l’évolution de la mentalité japonaise après la seconde guerre mondiale) que d’un point de vue culturel. Un livre écrit par une geisha qui a vécu si profondément son art est à mon goût bien plus fiable qu’un film américain, même si son point de vue est un peu biaisé par le fait qu’elle n’approuvait pas les conditions de vie et les mœurs archaïques de ses collègues  et que son statut d’héritière lui a donné un statut privilégié par rapport à d’autres femmes qui n’ont pas forcément eu sa chance.

Quelques extraits :

Dans mon pays, le Japon, il existe des quartiers consacrés aux arts du divertissement et du plaisir esthétique, où vivent et travaillent des artistes à la formation d’une impeccable rigueur. On les appelle des karyukai. Karyukai signifie « monde des fleurs et des saules », car si la geisha est une fleur parmi les fleurs, elle possède aussi la grâce, la souplesse et la force d’un saule. Au cours de nos trois siècles d’histoire, une convention tacite ancrée par la tradition et le caractère sacré de notre profession nous a imposé le silence.

La geiko est engagée pour divertir l’hôte et ses invités. Elle est là pour mettre tout le monde à l’aise. Les naikai assurant le service, elle se contente de verser un peu de saké. Dès qu’elle entre dans l’ozashiki, elle doit aller droit à la personne qui préside et engager avec elle la conversation. Faisant taire ses sentiments, elle doit par son attitude lui dire : « Je n’avais qu’une hâte, c’était de venir bavarder avec vous ». Si jamais dans son visage quelque chose communique au client « Je ne peux pas vous sentir », elle est indigne de porter le nom de geiko.

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

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