Publié dans Anecdotes, Une vie de rousse

On dit aux gens de parler mais…

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Quand j’avais encore une télé à disposition, je voyais souvent des spots de prévention, incitant les personnes victimes de violence à briser le silence, à parler pour être aidées. Ça concernait aussi bien les femmes battues que ceux victimes de harcèlement moral, scolaire, bref, tout le monde. Ces spots m’ont toujours faite sourire. Car moi je n’ai pas oublié. Jamais. Je n’ai pas oublié la nature humaine, je n’ai pas oublié les portes qu’on m’a claquées au nez, je n’ai pas oublié les soit-disant psychologues qui préféraient me dire que je n’étais pas normale plutôt que d’alerter qui de droit.

J’ai, à trois reprises, été victime de violences. J’ai parlé à trois reprises. On m’a toujours laissée dans ma merde.

D’abord, pendant ma petite enfance, lorsque ma mère m’a confiée à mon oncle. J’en parlais il n’y a pas longtemps, dans cet article. Je n’ai caché à personne que j’étais battue, j’en portais même les traces sur mon corps. Mes professeurs, mes camarades, des amis de la famille de mon oncle, mon kiné étaient au courant, je leur avais demandé de l’aide, je leur avais demandé de prévenir ma mère ou mes grand-parents. Pas un seul n’a levé le petit doigt. Je n’avais droit qu’aux regards fuyants, gênés, des gens qui pensent que quelqu’un d’autre interviendra et qu’ils n’ont pas de raison de se mouiller. J’avais quatre ans, je ne pouvais pas m’en sortir seule. J’ai dû attendre dix-huit putain de mois que mon cousin daigne prendre le téléphone pour prévenir qui de droit. Et encore, la justice n’a jamais fait payer mon oncle, c’est son karma qui s’en est chargé. On peut battre une enfant de quatre ans sans subir la moindre sanction pénale. On parle beaucoup de non-assistance à personne en danger, et là, il y avait moyen de faire condamner facilement une dizaine de personnes en plus de mon oncle. Une dizaine de personnes qui n’a jamais été inquiétée et sur qui la culpabilité n’a visiblement jamais beaucoup pesé.

Ensuite, c’est de ma propre mère qu’est venu le harcèlement. On parle beaucoup de la pression que les parents mettent à leurs enfants pour leurs études, mais chez nous, ça a pris des proportions dantesques. Elle se projetait clairement à travers moi, voulant que je vive la carrière qu’elle a toujours voulu avoir, ne pouvant s’empêcher de se comparer à moi à la première occasion, n’hésitant pas à me frapper ou à me hurler dessus si mes notes ne la satisfaisaient pas. Je devais sans arrêt étudier malgré mes facilités, je n’avais pas le droit de me détendre pendant mes vacances sinon « tu vas perdre la main », le moindre petit moment à moi donnait lieu à d’âpres négociations, et comme en plus elle ne travaillait pas je ne pouvais pas ruser pendant son absence. C’était en plus une époque pendant laquelle j’essayais de me reconstruire moralement et je n’avais pas un instant à moi. La psychologue lui disait sans arrêt de me lâcher la bride mais elle ne l’écoutait pas, persuadée que j’étais influencée dans ma rébellion par les gamins de la cité dans laquelle on vivait. Je n’osais fréquenter personne alors que j’avais désespérément besoin d’une épaule sur laquelle me reposer, mais je n’avais pas le droit de fréquenter des gens, ma mère avait peur de leur influence -forcément négative- sur moi. Ma psychologue ayant clairement reconnu que j’étais à bout moralement, harcelée à tout bout de champ par ma mère, j’ai tenté de me faire émanciper. Je ne savais pas comment j’allais pouvoir m’en sortir mais je voulais fuir de cet enfer. On m’a ri au nez et la psy ne m’a finalement pas soutenue. Le harcèlement moral n’était pas aussi reconnu qu’aujourd’hui à l’époque, et les gens ne comprenaient pas que je cherche à quitter le foyer alors que je ne subissais, selon eux, rien de grave. Mon problème ne s’est arrangé qu’avec la violence. J’ai craqué, j’ai frappé ma mère, hurlé comme jamais, elle m’a laissée tranquille. Enfin tranquille… j’avais quand même droit à de petits coups de pression si je me relâchais niveau notes et je n’ai pas choisi mes études. Une fois de plus on ne m’a pas aidée quand j’en avais besoin.

Enfin, c’est à l’école que j’ai été harcelée. Je ne suis jamais vraiment entrée dans les détails mais j’avais à mon actif un combo de victime assez fulgurant : rousse + intello + lunettes + petite + appareil dentaire. Ou comment être prédestinée au harcèlement scolaire. Sans parler de la maltraitance qui m’avait rendue très craintive et absolument pas sûre de moi. Je n’ai jamais réussi à comprendre le raisonnement des autres gamins, pour qui être intelligent était une honte. Selon eux, j’aurais dû me cacher, faire semblant d’être bête, rester dans la moyenne, dans le rang. Mais j’étais -et je suis toujours- avide de savoir, je buvais tout ce qu’on daignait me jeter, j’avais des facilités énormes et un Q.I bien supérieur à la moyenne. Je ne m’en cachais pas, je n’avais pas honte. Peut-être était-ce pris pour de la prétention ? Pourtant je ne me vantais pas, mais je répondais dès que je savais, c’était moi qu’on interrogeait pendant les inspections, je sentais la fierté chez certains professeurs qui pour une fois avaient en face d’eux quelqu’un qui s’intéressait réellement à ce qu’ils enseignaient. La reconnaissance de mes professeurs m’était précieuse.

On me disait que si les autres ne m’aimaient pas, c’était par jalousie. Mais je ne sentais pas de jalousie chez eux, plutôt une haine pure et simple. Il voulaient me voir souffrir, comme ça, sans raison, parce que visiblement ils ne pouvaient pas me piffer. Ça a commencé par de simples insultes, mais je n’y prêtais pas attention. J’étais solitaire et si je me rapprochais de quelqu’un c’était souvent d’une autre victime. Les autres ont vu que je n’accordais aucune importance à leurs paroles et sont passés au stade supérieur. Je me faisais pousser dans les escaliers, mon casier était sans arrêt forcé et mes affaires abîmées, volées. A la cantine on me tapait pour que je cède ma place, devant les pions qui ne faisaient rien, et donc je passais dernière, quand les plats étaient froids et qu’il n’y avait plus de place. Je mangeais debout, le plateau en équilibre contre le mur, ou alors, si jamais un surveillant ou un CPE mangeait avec nous, j’avais droit à un bout de table près d’eux.

Mais c’était supportable. Je sais encaisser. Et puis c’est encore passé au stade supérieur. On m’a volé une trousse que m’avait offert mon grand-père, et le jour-même, une enflure vient embêter mon petit groupe. Une foutue grosse vache qui profitait de sa corpulence pour racketter les plus petits et s’imposer. Et voilà qu’elle vient nous taxer les pains au chocolat qu’on venait de s’acheter. Mon amie lui a tendu le sien mais je l’ai arrêtée. J’en avais marre, j’étais à bout. J’ai demandé à une autre amie de me tenir mon pain et mes lunettes, ce qui a fait rigoler la grosse. « Tu vas faire quoi la crevette, tu vas me casser la gueule ? ». Et la crevette lui a cassé la gueule. Pas qu’un peu. Au début les pions n’intervenaient pas, ils ne se mêlaient jamais de ça. Un gosse pouvait se faire harceler sous ses yeux qu’ils ne faisaient rien. Mais ils ont vu que je ne m’arrêtais pas et ils ont fini par nous séparer. J’étais très fière de moi, mais du coup, les autres ont vu que j’étais capable de me défendre. Je pratiquais le taekwondo depuis plusieurs années déjà et je commençais à me muscler, à m’assouplir, et surtout à acquérir une certaine méthode. Je savais que je pouvais battre cette fille, j’en avais assez de son petit règne de terreur, alors j’ai attaqué. Je voulais faire comprendre aux autres que je n’étais pas bonne qu’à l’école. Mais ils n’y ont vu qu’une invitation à mettre la gomme. Ils ne s’en sont plus pris à moi individuellement mais en bande. La lâcheté dans toute sa splendeur, mais leur faire comprendre n’a pas arrangé les choses. J’étais attendue à chaque sortie de classe par une petite bande qui me suivait jusqu’à mon arrêt de bus, voir qui m’attendait carrément à l’arrêt de bus en question. Je ne pouvais en prendre qu’un de toutes façons.

Je n’osais plus sortir, au début je demandais au pion si je pouvais appeler ma mère et l’attendre à l’intérieur de l’école, ça marchait au début, mais ma mère a fini par ne plus vouloir venir. Elle ne bossait pas, je ne lui demandais que ça, mais elle ne voulait pas. J’en ai parlé à la CPE, aux pions, aux profs, à tout le monde, tous ceux qui étaient susceptibles de m’aider, mais personne ne réagissait, je n’avais droit qu’à me faire tapoter la tête en me prenant des « ça va leur passer, ils sont jaloux », comme si ça allait arranger les choses. Une fois de plus je ne pouvais compter que sur ma force pour encaisser sans flancher. Ma mère a fini par faire appel à une compagnie de taxis pour handicapés. Elle a utilisé mon handicap afin que je puisse en bénéficier. Elle n’a pas fait ça pour me protéger, mais parce qu’elle en avait marre de me racheter des vêtements et des affaires. Le taxi a arrangé les choses niveau violence en soi, mais il a fallu que je tombe sur un taximan misogyne qui m’abreuvait de blagues sexistes indignes du plus lourdingue des routiers. Mais au moins il n’hésitait pas à fendre la foule pour m’attraper et me ramener chez moi entière.

Au lycée les choses se sont un peu arrangées, mes bourreaux étant dans d’autres bâtiments, mais ils ne se gênaient pas pour faire courir des rumeurs dégueulasses sur mon compte. Du coup, je ne fréquentais pas grand monde, et tant mieux. Mon prof de SVT s’est chargé personnellement de ruiner le peu de crédibilité qu’il pouvait me rester en convoquant toute ma classe pour leur parler de mon handicap, un jour où j’étais malade, persuadé que je m’isolais à cause de ça. Or, je m’isolais car j’étais dans une classe d’abrutis congénitaux aussi stupides qu’intolérants, et sa petite intervention -contre mon gré- m’a valu d’être surnommée « La Trisomique » pendant les trois ans passés là-bas.

Encore aujourd’hui quand je parle de ce que j’ai subi à l’école on ne me prend pas au sérieux. On ne m’a jamais prise au sérieux. Je ne sais pas si c’est la peur qui faisait que les adultes minimisaient sans arrêt ce qui m’arrivait, ou si c’est juste leur lâcheté.

De l’aide, j’en ai demandé. Plus d’une fois. J’ai fini par me renfermer, socialement parlant, mais je ne cachais pas pour autant ce que je subissais. J’affichais chaque blessure avec une fierté sadique, pour dire à tous ceux qui ne faisaient rien que je gardais la tête haute.

Aujourd’hui, je sais qu’une de mes tantes est une femme battue, et que son mari a même tenté de la tuer. Je lui a dit de fuir et elle m’a répondu « c’est facile à dire pour toi, tu es forte ». Alors c’est pour ça qu’on ne m’a jamais aidée ? Parce que je suis forte ? Mais quid de tous ces gens qui ne sont pas forts, eux, et qu’on laisse dans leur fange au lieu de leur tendre la main ?

Quand je regarde le comportement des gens aujourd’hui, c’est déplorable. Ils tournent le dos aux gens dans le besoin, et préfèreraient se faire couper la main que la tendre. Personne ne veut se mouiller pour les autres, c’est chacun pour soi. Et on demande aux gens de parler dans ces conditions ? Je comprends ces femmes qui se renferment et subissent, je comprends ces enfants qui choisissent de ne rien dire. Tout est toujours minimisé, esquivé, tout est fait pour ne jamais aider.

Je me souviens de ce couple de vieux, dans le tram. Je faisais une crise de spasmophilie à cause de mes règles, je sentais que j’allais m’évanouir, je leur ai demandé de l’aide. Ils ont changé de place, l’air dégoûté. Des gens me regardaient. Personne ne m’a aidée à sortir du tram et une dame a même lâché un grognement indigné lorsque je me suis allongée sur le banc de l’arrêt. J’ai attendu que la crise passe, seule, jusqu’à ce qu’une voisine de ma mère me reconnaisse et finisse par l’appeler.

On ne peut compter que sur soi, et on doit être fort. C’est tout. Les gens prêts à aider vraiment sont trop rares pour compter sur eux. Les gens qui font ces publicités oublient que nous sommes dans une société profondément individualiste et peu propice à l’entraide. Je disais récemment sur mon blog emploi que si les gens avaient le choix, ils cesseraient tout prélèvement social sur leur salaire et laisseraient les autres croupir dans leur fange. C’est aussi le cas pour les victimes de violence. Leur réaction c’est « cachez moi ce bleu que je ne saurais voir » et on laisse la victime se démerder.

Je sais que mon article ne déborde pas d’optimisme mais parfois, il faut cesser d’être hypocrite et ouvrir les yeux. Des gens profondément altruistes, il y en a très peu, et parmi eux, ceux qui seraient prêts à se donner corps et âme pour venir en aide à une personne en détresse se comptent sur les doigts d’une main. Nous sommes notre meilleur allié en cas de problème. Et pour que les choses changent, il faut que les gens cessent de refuser de voir la réalité ou de penser que quelqu’un d’autre fera le travail.

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

4 commentaires sur « On dit aux gens de parler mais… »

  1. Ton article est très triste et touchant. Et tu as parfaitement raison : les gens n’aident pas. Au niveau du harcèlement scolaire on en parle réellement que depuis 5-6 ans, parce que, dans le bras de l’Etat qu’est l’Education Nationale c’est quand même embêtant qu’il s’y déroulent des délits… J’ai participé à un concours de journalisme avec deux amies. On a parlé à la CPE d’un collège qui nous a dit qu’il n’y avait pas de harcèlement, seulement des incivilités, et que quand un élève lui disait qu’il était harcelé elle lui répondait que c’était juste de l’incivilité… Sauf que la Psy dans ce collège est aussi celle de mon lycée et elle nous a confirmé que du harcèlement, il y en a…
    C’est marrant parce qu’en ce moment je suis en train de terminer ma lecture du Prince de Machiavel et à la fin du chapitre 25, il dit quelque chose à laquelle ton article m’a faite penser : « Cela n’arrive jamais [il parle des princes qui ne se battent pas, quittent leur ville en espérant que leur peuple les rappellera après avoir été maltraité par les vainqueurs de la guerre] ; mais quand bien même cela arriverait, on n’y trouverait pas de sécurité, car ce serait une vile défense, et qui ne dépend pas de soi ; et la seule défense qui soit assurée et durable, est celle qui vient de vous-mêmes et de votre valeur ».

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    1. Oui, les employés des écoles nient souvent ce qui s’y passe. D’un autre côté je les vois mal dire « Salut, on a des gamins qui en harcèlent d’autres jusqu’au suicide et on n’en fout pas une ! ». Le harcèlement doit être pris à bras le corps par l’école, mais aussi par les parents. Quels sont ces parents qui laissent leurs enfants déchaîner une telle cruauté sans réagir ? Ou sans s’en apercevoir ? Et surtout quelle éducation est-ce que ces gamins ont reçue pour agir comme ça ? Même moi qui ai connu un environnement violent je n’étais pas ainsi… je reconnais que je peux être extrêmement violente, mais ça reste très rare et il faut vraiment me pousser à bout pour me voir agir. Et ce n’est jamais gratuit.
      J’aime bien ta citation, elle résume bien ce que je pense !

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      1. Je ne suis pas certaine que les parents des harceleurs s’en rendent compte. Les parents des harcelés peuvent avoir des indices (renfermement sur soi, mauvaises notes à l’école, et d’autres trucs du même genre) mais ceux des harceleurs pas forcément, parce que les harceleurs ne se rendent pas forcément compte du mal qu’ils font, pour eux ce n’est pas anormal, donc ils ne vont pas forcément s’en vanter ou en parler. Concernant l’éducation, c’est pareil. Je ne suis pas certaine qu’elle soit la cause majeure. Parce que dans les groupes il y a des enfants qui en entraînent d’autres parce qu’ils prennent le pouvoir et la justice (une experte en harcèlement nous avait très bien expliqué ça), leur éducation à eux est peut-être en cause, il y a un certain mal être, mais celle des enfants qu’ils entraînent, pas forcément. Et puis il y en a qui ne s’en rendent pas compte. Au collège j’avais un ami gay. Un groupe de filles l’avaient pris en grippe (on dit comme ça ?) et faisaient des réflexions du genre « t’es sûr que t’es dans le bon vestiaire ? » en sport. Pour elles il n’y avait pas de problème, c’était « pour rire ». Un jour l’une d’entre elles m’a dit sur un ton supérieur qu’il ne fallait pas faire de discrimination de taille ou de poids (la scène de laquelle j’ai souri était juste drôle et elle aurait été drôle même si le garçon en question avait été plus grand). Je lui ai répondu que vu ce qu’elle disait à mon ami, ce n’était pas moi la plus raciste des deux. Je n’ai plus jamais entendu la moindre réflexion à son égard : elle s’état rendue compte de ce qu’elle disait et elle avait arrêté, comme ses amies.

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  2. Je suis TELLEMENT saoulée quand je lis des témoignages de gens écrivant que leurs CPE / pions ne faisaient jamais rien pour eux quand ils étaient difficulté ! Je suis pionne depuis quelques années et, avec mon équipe de vie scolaire, JAMAIS de telles choses ne se produiront au sein de notre établissement, ça me révulse de savoir que des professionnels laissent faire ça ! Le harcèlement scolaire – entre autres – DOIT être un fer de lance ! Je suis outrée !

    Et puis quand bien même, les gens sont lâches. Ou alors ils ont peur, je ne sais pas. Cela dit, merde, quand on voit un enfant se faire tabasser, on agit ! Ce n’est pas si compliqué de passer un coup de fil aux services sociaux, rien que ça déjà ! Ah ça me dégoûte !

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