Publié dans Anecdotes

Oser postuler quand on est différente

différent

Je suis différente, ce n’est pas un secret. Je ne l’ai jamais caché à personne et j’assume ce que je suis. Pourtant, il semblerait que je doive avoir honte de moi, que je doive changer. C’est ce que m’a dit la psychologue de la MDPH lorsque j’ai dû aller la voir pour mon renouvellement. Elle m’a dit que j’étais phobique sociale, qu’il fallait que je me soigne et que des traitements existaient. Je lui ai répondu que je n’étais pas malade. Je ne ressens pas ça comme une maladie. Mais elle m’a froidement répondu qu’il fallait que je me soigne, que je n’étais pas normale et que ça me porterait sans arrêt préjudice.

Elle n’a pas tout à fait tort sur le dernier point. Ça me porte en effet préjudice. Mais il n’y a pas que ça qui fait que j’ai peur de postuler, parfois.

Il y a déjà mon handicap. Enfin mes handicaps. Même si le handicap fait aujourd’hui l’objet de compensations financières, il fait quand même peur. Beaucoup de recruteurs sont ignorants à ce sujet, ou alors ont des idées reçues plein la tête et ne changent pas de cap, même après explications de ma part. Beaucoup pensent qu’à cause de ma maladie, je ne serai jamais bonne à rien. Et mon CV presque vide ne m’aide pas à les faire changer d’avis. Sans parler de mes expériences n’ayant aucun rapport les unes avec les autres.

Et mon deuxième handicap n’est pas des moindres. L’endométriose. Le pire, c’est que ce n’est pas considéré comme un handicap. On voit que la personne qui a décrété cela n’est pas la personne qui souffre tous les mois de manière presque inhumaine. Chez moi, les douleurs dues à mes règles me provoquent de violentes crises de spasmophilie, m’obligeant à garder le lit ou au moins une position assise pendant deux jours minimum. Et évidemment, alors que j’allais chercher mon solde de tout compte dans ma dernière entreprise, il a fallu que je fasse une crise là-bas, effrayant la secrétaire (faut dire qu’elle a été violente cette crise-là) qui ne savait pas quoi faire et me faisant perdre toute crédibilité quant à ma fiabilité. Pour la plupart des gens, les règles c’est juste désagréable, pas aussi handicapant, et comme ce n’est pas reconnu, c’est le genre de truc qui vous fait passer pour une chochotte auprès de l’employeur qui ne veut pas d’une gonzesse qui s’absente deux jours par mois « juste parce qu’elle perd un peu de sang ».

Et puis il y a moi. J’ai un gros côté misanthrope, j’ai du mal avec les gens. J’ai une angoisse du téléphone que je n’ose pas décrocher, car que sais que ça va être un employeur, qu’une fois de plus je ne vais pas réussir à le convaincre car je ne suis pas à l’aise au téléphone, que je ne suis pas bavarde, que je suis plutôt froide et pas très avenante. Qu’une fois de plus je vais échouer alors que, peut-être, si j’arrivais à décrocher un entretien en face-à-face je pourrais avoir une chance.

Je ne suis pas ce que l’on attend de moi. On attend d’une jeune fille de mon âge du dynamisme, de l’enthousiasme, une capacité à apporter un vent de fraîcheur, un sourire à toute épreuve, des capacités physiques plus importantes que quelqu’un d’âgé, quelqu’un capable d’accepter n’importe quelles conditions de travail parce que quand on est jeune on est pas exigeant. Et puis les jeunes, ça travaille en équipe, c’est pas chiant.

Or, moi, je suis quelqu’un de profondément calme, pas bavarde pour un sou. Je ne bois pas, je ne fume pas (et je ne supporte pas qu’on fume à proximité, mais en même temps ça se comprend avec une maladie respiratoire), je ne fais pas la fête. Je ne peux pas porter de charges trop lourdes, même si j’essaie histoire de donner un coup de main (rester à côté de personnes qui se démènent sans rien faire, ça m’insupporte, alors je le fais quand même et après je suis crevée ><).

Mais je suis aussi quelqu’un d’efficace. Quelqu’un d’une curiosité intarissable, qui s’intéresse à tout et qui veut tout apprendre. En fait, à moins de trouver un travail qui me permette de renouveler mes tâches en permanence, je sais que je vais m’ennuyer. Mon cerveau est sans cesse en ébullition, il faut toujours que j’apprenne de nouvelles choses, que je fasse de nouvelles choses, sinon je vais m’ennuyer et déprimer. Du coup, je sais que je ne peux pas me fixer et je me dis que ça ne me rend pas très fiable. A moins de donner à mon cerveau de quoi se nourrir… en plus ça me permettrait d’arrêter d’être insomniaque, car comme je pense en permanence, je n’arrive pas à dormir correctement.

Et puis, si je ne suis pas bavarde, c’est aussi parce que j’ai du mal à me faire comprendre. Je m’intéresse à tout, souvent à des sujets trop complexes ou trop perchés pour la plupart des gens. A l’école, j’étais celle qui s’intéressait à l’astronomie, aux plaques tectoniques et la génétique là où les gens de mon âge s’intéressaient au dernier rouge à lèvres de Britney ou aux résultats du foot. C’est encore un peu comme ça aujourd’hui. Je suis celle qui parle de protection animale et d’écologie là où les autres me parlent de Koh Lanta, de people… je suis toujours en décalage avec tout le monde. Alors je suis celle qui se tait, écoute, et répond vaguement quand on lui demande son avis. C’est mieux que de se faire encore insulter d’intello, comme si c’était une honte de faire fonctionner ses méninges. C’est prétentieux de réfléchir, il paraît. Alors je préfère garder ce que j’engrange pour moi et puis voilà.

Pourtant je ne manque pas de qualités.

Oui, je suis calme et posée, mais je le reste même sous pression (après tout, j’ai gardé mon calme malgré une collègue toxique récemment) ou lorsque je fais face à un accident. Et puis, merde, ce n’est pas un défaut d’être calme !

Je ne suis pas celle qui va pleurer parce qu’elle s’est coupée, pauvre bichette.

Je n’ai pas peur du sang.

J’aime les animaux et ils me le rendent.

J’apprends extrêmement vite si on prend la peine de me montrer quelque chose correctement. Une fois suffit, j’ai une grande mémoire. Je suis très concentrée (en gros ça, ça veut dire « quand je taffe, fous moi la paix » ^^).

Je n’aime certes pas travailler en équipe, mais je peux le faire quand même. Après, si mon équipe est composée d’idiots, c’est autre chose. Je pense que je suis plus faite pour les petites structures que pour la grande distribution par exemple. Au moins je supporte moins de gens.

J’ai certes du mal à travailler en contact avec la clientèle, mais je peux le faire s’il s’agit d’une clientèle aussi passionnée que moi par exemple. Par contre, si j’ai affaire à des hargneux ou des pompeux, là, j’avoue, je préfère déléguer ça à quelqu’un d’autre.

Je n’ai pas peur des tâches répétitives, tant qu’elles servent à quelque chose. J’ai besoin de savoir ce que je fais, en fait. De voir une utilité à mes actions. Donc une action répétée mais utile, ça va.

J’ai un peu de mal avec la prise d’initiative, je suis quelqu’un qui va préférer observer et poser des questions plutôt que de faire une connerie. Mais comme disait ma dernière formatrice, oui je pose beaucoup de questions, mais après je ne fais pas la moindre erreur.

Bref, je ne suis pas comme les autres, mais j’ai l’avantage d’être tout aussi efficace. Je peux même être sympa si j’y mets du mien. J’ai un humour particulier, un peu noir et cynique, mais généralement les gens s’adaptent.

La seule chose que je refuse de faire c’est de vendre ma fierté. Jamais je ne me soumettrai aux lubies d’un patron taré ou mettant l’argent au dessus de tout. Je crois que je préfère bosser avec des passionnés qui placent leur plaisir avant tout. J’ai tenté les grosses entreprises mais la mentalité « fric fric fric » est à des lieues de la mienne. Oui, de nos jours, on ne fait rien sans argent, mais de là à placer ça avant tout… non. Bosser avec des corrompus non merci.

Mais les recruteurs s’en foutent de mes qualités, ils voient le handicap, le CV vide et la personnalité froide, et ils ne cherchent pas à comprendre. Poubelle, le CV et la lettre de motivation qui a pris trois heures à rédiger.

discrimination

Je ne sais pas si je suis vraiment faite pour travailler, parfois. J’ai peur de postuler car dans les annonces, il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Soit il faut aimer la clientèle, soit il faut réceptionner/passer des appels (je suis à la limite de la phobie du téléphone, vous n’avez pas idée), soit il faut une présentation impeccable (j’ai quelques tenues qui passent pour les entretiens mais je ne dépenserai pas mon salaire en fringues), soit il faut être à l’aise en équipe… toujours quelque chose qui ne va pas et je n’ose pas postuler, parce que je me dis que mon mal-être se verra vite. Ou alors que c’est mon handicap qui posera problème… je ne compte pas le nombre d’entreprises qui se disent ouvertes et adaptées aux salariés handicapés et qui en réalité ne le sont pas. Et je me fais enguirlander pour avoir osé postuler alors que j’étais censée pouvoir.

Si je pouvais créer mon entreprise, je le ferais. J’ai des idées, je sais qu’elles peuvent fonctionner. Mais avant je dois trouver un travail, pour réunir les fonds nécessaires. C’est le serpent qui se mord la queue…

On me dit souvent que c’est une question d’efforts, mais quand on est conditionné depuis tout petit à s’isoler à cause de son handicap, sujet de moqueries et d’incompréhension, on ne peut pas s’empêcher de penser qu’il pose réellement problème et qu’il en posera toujours. Je suis habituée à me protéger en restant loin des autres et je peine à aller vers eux. Je ne pense pas que me forcer à être en contact avec des gens que je n’apprécie pas forcément m’aidera. Je n’arrive pas à être hypocrite, si quelqu’un me déplaît je ne pourrai pas me forcer à lui parler. Mon irritation se remarque très vite.

Je suis certaine que je peux m’adapter à certains postes, mais il faut les trouver. Et il faut aussi trouver le patron qui sera suffisamment humain pour me laisser le temps de prendre mes marques, et qui n’aura pas peur de la maladie. Je ne mords pas, je ne suis pas contagieuse, mes crises sont parfois un peu spectaculaires mais j’ai la pudeur de m’isoler si je sens que ça vient. Il paraît que les patrons humains existent. Je n’en ai pas encore croisé…

Je suis différente et une psychologue que je ne vois qu’une fois tous les deux ans me dit que je dois me soigner. Mais je ne veux pas changer. Ma personnalité a été forgée par les épreuves que j’ai traversées et changer, c’est comme nier ce qui a bien pu m’arriver. Je ne dois pas me soigner, je ne veux pas. Ce n’est pas une maladie, d’être différent. Qu’on m’appelle « phobique sociale », « inadaptée » ou quoi que ce soit n’y changera rien. Je suis fière de ce que je suis. Et je le resterai. Je dois juste trouver le moyen de faire comprendre aux autres qu’ils ne doivent pas avoir peur, pour enfin pouvoir postuler sans crainte d’un éternel rejet. Et envoyer chier cette psy qui insiste pour que j’aille m’allonger sur le banc d’un de ses confrères. Oh wait, ça c’est déjà fait. Mais elle insiste ! Je ne sais plus qui disait qu’être inadapté à une société malade était bien plus enviable que s’y fondre. C’est ce que je pense, et ce pourquoi je refuse de changer.

Publicités

Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

12 commentaires sur « Oser postuler quand on est différente »

  1. C’est marrant mais j’ai lu tout le billet, de bout en bout et je n’ai vu nulle part où ta personnalité était un problème à l’emploi.

    Je ne connais pas tes handicaps hein, mais niveau caractère : forte, autonome, vive. (On dirait presque une développeuse info. :D) C’est peut-être plus un psy du travail que tu devrais voir qu’il t’oriente vers des postes à ta mesure et non te retrouver mise en échec par contacter des postes qui ne sont pas taillé à ta mesure.

    « Et je me fais enguirlander pour avoir osé postuler alors que j’étais censée pouvoir. » Des recruteurs qui gueulent ? C’est une blague ? Tu es tombée, au choix : sur des connard 1e catégorie ou des mal-éduqués, voire les deux. Dans tous les cas, ne pas être pris par des gens qui te répondent comme ça est une bonne chose, c’est mieux.

    « Il paraît que les patrons humains existent. » Sont rares, mais… ils existent. J’ai déjà eu le privilège d’en croiser deux. 😉

    J'aime

    1. Ah moi non plus je ne vois pas en quoi, mais apparemment ça pose problème, puisque presque à chaque fois on me dit que je suis trop discrète, pas assez souriante, pas assez avenante, pas assez expérimentée aussi, blablabla de RH qui ne sait pas quoi inventer. Et oui je suis tombée sur pas mal de connards x)

      J'aime

  2. La citation à la quelle vous faites référence est de Jiddu Krishnamurti : « Ce n’est pas un signe de bonne santé mentale d’être bien adapté à une société malade. »

    J'aime

  3. Je vais ressortir les questions bisounours dont j’ai le secret mais : est-ce qu’une banque ne pourrait pas te faire un prêt pour créer ton entreprise ?
    Oui les patrons humains existent… mais ils doivent être vraiment très rare et il faut patienter pour les trouver… Est-ce que tu as essayé de chercher du côté des toutes jeunes entreprises ? Peut-être que leur patron seront plus cool étant donné qu’ils débutent et donc qu’ils n’ont pas encore eu le temps de se faire retourner la tête x)
    Je comprends ton refus de changer, mais tu ne peux pas refuser d’évoluer. Ta personnalité et ton caractère sont fondés sur ton passé, c’est vrai, et certains de leurs traits ne disparaîtront jamais. Mais ils peuvent évoluer. Ce n’est pas parce que tu évolues que tu changes, que ton passé change, et que tu n’es plus la même personne. Je vais prendre un exemple pour les enfants mais qui je trouve est assez parlant… dans Pokémon les pokémon évoluent, leur forme change pour figurer et symboliser le fait qu’ils ont grandi, mûri, et pourtant ce sont les mêmes : ils se comportent de la même façon avec les autres pokémon et les personnages, parce qu’ils sont les mêmes individus, ils ont juste évolué.

    J'aime

    1. Pour accorder un prêt, une banque demande soit un (des) garant(s), soit une situation suffisamment confortable pour garantir le remboursement. Or, je n’ai aucun des deux. Donc non, une banque ne peut pas m’accorder un prêt. Même l’Agefiph demande des garanties…
      Pour ma recherche, je cherche un peu partout, jeunes entreprises comme grosses et les échos restent les mêmes. Les jeunes sont mêmes plus exigeantes car elles n’ont pas droit à l’erreur.
      Sinon, je ne refuse pas d’évoluer, je refuse juste de changer, de céder pour correspondre à des standards qui sont à l’opposé de ma personnalité, juste parce qu’on veut pouvoir me mettre dans une case. Changer et évoluer, c’est différent. D’ailleurs, dans Pokémon, les pokémons changent lorsqu’ils évoluent et ne sont plus les mêmes. L’exemple le plus flagrant étant le joyeux, gentil et naïf petit Salamèche qui devient un Dracaufeu arrogant qui n’obéit pas et s’assoit ouvertement sur tout ce que peut lui dire Sacha ^^

      J'aime

  4. Coucou,
    Tes écrits et tes impressions m’ont beaucoup touchés, et je me suis même reconnue parfois. Ton écriture est belle, et tu arrives à trouver les bons mots! Je te souhaite bon courage, car vraiment tu es quelqu’un qui mérite autant que les autres!

    J'aime

  5. Hello,
    Je viens de découvrir ton blog et c’est impressionnant, j’ai eu l’impression de lire ma description quand j’avais la vingtaine !!! (bon je sais pas si j’aurais eu la même plume, hein !)
    J’ai aussi passé des tests de QI, je suis aussi totalement inapte socialement et merde, j’ai aussi de l’Endométriose… ça fait beaucoup !!!
    Par contre j’ai 35 ans et pour la sociabilité, j’ai appris, au moins le minimum syndical ! Je donne toujours l’impression d’être la reine des glaces aux gens qui ne me connaissent pas mais j’ai aussi appris à l’assumer et même à en jouer. Pour l’Endométriose, pas de bol, un nodule a migré… mais ça m’a permis (enfin) de trouver les bons praticiens et de me faire soigner correctement. Tu peux commencer par contacter l’asso http://www.endofrance.org/ qui organisent pleins de conférences et répertorient les médecins spécialisés et compétents.
    Pour le boulot, je suis arrivée par hasard à un poste où tu ne peux jamais tout savoir, tu apprends tous les jours et dans mon cas, comme je suis dans une toute petite boîte, où tu fais 1000 tâches différentes au fil du temps : je travail dans un bureau d’études et de maîtrise d’oeuvre et je suis en pleine formation de métreur / chef de projet ^_^
    Je dis pas que le BTP c’est merveilleux et que ça va à tout le monde, mais ce genre de poste existe, où tout les jours tu es excitée d’apprendre un nouveau truc et de voir le projet que tu as monté sur papier se construire en vrai ! Pour les patrons cons par contre ils sont malheureusement en voie d’apparition… -_-
    En tout cas je suis bien contente d’avoir trouvé ton blog et je vais de ce pasa m’abonner !!!!

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s