Publié dans Une vie de rousse

Suis-je une ratée ?

échec et réussite

Quand j’étais petite, je me souviens qu’on me promettait un brillant avenir. Juste parce que j’avais de bonnes notes. Mais j’avais de bonnes notes parce que les matières me semblaient faciles, pas parce que j’avais une quelconque affinité avec. J’accumulais la connaissance comme Picsou amasse ses pièces, puis je la recrachais. Pour beaucoup j’étais brillante, mais en réalité, j’avais juste une très bonne mémoire. J’étais consciente que les gens se trompaient sur mon compte mais je ne savais pas comment leur dire. Et puis, il faut bien le reconnaître, c’était sacrément flatteur. On m’avait même fait faire des tests de Q.I, que j’avais également réussis, j’étais considérée comme surdouée. Mais une fois de plus je n’avais fait que répondre ce que je savais. Je ne comprenais pas pourquoi les gens se reposaient sur des tests ou des notes pour jauger de l’intelligence de quelqu’un.

Et le fait est que j’avais raison. Oui, j’ai toujours eu des bonnes notes. Mais aujourd’hui je n’ai rien. J’ai fait des études, et ça n’a rien changé. J’ai toujours ma grande mémoire, et elle n’a jamais révolutionné mon existence.

J’ai fait ce que l’on attendait de moi plus que ce qui me plaisait. Enfin je dis ça mais en même temps tout me plaît. Je voudrais être vétérinaire, astronaute, archéologue, linguiste, chercheuse (et pas seulement d’emploi). Tous les domaines m’intéressent, je me tiens au courant de tout, je n’ai pas envie de me contenter d’une seule chose. Et je me demande si ce n’est pas cette incapacité à me fixer qui fait de moi ce que je suis aujourd’hui.

Je suis toujours incapable de répondre quand un conseiller me demande ce que je veux faire. Car je ne sais pas. Je sais que si je réponds par exemple « journaliste », et que je trouve quelque chose, ça me correspondra un temps avant que ma soif de connaissances ne me pousse ailleurs.

Mais quand je regarde ma situation aujourd’hui, j’ai envie de pleurer tellement je me sens inutile. La soif de connaissances, ça ne mène à rien. Aujourd’hui je regarde mon conjoint partir au travail tous les matins, se crever le cul pour une entreprise qu’il déteste, dans un travail qu’il déteste, avec des gens qu’il déteste. Il le fait parce que dans la vie, pour payer son loyer, il faut faire des sacrifices. Il a raison. Cependant… je ne trouve pas de travail, même un travail basique. J’ai 25 ans et au total moins de deux mois d’expérience professionnelle alors que je suis diplômée depuis mai 2011. Je cherche, tous les jours, je réponds à des tonnes d’offres, qu’elles me correspondent ou non, et c’est à peine si j’ai des retours malgré tout mon investissement.

Aux yeux de la société, je suis un bel exemple de ratage de vie. Je vis aux crochets de mon conjoint puisque je ne ramène pas, ou peu, d’argent à la maison. Et assumer toutes les corvées comme je le fais ne change rien à la situation, c’est même normal. On répartit les corvées en fonction du travail et comme je ne fous rien, j’assume tout, logique. Mais j’ai une telle impression d’inutilité que ça me pèse de plus en plus.

Je postule à des postes qui pourraient même mettre ce qui me reste de santé en danger parce que j’en ai assez de cette situation. Je n’en peux plus de voir le moral de mon conjoint chaque jour plus bas parce qu’il aimerait claquer la porte mais ne peut pas, car sinon on ne pourrait plus payer nos factures. J’aimerais trouver quelque chose pour qu’il puisse enfin se reposer un peu et arrêter de tout porter sur ses épaules. Mais je cherche, je cherche, et je me prends une collection impressionnante de murs en pleine tronche. J’essaie de le décharger au maximum mais jamais je ne pourrai porter à sa place le poids d’un travail qui ne lui correspond pas, dans une entreprise qui ne lui correspond pas. Et je me demande si moi, je serais capable de faire comme lui. De supporter des gens insupportables, de devoir fermer les yeux sur des comportements qui sont à des lieues de mes valeurs, d’accomplir chaque jour les mêmes tâches pour enrichir des gens qui n’en ont rien à faire de moi et de mes conditions de travail.

J’ai l’impression d’être une ratée, de ne pas pouvoir faire mieux que le laisser serrer ma main pour pouvoir s’endormir, tellement il est stressé et qu’il n’en peut plus. Pourquoi est-ce que je ne trouve rien ? Pourquoi est-ce que je n’arrive même pas à décrocher des entretiens bateau ? Pourquoi est-ce que les exigences des employeurs pour les contrats les plus basiques sont de plus en plus importantes, m’éloignant chaque jour d’une possibilité d’embauche ?

Plus ça va et plus j’ai l’impression que j’ai raté ma vie, puisque je n’arrive même pas à la commencer. Ou alors, c’est juste que je n’ai pas trouvé ma voie, mais j’ai envie de dire, on s’en fout de ma voie. Je veux juste alléger la charge qui pèse sur les épaules de mon conjoint et peu importe si pour ça je dois renoncer à mes propres idéaux. Il renonce bien à sa propre santé mentale et physique pour moi, pour nous. Je peux bien faire de même. Mais comment ? Je n’ai pas envie de passer mon existence à envoyer des candidatures qui ne seront jamais lues, à regarder mon homme s’étioler de jour en jour pendant que moi je suis à l’abri dans mon foyer. Je veux juste avoir une vie normale, ou du moins, essayer…

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

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