Publié dans Littérature

Mes seuls dieux, d’Anjana Appachana

Mes seuls dieux AA

Titre : Mes seuls dieux

Auteur : Anjana Appachana

Date de parution : 02/05/2013 (avant pour la version Broché)

Éditeur : Zulma

Genre : Nouvelles, roman sociologique

Pages : 228

Prix : 8.95€ 

Quatrième de couverture :

Nouvelles traduites de l’anglais (Inde) par Alain Porte

Merveilles d’interventions narratives, ces huit nouvelles entrelacent cruauté inconsciente et enchantement amoureux, songeries amères et tendres, conflits cocasses ou tragiques. De la fillette qui s’invente une vie sentimentale en lisant Jane Eyre quand sa sœur aînée se marie, à celle qui porte une dévotion folle à sa mère, les situations se répondent ; si bien qu’on éprouve le sentiment d’être dans l’espace multiple et concerté du roman, au sein d’une famille de la bourgeoisie indienne.

D’une histoire à l’autre, on se laisse envoûter par l’univers d’Anjana Appachana.

Un mot sur l’auteur :

Née dans le Kodagu, province du Karnataka, au sud de l’Inde, Anjana Appachana fait des études à Delhi et en Pennsylvanie.
C’est en 1992 qu’elle publie en Angleterre Mes seuls dieux, qui trouve également son public en Inde. Primée en Angleterre et aux États-Unis pour son premier roman, elle poursuit une investigation quasi sociologique de l’imaginaire indien en y ajoutant cette ampleur intimiste, frémissante de nuances, qui nous rend si proches ses petites filles inquiétées par le drame familial et ses jeunes femmes désemparées par la secrète violence institutionnelle sous les dehors lénifiants des fêtes et des rituels. En rupture avec la respectabilité et les conventions, le système des castes et le poids de la bureaucratie provinciale, Anjana Appachana place le lecteur au cœur même de la sensibilité féminine indienne si proche de la nôtre dans ses aspirations.
Elle partage actuellement sa vie entre l’Inde et l’Arizona.

Source : Babelio

Mon avis sur ce roman :

J’avais ce titre dans mon viseur depuis un long moment, déjà parce qu’on me l’avait conseillé, mais aussi parce que j’en ai vu plusieurs critiques qui m’ont convaincue que je ferais bon accueil à ce livre. Quelques personnes l’avaient comparé à Chinoises, de Xinran, et donc la barre était très haute car ce roman m’avait sincèrement chamboulée.

Il s’agit d’un recueil de petites nouvelles qui nous placent dans l’Inde moderne. Ici, en France, nous n’en entendons pas souvent parler en dehors des histoires de viols en réunion (et encore, si le viol touche une française…) et c’est assez difficile de savoir où en est ce pays aujourd’hui. J’ai une connaissance qui adore sincèrement ce pays et y a voyagé plusieurs fois, mais à part des photos, je n’en ai pas vu grand chose. Je suis un peu féministe sur les bords et j’ai tendance à éviter les pays qui ont peu de considération pour les femmes lors de mes projets de voyage. Ce roman a le mérite de me remettre les idées en place.

A chaque histoire, on sent le conflit des indiens entre leurs traditions, profondément ancrées en eux, et l’influence de la société occidentale qui émancipe les femmes et rend légitimes leurs envies de liberté, qu’il s’agisse de liberté de décision ou de liberté de faire ce qu’elles entendent de leur vie. On sent que pour beaucoup de familles, si elles sont fières de voir leurs filles faire des études et travailler, elles considèrent malgré tout que le meilleur pour elles reste de se marier et de devenir des mères. La culture du viol, et surtout celle du silence et du mépris qui en découle est très, très présente. La tradition du mariage arrangé est également très présente, même si elle s’accommode souvent de la décision des enfants (le plus important à l’air d’être de se marier, alors tant que le parti est acceptable pour la famille, elle donne sa bénédiction).

Le but de ce livre est principalement de mettre en avant le point de vue de femmes, prises à partie dans une société qui se veut de plus en plus ouverte mais qui malgré tout continue d’avoir des réflexes de sociétés traditionalistes. Nous avons par exemple cette femme profondément déçue par son mariage et par son mari soumis à sa mère et à des traditions dont, pourtant, il se fiche éperdument. Il laisse son épouse en proie aux réflexions odieuses de sa belle-mère qui voudrait en faire une parfaite petite femme au foyer docile, sans tenir compte de ses propres ambitions. Jusqu’au jour où elle décide de dire stop. Ce qui est extrêmement courageux, car si en Inde il y a des femmes de pouvoir, des femmes indépendantes, les femmes divorcées restent très mal vues et oser quitter son mari rend son avenir incertain malgré ses compétences.

Les femmes présentées dans ce recueil sont toutes des femmes de caractère, résolument modernes, presque occidentales dans leur manière de penser et d’agir. A contrario, les hommes, eux, sont présentés comme manipulateurs, soumis, prédateurs, le summum étant atteint avec les deux nouvelles racontant les aventures de l’employé Sharmaji qui est sûrement le collègue fainéant et toxique que personne n’aimerait avoir et dont la mauvaise foi est si hallucinante que je finissais par lire ses histoires en diagonale, tant ses discours assommants pour ne pas assumer sa fainéantise m’ont irritée. Je trouve que ces caractères trop extrêmes rendent les nouvelles peu réalistes, comme s’il n’y avait pas de juste milieu ou que tous les hommes et femmes étaient mis dans le même sac. Un peu comme si les hommes étaient tous les prédateurs et que les femmes étaient toutes les victimes innocentes n’ayant aucune possibilité de s’échapper.

J’ai donc moins accroché à ce recueil qu’à celui de Xinran, mais en même temps, comme dit précédemment la barre était très haute. Anjana Appachana a malgré tout largement réussi à faire passer son message, à savoir que l’Inde est encore dans une phase de transition, tiraillée entre ses envies de modernité et ses traditions si ancrées dans les mœurs que les indiens ne se rendent pas forcément compte des contradictions que ça représente. Il y a une phrase qui m’a marquée et qui, je trouve, correspond bien à ce que je pense à ce niveau : « En Inde, disait la mère, chaque femme touchait un salaire égal à travail égal. En Amérique, on se battait encore pour ça.« . On fait souvent des leçons de morale à des pays que l’on juge arriérés niveau mentalité alors que nous, pays dits modernes, nous ne sommes pas vraiment meilleurs sur certains points. En France aussi, on se bat encore pour l’égalité salariale alors qu’on présente l’Inde comme un pays où il ne fait pas bon être une femme. En attendant, pour eux, l’égalité salariale va de soi.

Le type d’écriture a aussi beaucoup joué sur mon opinion. Je l’ai trouvée lourde. Les personnages font parfois de longs discours barbants de plusieurs pages et ça rend certains passages indigestes. Surtout lorsqu’il s’agit de Sharmaji et que le personnage est déjà horripilant de base.

De plus, certaines nouvelles semblent ne pas avoir de morale, notamment, encore, celles de Sharmaji. Quel intérêt de nous montrer un personnage horripilant, toxique au possible, qui s’en sort en toute impunité et qui est même finalement promu ? Que parfois ce ne sont pas les plus méritants qui s’en sortent ? Ce n’est pas comme si on ne le savait pas déjà.

En résumé, entre les personnages trop caricaturaux à mon goût, le style d’écriture très lourd et les nouvelles dont je ne suis pas parvenue à voir l’intérêt, mon avis est très mitigé. Je n’ai pas détesté le livre, mais je l’ai trouvé un peu fade, comme s’il manquait de quelque chose. De réalisme peut-être. Il est toujours intéressant de pouvoir se faire une idée des mœurs d’un pays, mais autant que ce soit dans un cadre réaliste. Là, on a droit à des Wonder Woman en puissance qui font face à des hommes lâches et faibles ou alors à des manipulateurs/prédateurs. J’aurais aussi aimé avoir une idée de la mentalité de toutes les classes sociales, or, là nous suivons toujours le même type de famille, ni trop riche ni trop pauvre. Ce recueil est intéressant mais pas assez complet à mon goût.

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

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