Publié dans Anecdotes

Ces gens qui m’ont redonné foi en l’humanité

foi en l'humanité

Je me rends compte qu’en ce moment, mes articles ne transpirent pas la positive attitude, alors je me suis dit que pour une fois, j’allais vous parler de ces gens qui m’ont redonné foi en l’humanité. Je ne suis pas quelqu’un qui a une haute opinion des autres en général, mais il faut dire que je suis un aimant à abrutis et que donc, je n’ai pas les bons exemples sous les yeux. Il devient facile de faire des généralités quand on ne connaît qu’un seul côté de la balance.

Bref, ma première anecdote s’est passée lorsque j’habitais encore à Orléans et que j’étais à la fac. Je prenais le tram pour m’y rendre et j’avais un trajet assez long (je traversais la ville quoi). A l’époque mes règles étaient déjà extrêmement douloureuses et cette fois-là, si je les avais senties arriver, je ne suis pas rentrée à temps pour m’allonger. Mes membres commençaient à s’engourdir, une crise de spasmophilie arrivait à grands pas et j’étais encore loin de chez moi. J’avais voulu appeler ma mère, mais mes mains étaient déjà tellement raides que je ne pouvais pas sortir mon téléphone. Un couple de personnes âgées était assis en face de moi et, en désespoir de cause, en larmes à cause de la douleur et à moitié pliée en deux j’essaie d’articuler un faible « au secours ». Je vois la femme me regarder d’un air écœuré, sans réagir, et je retente ma chance, un peu plus fort. Mais la femme se lève, entraînant son mari, et ils vont s’asseoir plus loin. Deux personnes prennent leur place, je retente d’appeler à l’aide mais pareil, aucune réaction. Je finis par me lever tant bien que mal, toujours pliée en deux, et m’affaisse sur le banc de l’arrêt de tram, les membres raides et douloureux, complètement H.S à cause de la douleur. Et les gens passaient devant moi sans s’en soucier le moins du monde. Jusqu’à cet homme. A l’époque j’étais encore très influencée par les pensées racistes de ma mère et je me méfiais instantanément des étrangers, mais comme il était le seul à se préoccuper de mon état je me suis laissée approcher. Je pleurais de douleur, je n’arrivais plus à parler mais il a quand même compris que j’étais très mal. Quand il a fouillé ma sacoche je n’avais pas confiance, mais il ne m’a pas volée, il a fouillé mon portable pour trouver le numéro de ma mère (toujours important d’écrire « maman » ou « conjoint », au moins comme ça si vous n’êtes pas en état la personne qui vous aide sait qui appeler) et l’a appelée pour qu’elle vienne me chercher. Elle lui a expliqué comment décrisper mes mains le temps qu’elle vienne. Il est resté avec moi tout le temps, essayant de me calmer. Bizarrement, une fois que quelqu’un est venu m’aider, j’ai eu une foule autour de moi qui se proposait de garder mon sac ou d’appeler les secours. Alors que quelques minutes avant tout le monde s’en foutait. Lorsque ma mère a vu que c’était « un arabe » qui m’a aidée elle a tiqué mais je l’ai stoppée net : « il a été le seul à m’aider alors que les autres me regardaient sans bouger ». Elle a compris et l’a remercié. Quelques jours plus tard je suis revenue lui offrir des rafraîchissements et de la nourriture, car cet homme était ouvrier et que ses conditions de travail étaient très précaires. Ce jour-là il y a eu un déclic dans mon esprit. Je n’adhérais pas spécialement aux discours de ma mère mais j’y étais réceptive. Je m’y suis ensuite complètement fermée.

La seconde histoire se passe encore dans les transports. Un homme, me prenant visiblement pour une femme facile, se met à m’abreuver de « compliments » probablement trouvés sur un random site de citations pseudo-romantiques. Ne voyant aucune réaction de ma part, il s’est dit que me mettre la main au panier de manière bien insistante me ferait forcément tomber dans ses bras et donc dans son lit. Manque de chance, il n’a rencontré que ma main sur sa tronche, accompagnée de mon genou dans ses couilles, avec en prime un de mes plus beaux chapelets de jurons (je suis une princesse, j’ai un langage très fleuri). Je lui ai bien crié dessus pour l’afficher et voir les gens réagir mais bizarrement, tout le monde était absorbé par son téléphone. J’en faisais du bruit pourtant. Le type a voulu me frapper pour se venger, je lui ai gueulé de dégager mais il était bien remonté. C’est le chauffeur, bien baraqué, qui a fini par s’arrêter net, sortir de son box, attraper le gars par le col et le flanquer hors du bus. Il m’a ensuite demandé si j’allais bien avant de se tourner vers les autres usagers et leur dire « On en est là hein, cette jeune fille aurait pu se faire violer sous vos yeux que vous n’auriez rien fait ! » avant de retourner à sa place. Les gens étaient penauds puis une dame a fini par dire « c’est vrai, j’ai été lâche, excusez moi mademoiselle ». De fil en aiguille, tout le monde a fini par admettre qu’ils auraient dû réagir mais qu’ils avaient peur de prendre un coup, ou d’être seuls face au gars. A la fin tout le monde discutait et se promettait d’intervenir s’ils étaient de nouveau témoins d’une agression. J’ignore s’ils l’ont fait, mais au moins ce jour-là il y a eu une prise de conscience collective. En soi je n’avais pas besoin d’aide, je sais me défendre, très bien même, mais c’est toujours un soulagement d’être aidée car on ne sait jamais. Le type aurait pu sortir une arme ou parvenir à m’immobiliser (je n’ai pas tellement de force en soi, je maîtrise juste mes mouvements et je profite de l’effet de surprise).

La dernière histoire est récente, très récente même. Je venais de finir mon contrat en fromagerie et devais aller chercher mon solde de tout compte. J’ai travaillé dans l’entreprise de mon conjoint donc je comptais y aller avec lui un de ces jours mais rien ne pressait. Ce jour là il devait aménager une partie d’un rayon pour une marque donc il m’a proposé de l’accompagner et d’en profiter pour aller chercher mon solde. Je n’étais pas très chaude car je sentais mes règles (oui, encore elles) arriver et je sentais qu’elles allaient être bien douloureuses. Mais mon homme a insisté car son boulot était rapide et comme ça, ce serait fait. J’ai fini par céder et je suis venue. Déjà rien que dans le bus je sentais la douleur venir, mais quand je me suis retrouvée dans le bureau de la secrétaire, j’ai cru mourir. Elle m’expliquait le détail de ma fiche de salaire mais je commençais déjà à me raidir et je ne l’entendais pas. Elle a fini par s’apercevoir que j’allais de plus en plus mal et m’a proposé de m’allonger à l’infirmerie. Sauf que je me suis écroulée par terre en bavant car même ma gorge était raide, je parvenais à peine à respirer. Effrayée, elle a immédiatement appelé mon conjoint mais n’a pas hésité à rester à proximité malgré sa peur. Même après l’arrivée de mon homme elle faisait des allers-retours pour qu’il tente de me déraidir avec de l’eau chaude et l’aider à me faire boire (avec la gorge raide je bave énormément et me déshydrate très vite, surtout en plein été…) alors qu’elle ne manquait pas de boulot. Une fois la crise à peu près passée (en gros, j’avais toujours mal mais j’étais capable de marcher à peu près droit), j’ai accompagné mon homme qui finissait son aménagement. Cependant, incapable de rester debout, j’ai fini par m’asseoir sur un carton de lessive en attendant. Et là… au moins une dizaine de personnes se sont arrêtées pour me demander si j’allais bien, si j’avais besoin d’aide, et une dame a même insisté pour me donner un spasfon qu’elle avait dans son sac (le spasfon est trop faible pour calmer la douleur mais elle ne voulait pas me laisser comme ça). Une autre personne nous a proposé de nous ramener pour m’éviter le trajet en transports. Moi qui ai l’habitude qu’on me regarde souffrir sans réagir, j’étais sciée. Même mon homme qui a encore moins foi en l’humanité que moi a reconnu que les gens étaient vraiment gentils.

Tout ça pour dire que j’ai beau être très misanthrope, il arrive que les gens me surprennent par leur humanité. Même si je continue de penser que le monde devient de plus en plus égocentrique, il y a des exceptions, dans tous les milieux et dans tous les peuples. Au moins ça a le mérite de faire réfléchir ! Certaines de ces personnes ont même réussi à me faire changer. Je suis sûre que si tout le monde s’y mettait on pourrait rendre le monde moins écœurant =)

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

7 commentaires sur « Ces gens qui m’ont redonné foi en l’humanité »

  1. Arf, ça doit être l’enfer l’arrivée de tes règles, déjà que j’ai du mal les deux premiers jours de règles, j’ose pas imaginer pour toi…
    Les gens mettent toujours du temps à réagir, il faut toujours se dire qu’il suffit d’un premier pas d’une personne pour que la foule suive, et que si ce premier pas ne se fait pas, la personne « embêtée » peut finir par être une véritable victime… C’est désolant pour l’épisode du bus… Depuis un moment je fais très attention aux personnes susceptibles de harceler quelqu’un dans les transports, je suis petite, toute mince et sans un gramme de muscle, mais je me sens prête à réagir s’il se passe quelque chose sous mes yeux simplement parce que j’ai horreur de l’injustice, j’ai horreur de la bêtise humaine et je ne vois pas comment je pourrais me regarder en face si je laissais quelque chose arriver sans bouger le petit doigt.
    Merci pour ce partage !

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    1. Généralement les deux premiers jours j’ai trop mal pour faire quoi que ce soit, en plus comme elles sont très abondantes je reste faible. Rien que me lever me donne le vertige ! C’est dans ces moments là que je me demande ce que je ferais si j’avais un travail. Je serais incapable de m’y déplacer…
      La plupart du temps pour intervenir dans les agressions de ce type il suffit d’être grande gueule, ça entraîne les autres et face à l’effet de foule l’agresseur s’en va. Il y a aussi la tactique de faire semblant de connaître la victime pour l’entraîner plus loin.

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  2. Je suis tombée sur une vidéo qui parlait de harcèlement (si ça t’intéresse c’est la youtubeuse Ginger Force dans sa chronique « Un pavé dans la marre ») et elle parle de l’effet Genovese qui vient de l’histoire d’une jeune femme violée et assassinée dans la rue à la vue de tous. Cet effet dit en fait que plus il y a de témoins, moins il y a de chances que quelqu’un réagisse, parce que tout le monde se cherche des excuses : je suis pas plus fort que celui là assis là bas, je suis pressé, ça ne me regarde pas, de toute façon les autres valent pas mieux que moi etc… Donc bon c’est un phénomène qui existe et qui explique que personne ne fait rien dans une situation où quelqu’un a besoin d’aide…

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