Publié dans Littérature

L’Unité, de Ninni Holmqvist

L'UnitéTitre : L’Unité

Auteur : Ninni Holmqvist

Date de parution : 13/11/2013

Éditeur : Le livre de poche (initialement Télémaque)

Genre : Anticipation, Science-fiction, Roman, Dystopie

Pages : 336

Prix : 7.10 euros (en poche)

Quatrième de couverture :

Parce qu’elle vient d’avoir 50 ans et qu’elle est célibataire, Dorrit est devenue « superflue » et, à ce titre, doit rejoindre l’Unité. Un appartement lumineux et confortable, agrémenté de micros et de caméras de surveillance, lui a été réservé. Un écran de télévision, mais pas de téléphone ni Internet pour communiquer avec l’extérieur… En plus d’être logés, les résidents sont nourris, bénéficient de soins médicaux et peuvent consacrer leur temps au loisir de leur choix. Les nouveaux arrivants sont chaleureusement accueillis… avant d’être affectés à des groupes d’expérimentations médicales humaines. Le corps de Dorrit ne lui appartient plus : à chaque instant on peut lui prélever un organe au bénéfice de ceux qui vivent à l’extérieur et qui sont encore « utiles ». Tout est prévu dans le moindre détail. Sauf une rencontre qui va tout changer.

Mon avis sur ce roman :

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce roman est quand même très perturbant. Les dystopies ont toujours cette petite satire de notre société cachée entre deux lignes, mais ici, elle n’est clairement pas cachée.

Je me suis procuré le livre parce qu’on me l’avait décrit comme « une bible pour les no-kids » mais je ne trouve pas que ce soit le cas. Oui, certes, les personnes considérées comme « superflues » sont celles qui n’ont pas fait d’enfants, et uniquement celles-ci, mais l’héroïne de l’histoire, Dorrit, n’est pas une no-kids volontaire. Si elle n’a pas eu d’enfants, ce n’est pas parce qu’elle ne voulait pas, mais parce qu’elle n’a pas rencontré le bon homme.

On trouve ici un monde dans lequel les gens sont répartis dans des cases et où la pression sociale est très forte. Le fait d’avoir des enfants est indispensable pour être considéré comme « nécessaire » et uniquement cela. Vers la fin du roman, on nous dit que même les professions qui jusqu’ici permettaient d’être considérées comme utiles sans avoir d’enfants ont vu cette interdiction être levée.

Mais vous devez vous demander ce qu’est l’Unité, cet endroit où sont emmenés (plus ou moins de force) les gens, hommes comme femmes, qui n’ont pas d’enfants après avoir atteint un certain âge (la ménopause pour les femmes, un peu plus pour les hommes). Eh bien l’Unité, c’est un endroit où vous ne vous appartenez plus. Vous devenez des cobayes humains pour les « nécessaires », on vous lave le cerveau pour que vous considériez comme normal tout ce qui vous arrive. Vous êtes surveillés en permanence pour que vous ne puissiez pas vous suicider et, en plus de subir des expériences scientifiques parfois atroces (certains effets secondaires entraînent la folie, ou la mort dans d’horribles souffrances), vous êtes obligés de donner vos organes, petit à petit, jusqu’au « don final » où vous donnez votre cœur et vos poumons. Et vous n’avez pas le choix, car cette Unité dans laquelle vous vivez est une prison, une prison dorée, certes (c’est le luxe à tous les étages), mais une prison.

Ce qui dérange, c’est surtout les parallèles que l’on peut faire avec notre société. Aujourd’hui, les no-kids sont de plus en plus nombreux à le crier sur tous les toits (je suis la première) mais peu de monde nous prend au sérieux, comme si le fait de ne pas vouloir d’enfants s’apparentait à une crise d’adolescence éphémère. La plupart des gens pensent que ça nous passera, qu’on en voudra forcément un jour, comme si avoir des enfants était un but obligatoire dans la vie. Comme s’il n’existait rien d’autre pour se sentir utile ou pour contribuer à la société. Ici, l’Unité, c’est la caricature de tous ces gens pour qui avoir des enfants est indispensable et qui imposent leur point de vue à ceux qui ne pensent pas comme eux. Si on veut aller plus loin, on peut même dire que l’Unité est une sorte de camp de concentration pour tout ce qui est différent de la pensée unique. De nos jours il est parfois difficile d’avoir un point de vue tranché, ou qui diffère de la bien-pensance. Il en faut peu pour être considéré comme marginal et pour être mis au ban de la société. Dans le monde de l’Unité, on parque tous ceux que l’on considère comme différents, donc inutiles. Et on s’en sert comme cobayes.

L’expérimentation scientifique sur les humains est traitée assez négativement dans ce roman. Personnellement, je suis pour l’expérimentation humaine, tant qu’elle est volontaire et motivée par de véritables convictions (et pas par des billets verts). J’ai d’ailleurs plusieurs fois dit aux médecins que s’il y avait besoin de cobayes pour tester un traitement contre ma maladie, alors je serai volontaire. Si quelqu’un qui, comme moi, n’a rien à perdre et ne manquera pas à grand monde peut aider à éviter que d’autres souffrent, alors autant le faire. Mais là il s’agit d’expérimentation forcée, parfois douloureuse, sur des gens qui n’ont rien demandé et qui ne veulent pas mourir. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le parallèle avec l’expérimentation animale : certains ont décrété les animaux comme inférieurs, ils subissent des tas d’expériences douloureuses en laboratoire, souvent pour rien, sans que quiconque se préoccupe d’eux. On ne leur demande pas leur avis et même s’ils le pouvaient, il n’y aurait pas grand monde pour en tenir compte. L’Unité, c’est ça. Des gens qu’on a décrétés inférieurs et inutiles, et sur lesquels on peut se déchaîner sans que ça ne dérange personne. Il n’y a plus d’humanité, de compassion. Tu es inutile, alors on te rend utile de force.

Ce qui m’a aussi dérangée dans cette histoire, c’est que, métaphoriquement parlant, on a l’impression que l’héroïne n’assume pas sa différence et cherche à tout prix à rentrer dans le moule, même lorsqu’il est évident qu’il ne lui correspond pas. J’aurais aimé une femme plus volontaire, moins mièvre, moins naïve, qui assume ce qu’elle est et se rebelle contre cet ordre injuste et, disons-le, immoral. Si on devait faire un parallèle avec l’actualité, alors ça voudrait dire qu’on irait, du jour au lendemain, parquer tous les chômeurs et bénéficiaires d’allocations quelconques dans des centres d’expérimentation humaine pour tirer d’eux tout ce qu’il est possible de tirer, peu importe leur souffrance, au bénéfice de ceux qui travaillent. J’en vois qui grimacent, mais en même temps combien, parmi vous, n’ont jamais râlé sur les bénéficiaires d’allocations, bien plus souvent considérés comme des parasites que comme des êtres humains ayant besoin d’aide ? On se rapproche de plus en plus d’un monde comme celui de l’Unité, puisque dès que l’on est pas utile, que l’on est pas rentable, on se fait rabaisser, marginaliser…

C’est quelque chose qui fait réfléchir. Et qui ne m’étonnerait même pas si elle devait arriver un jour.

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

4 commentaires sur « L’Unité, de Ninni Holmqvist »

  1. J’aime énormément ton analyse. Pour les chômeurs et autres, on en est pas loin si j’ose dire avec leur idée d’obligation d’être bénévole pour tout et n’importe quoi. Histoire de bien stigmatiser. D’ailleurs si le sujet t’intéresse, il y a un film français assez léger en surface mais qui finalement est pas mal du tout, ça s’appelle « Libre et assoupi », j’ai été conquise en entendant Denis Poladydès demander à quelqu’un au RSA pourquoi il apportait des preuves de recherche de travail ; car les preuves c’est pour les criminels. Bref j’arrête mes digressions, ce livre a l’air plutôt intéressant, en tout cas le fond semble vraiment l’être, ça doit être la seconde fois que j’en entends parler, je pense que je vais tenter de me le procurer (et puis je suis aussi « un peu » no-kids).

    Aimé par 1 personne

    1. En fait le livre en soi ne casse pas trois pattes à un canard, l’héroïne n’est pas vraiment attachante, c’est vraiment la réflexion derrière qui est intéressante, car pour une fois la frontière entre dystopie et réalité est vraiment mince. Comme tu dis, on en est pas loin vis à vis des chômeurs…

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