Publié dans Une vie de rousse

Je n’ai pas peur de la mort, malgré la maladie.

lapin

A chaque fois que je parle de ma maladie aux gens, ils sont persuadés que je vis en permanence dans la peur de mourir brusquement, ou que si j’ai des insomnies, c’est parce que j’ai peur de ne pas me réveiller… or, non, pas du tout.

Je ne vais pas non plus dire que je n’ai jamais eu peur de mourir. Quand j’étais petite, un médecin avait sorti à ma mère, devant moi, que je ne passerai jamais les 20 ans. J’en ai aujourd’hui 25 (et je me permets de dire à ce médecin d’aller se faire sauvagement empapaouter par une armée d’hippopotames, merci, chocokiss) mais à l’époque ça m’avait choquée. Je réalisais que j’allais très probablement mourir avant ma mère, sans avoir suffisamment vécu pour profiter un max. Et que je ne pouvais rien y faire. J’ai passé plusieurs mois à vivre comme un zombie en attendant l’inéluctable, jusqu’à ce que ma tante me dise que les médecins sont un ramassis d’idiots et que l’on avait une cousine, atteinte de mucoviscidose, qui avait plus de 50 ans et qui se portait bien.

J’ai donc fini par arrêter de regarder en permanence cette épée de Damoclès au dessus de ma tête, pour me concentrer sur moi-même, sur ce que je voulais faire de ma vie. J’ai appris à me défendre face au harcèlement scolaire, j’ai appris à devenir une personne forte, dont la volonté est (presque) inébranlable. J’ai appris à me fermer aux réflexions des autres.

Évidemment, j’ai déjà remis en cause mon existence. Du moins, sa raison, son utilité. Quand une action aussi anodine que respirer est difficile pour vous, quel est l’intérêt de vivre ? En plus de ça, je me suis retrouvée au chômage à l’âge adulte et ça n’aide pas à trouver un sens à mon existence malgré le handicap. Je me sens profondément inutile, je n’arrive pas à trouver un moyen de contribuer à l’effort national.

Cependant, ce n’est pas parce que je trouve que je ne sers à rien que j’ai peur de mourir pour autant. C’est quelque chose que j’attends avec sérénité. Pourquoi lutter ? Je sais que mon état se dégrade. J’ai déjà essayé les médecines alternatives, l’homéopathie (qui dans le genre échec cuisant était pas mal) mais au bout d’un moment il faut grandir et reconnaître que je ne guérirai pas.

Le pire, c’est que les gens ne me croient pas lorsque je dis que je n’ai pas peur de mourir, ou alors ils me prennent pour une fataliste, alors que non, j’ai juste choisi de ne pas mettre ma maladie au centre de mon existence, de faire en sorte de l’oublier le plus possible, de vivre avec. Et ce sont les gens, pas moi, qui remettent sur le tapis le sujet de la maladie et de la mort.

On m’accuse d’être égoïste aussi, de ne pas penser à mon entourage qui sera triste. Déjà, j’ai de gros doutes sur la tristesse de ma « famille » qui m’a toujours détestée mais ensuite, je sais très bien qu’ils se débrouilleront sans moi. Ma mère le fait depuis toujours, et mon homme n’a pas besoin de moi pour survivre. Je sais que ma minette sera adoptée par mon homme qui l’adore et qu’elle ne sera pas abandonnée comme beaucoup d’animaux à la mort de leur propriétaire.

Le seul regret que je pourrais avoir, c’est celui de ne pas avoir eu le temps de faire quelque chose d’utile de ma vie. J’aimerais trouver un travail, gagner ma vie, être indépendante comme une personne normale. Mais pour le moment, je n’y parviens pas, comme énormément de jeunes sur le marché de l’emploi. Je pèse sur les épaules de mon conjoint et si je devais mourir, je ne serais plus une charge. C’est déjà plus gratifiant.

Bref, mon rapport à la mort surprend souvent les gens. Déjà quand j’étais petite, ma famille m’a prise pour une tordue parce que je ne pleurais pas à la morgue devant les corps de mes grands-parents. Ou ces policiers qui me regardaient de travers lorsque je les ai appelés après avoir trouvé, en bas de l’immeuble, le corps du fils de ma voisine qui s’était suicidé. J’étais jeune et pourtant je les ai appelés et attendus avec calme. Ils étaient soupçonneux, jusqu’à ce que ma mère finisse par leur expliquer que la mort a toujours été une ombre silencieuse dans mon existence et que j’avais fini par l’accepter. Je ne panique pas devant un cadavre, je peux regarder la mort en face et presque sourire. Après tout mon existence n’a aucun sens, alors pourquoi est-ce que j’en aurais peur ?

En fait pour résumer, je dirais que si la vie n’a aucune importance, aucun sens à vos yeux il n’y a aucune raison de craindre la mort. Je sais bien qu’elle finira par arriver, plus tôt que pour la majorité des gens certes, et en attendant, je vivote.

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

13 commentaires sur « Je n’ai pas peur de la mort, malgré la maladie. »

  1. Je fais souvent face à la même incompréhension quand je dis ne pas avoir peur de la mort. Du coup, je passe pour une dépressive ou une suicidaire alors que ce n’est absolument pas le cas.

    J’ai peur de toute forme de souffrance physique, à commencer par la maladie, la douleur, le handicap, et même le froid et la faim.

    Peut-être que c’est parce que la mort est simplement le contraire de la souffrance, ou plutôt sa fin.

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  2. Je pense que tu fais preuve d’une grande sagesse, une sagesse qu’on l’on acquiert peut-être normalement lorsqu’on a l’opportunité de devenir une vieille personne. Après tout c’est toi qui a raison, pourquoi s’effrayer de l’inéluctable ? L’Homme a toujours eu peur de l’inconnu, c’est notre éducation qui nous fait avoir peur de la mort 🙂

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  3. Se sentir inutile ne veut pas dire vouloir mourrir ! Nous sommes tous mourant sur cette Terre, d’autres sont plus éprouvés . Courage à toi et le fait d’en parler te rend utile ! Biz

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    1. Déjà, je refuse d’être greffée. L’idée d’avoir les poumons de quelqu’un d’autre en moi me débecte en fait. A la rigueur s’il s’agit de cellules souches m’appartenant qui sont devenues des poumons je pourrais accepter mais sinon, non. Et ensuite ma maladie aux cils à l’intérieur de mon corps qui ne fonctionnent pas… et une greffe de millions de cils microscopiques est impossible. Une greffe de poumons retarderait l’échéance mais ne changerait pas grand chose à long terme. Je serai juste provisoirement soulagée… et encore. J’ai été opérée des sinus une fois, et à peine 24h après l’opération ils étaient de nouveau remplis. Donc des poumons neufs, ouais, ils se dégraderaient rapidement ^^’

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  4. Peut-être que tu ne te sens pas utile mais cet article l’est vraiment. Il est plein de sagesse et me fait voir les choses différemment. Bizarrement je me sens plus sereine vis à vis de la mort, parce que tu as tout à fait raison: on finira tous par mourir un jour, à quoi bon passer sa vie à en avoir peur? Merci beaucoup et bonne journée à toi.
    PS: si cet article est utile à d’autres, c’est déjà un sens à donner à ta vie non? 🙂

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  5. Waaaouh j’ai trouvé plus déprimant que moi. Bah oui ton article est triste : c’est triste de lire que la vie n’a pas d’importance pour toi. Bon après je peux comprendre parce que j’ai également un mal fou à trouver un sens à ma vie, et un intérêt. Surtout depuis que j’ai perdu ma mère. Je m’ennuie bcp ici et j’ai presque hâte de la retrouver, de voir découvrir l’Après ! Mais qd je dis ça moi aussi les gens sont très surpris. Tant mieux si les gens arrivent à avoir une vie qui leur plait, dans laquelle ils s’éclatent. Ils ont bien de la chance. Moi j’essaie mais je me lasse vite, des choses et des gens. M’enfin j’ai qd meme bcp de choses qui me rendent la vie belle alors j’essaie de me motiver, pour ma compagne qui est l’une des plus belles personnes que j’aie rencontré, pour mes animaux, et au final pour moi qd meme.
    Ahlala spa facile hein…

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  6. J’ai croisé le titre de ton article par hasard sur hellocoton et j’ai cliqué. Je ne le regrette vraiment pas, ton article est très intéressant et beaucoup de personne devraient le lire; il serait peu être moins bête devant quelqu’un avec un handicap qui ne se voit pas. Car c’est ça le problème, la bêtise humaine… Ton rapport à la mort ne me choque pas bien au contraire, tu le sais, tu n’as pas le choix et tu as décidé que ce ne serait pas ton centre du monde.
    Courage à toi et continue d’en parler cela ouvrira plus l’esprit des gens qui ne connaisse pas de grave maladie

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  7. J’admire ta zénitude, malade moi aussi depuis ma naissance, les médecins me donnait pas plus de 2 ans d’espérance de vie, puis 10 puis 20 et maintenant j’en ai 32 et pour l’instant les moments où je vais mal sont moins nombreux que ceux où je suis bien mais personnellement j’y pense pratiquement H24 à la mort et elle me fait très peur. Mais je n’ai pas peur de la mort seulement pour moi mais aussi pour mes proches. Ça me bouffe la vie !

    Pour parler de choses plus gaies j’organise un swap dans mon blog et une participation en plus serait la bienvenue. Si ça t’intéresse c’est par là : http://milunenounou.blogspot.fr/2015/09/swap-de-lhiver.html

    Bonne soirée.

    Milune.

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