Publié dans Anecdotes

La protection animale en prend plein la gueule

CAN

Je pense que tout le monde, ou presque, a vu défiler sur son fil d’actualités cette histoire comme quoi un sans-abri s’est fait voler son chien par des personnes se revendiquant de la protection animale. Le souci, c’est qu’il ne faut pas grand chose à la masse populaire pour prendre feu et surtout faire des généralités : tout comme les gens prennent toutes les féministes pour des hystériques qui se trimballent les seins à l’air, maintenant les gens voient toutes les associations de protection animale comme des enragés qui arrachent leurs animaux aux plus vulnérables.

Le but de cet article n’est pas vraiment de déterminer qui a tord et qui a raison dans cette affaire. J’ai vu défiler tout et son contraire, des gens qui prétendent que ce sans-abri, comme tous ceux de la ville, change de chien tous les mois et d’autres qui prétendent qu’il détenait avant une husky de 15 ans récemment décédée. En fait le but de l’article est de mettre au point certaines choses, car j’ai vu pas mal de réflexions se dégager de ce lynchage médiatique et ayant été bénévole en association pendant de longues années, je pense être bien placée pour témoigner.

Oui, les trafics d’animaux existent

J’ai vu certaines personnes prétendre que les trafics n’existent pas et que ce n’est qu’un prétexte pour arracher les animaux aux sans-logis car, dans notre grand égocentrisme, nous pensons que c’est mieux pour les animaux.

Or, si, les trafics existent bel et bien. Et ils sont bien plus organisés qu’on ne l’imagine. Et le pire, c’est qu’ils ne sont pas vraiment clandestins, dans le sens cachés. C’est ouvertement que des femelles enchaînent les grossesses, tuant leur santé et déformant leur corps, pour voir leurs chiots leur être arrachés à peine les yeux ouverts, sans même être sevrés. Un animal c’est la garantie de voir les yeux des gens s’attarder sur le mendiant bien plus souvent que s’il était seul la main tendue ou avec son panneau « j’ai faim ». C’est rentable pour la personne et les trafics sont fréquents. Sans compter que, parfois… ces trafiquants essaient de vous vendre les chiots en vous attendrissant. Des chiots issus de mères épuisées et malades, non sevrés, et qui bien souvent ont été drogués pour se tenir tranquille pendant les séances de mendicité. Je vous laisse imaginer l’état de santé de ces pauvres bêtes.

Évidemment, le fait que les trafics existent ne signifie pas que tous les animaux accompagnant les sans-abris sont des animaux drogués, c’est bien souvent un compagnon de galère, le dernier compagnon d’une personne vulnérable et seule. Quand je vois ça mon cœur se serre, car je pense que l’animal serait bien mieux dans un foyer, mais ce n’est pas à moi d’en décider.

Non, appeler la police est loin d’être concluant

Parmi les commentaires, ce qui revenait le plus souvent c’est que cette association aurait dû appeler la police au lieu d’intervenir personnellement. Or, non, ça ne se passe pas franchement comme ça. J’ai vu défiler un nombre incalculable de cas pour lesquels la police a été alertée et n’est jamais intervenue.

Je me souviens de ce yorkshire battu tellement cruellement que les deux os de ses pattes arrière ressortaient. Son maître le battait partout, chez lui, dans la rue, la pauvre bête faisait peine à voir. La police a été alertée plusieurs fois et n’est jamais venue. La SPA aussi d’ailleurs. On a fini par retrouver le pauvre animal mort sur le trottoir. Dans ces moments-là on se dit qu’intervenir soi-même n’est pas si mal.

Il arrivait aussi que les trafics se fassent dans des campements de personnes n’ayant pas la nationalité française et dans ces moments là le refus d’intervenir était systématique car c’est une source de polémique. Personne d’origine étrangère ne signifie certes pas délinquant, mais ça ne signifie pas saint pour autant. Or, il y a des gens prêts à les défendre quoi qu’ils fassent en accusant la police de racisme, de stigmatisation, etc, rendant toute intervention impossible. C’est triste à dire mais c’est comme ça. L’association dans laquelle j’étais bénévole a alerté la police pendant des mois, on voyait les chiennes gestantes mourir sous nos yeux pendant que les bébés étaient exhibés aux arrêts de tram, dans les gares, en tant qu’objets mignons qui attirent le regard. Immonde. L’association a fini par intervenir et a sauvé quelques chiennes et chiots mais forcément, les trafiquants ne se sont pas laissés faire. Tout le monde n’a pas pu être sauvé, il y a eu des plaintes… et pendant ce temps on a vu mourir celles qui n’avaient pas été sauvées. Jetées un peu plus loin sur la route comme de vieux sacs poubelle.

Je ne défends pas forcément Cause Animale Nord, car je ne connais pas les tenants et aboutissants de l’affaire, mais je ne peux pas m’empêcher de faire le parallèle avec mon association. Lorsqu’ils sont intervenus dans ce campement pour sauver les chiennes, quelqu’un aurait pu mettre une vidéo et titrer « Honteux, une association de protection animale vole des animaux à un campement de personnes en détresse ! ». Les gens se seraient enflammés, comme maintenant, l’association en aurait pris plein la gueule, alors qu’elle n’avait fait qu’essayer de sauver des animaux pour lesquels la justice refusait d’intervenir.

C’est sûr qu’intervenir soi-même sans autorisation de la justice est illégal, mais on ne peut juste pas rester les bras croisés devant la souffrance. Faisons le parallèle avec les enfants : si vous, vous voyez un enfant exploité, battu, vous allez regarder sans rien faire en attendant qu’une justice lente et pas toujours juste intervienne ? Les animaux aussi sont des êtres vivants, sensibles. Ils ressentent eux aussi la douleur. Ils peuvent eux-aussi être malades. Ils ressentent eux aussi les effets de la drogue ou de l’absence de soins. Ne pas intervenir c’est de la non-assistance à être vivant en danger.

Il criait beaucoup pour un animal drogué…

Ça, ça ne veut rien dire. J’ai vu des chiens drogués extrêmement virulents et agressifs. La situation était violente et stressante, alors même drogué l’animal pouvait très bien couiner et japper sous l’effet de la panique. La vidéo ne montre rien.

D’autres disent que l’animal s’est remis bien vite mais ça ne me choque pas. Déjà parce que c’est un chiot, ensuite parce que j’ai déjà eu des exemples flagrants. Même ma minette qui commence à se faire vieille s’est très vite remise d’une anesthésie. Même si une anesthésie n’est pas vraiment comparable à une drogue administrée à l’arrache ça permet de donner une idée du temps mis par l’organisme de l’animal pour éliminer la substance nocive. Oui, un animal drogué qui a reçu des soins peut très bien se remettre rapidement. Du moins en apparence. Un chiot peut très bien courir partout et être tout content pendant sa convalescence, ce n’est pas surprenant.

Le chiot a été mis en vente rapidement après le vol

Pour ceci il m’est difficile de m’exprimer car je n’ai aucune idée des délais dans cette affaire.

Dans les associations dans lesquelles j’ai travaillé, les frais d’adoption correspondent à une partie des frais engagés par l’association pour l’animal : identification, stérilisation, vaccination, parfois déparasitage ou chirurgie. Il n’y a pas besoin de 35 visites chez le vétérinaire pour déterminer ces frais qui sont généralement fixes et si les activistes ont un peu de jugeote ils se sont certainement rués chez le vétérinaire pour y déposer le chiot. Donc le fait que les frais d’adoption aient été communiqués si rapidement ne me choque pas.

La seule chose qui pourrait me choquer c’est que l’association n’ait pas attendu les retombées médiatiques ou juridiques avant de rendre ça public. Ce n’était pas très intelligent. Je ne sais pas si l’animal est effectivement à l’adoption ou en convalescence en famille d’accueil mais le timing est mauvais et n’aide pas à leur crédibilité.

Cependant dans tous les cas il ne s’agit pas d’une revente mais de frais d’adoption déterminés en fonction de ce que le chiot a coûté en soins.

La protection animale doit-elle se faire au mépris de la condition humaine ?

Quand on regarde la vidéo, on voit deux personnes contre une seule, une personne en théorie vulnérable sans personne pour la défendre. Un sans-abri qui s’est fait arracher son chien pendant que les gens regardaient (et filmaient, accessoirement).

Quand je regarde mon expérience en association, quand ils intervenaient pour retirer les chiens aux trafiquants, il y avait des violences car évidemment ils ne se laissaient pas faire. Exploiter les animaux c’est leur gagne-pain et je ne connais pas grand monde qui regarde partir son gagne-pain sans rien faire. Dans ces moments-là, pour moi la violence est justifiée, car on a affaire à des personnes qui méprisent la loi et surtout la vie. Ils n’ont rien à cirer de la souffrances des bêtes qu’ils exploitent et il n’y a pas de raison de leur amener thé et petits gâteaux. Un trafic en appelle d’autres et ils n’auront sûrement aucun mal à retrouver des petits deals, voir à retrouver d’autres animaux à tuer à petit feu. Les animaux errants ce n’est pas ce qui manque et ils ont souvent la naïveté d’avoir confiance en l’homme, surtout lorsqu’ils sont semi-apprivoisés par un voisinage qui les nourrit.

Cependant tous les sans-abris avec des animaux sont loin d’être des trafiquants. Pour eux, l’animal est le dernier compagnon, le seul qui le regarde encore sans fuir, le seul qui lui donne de l’affection pendant que le reste de l’humanité le méprise. Et c’est précieux, pour ces gens. Même si c’est évident que l’animal vivrait dans de meilleures conditions s’il avait un foyer (le sans-abri aussi, au passage) c’est cruel de lui retirer, et surtout, la décision ne nous appartient pas. Il est important de pouvoir différencier un animal drogué d’un animal naturellement calme avant d’intervenir. Généralement ça se voit aux yeux et à la réactivité mais la différence peut-être plus subtile que ça. Sauf que certains se prennent pour des super-héros…

Dans tous les cas, pour le moment on lit tout et son contraire, et surtout, les associations de protection animale voient leurs actions rendues plus difficiles encore car, lynchage médiatique oblige, maintenant il faut montrer une patte plus que blanche pour péter un coup. Il est dommage de voir à quel point les gens se sont emballés sans chercher à se renseigner, et surtout déversent tous leur haine comme des moutons. Il faut aller plus loin qu’un simple vidéo buzz pour savoir ce qui se cache derrière une action. Oui, il y a des associations de protection animale moins reluisantes que d’autres, mais ça, c’est le cas dans tous les milieux associatifs et ce n’est pas pour autant que l’on doit empêcher tous les autres de tourner en rond ou que l’on doit empêcher l’enquête de se faire.

Il n’était déjà pas facile de faire intervenir les autorités dans des affaires concernant les animaux, et ce malgré les récentes lois sur le statut des animaux, mais maintenant ça promet d’être encore plus difficile. Doit-on remercier des personnes filmant des activistes extrémistes (sans intervenir pour aider le SDF au passage, hein) ou doit-on au contraire mettre en avant ce que les associations sont obligées de faire pour pallier à l’inaction des services publics ? Les deux ?

Si ce SDF était bel et bien un trafiquant, j’espère que la justice remontera jusqu’aux sources du trafic. Car pendant ce temps, des femelles gestantes souffrent le martyre pour mettre au monde des bébés qui finiront dans le caniveau lorsqu’ils seront trop vieux pour attendrir le chaland.

Et si ce n’est pas le cas… j’ai envie de dire, même si l’attitude des activistes n’est pas excusable, combien parmi ceux qui s’indignent du traitement de ce SDF ont filmé sans aider, ou même l’ont ignoré royalement à chacun de leurs passages ? C’est facile de s’acheter une conscience… lorsque l’on fait partie de ces nombreuses personnes qui ferment les yeux sur les conditions de vie de certains de leurs compatriotes. Ou d’autres être humains, pas forcément compatriotes. Agir au lieu de s’acheter une conscience, c’est bien aussi…

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

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