Publié dans Une vie de rousse

Ce rapport au respect que je ne comprends pas

respect

Il y a quelque chose que je n’ai jamais réussi à comprendre. C’est la manière dont les gens conçoivent le respect. Ce manque de compréhension n’est pas nouveau, déjà quand j’étais toute petite je pensais différemment à ce sujet.

Ma mère me disait sans cesse que je lui devais le respect, pour garantir mon obéissance, juste parce qu’elle était ma mère. Je lui répondais alors que le respect se mérite, et sachant qu’elle n’avait pas le moindre respect pour moi, qu’elle était injuste et de mauvaise foi, alors je ne lui devais rien et je la traitais comme elle le méritait (j’étais une enfant très très difficile au niveau du caractère. J’étais sage, mais pour obtenir quelque chose de moi, bon courage).

Et j’ai toujours traité les gens comme ils le méritaient. Je n’ai jamais considéré le respect comme acquis, envers personne. Qu’il s’agisse de parents, de professeurs ou bien d’inconnus. J’ai pris un nombre incalculable de punitions parce que je refusais d’obéir au seul prétexte du « je suis adulte, tu es enfant, tu me dois le respect ». Je ne faisais d’ailleurs pas les punitions en question. Pourquoi est-ce qu’un enfant devrait le respect à un adulte ? En quoi l’âge est-il un facteur de respect ? Je peux citer un bon paquet d’adultes qui sont méprisables. Pourquoi un enfant devrait-il le respect à ces gens méprisables ? Pourquoi un enfant devrait obéir à des adultes injustes, qui ne méritent rien, juste parce que ce sont ses parents ? Je ne comprends d’ailleurs toujours pas pourquoi la grosse majorité des enfants se soumet sans même chercher à contester. C’est clair que certains enfants ont besoin d’être canalisés, mais la majorité des adultes refuse totalement le dialogue à ce sujet. Ma mère était de ceux-là : « Je te dis de faire quelque chose, tu le fais ». Mais pourquoi ?

J’ai toujours eu un rapport très conflictuel avec l’autorité car je refuse de baisser la tête devant quelqu’un qui ne le mérite pas. Si mon chef est compétent, qu’il sait ce qu’il fait, qu’il prend la peine d’expliquer, je n’ai aucun problème. Mais si mon chef est une chèvre, un branleur, ou un fieffé connard, je ne peux pas.

Le sujet du respect est encore revenu sur le tapis suite à une altercation de mon homme avec le directeur de son travail. Mais présentons d’abord le directeur en question : c’est un homme profondément méprisant, avec des idées reçues plein la tête (il est persuadé que tous ses employés sont des ignares sans éducation, leur parle avec une insupportable condescendance et à chaque fois qu’il y a un problème, il menace de mutation vers « la racaille du 93 » alors qu’il n’a jamais mis les pieds là-bas), et surtout très hypocrite : il passe son temps à refuser d’accepter les candidatures de la famille de ses employés, en leur faisant à chaque fois de longues leçons de morale sur l’injustice du pistonnage… tout en ayant placé son épouse, ses enfants, ses amis et leur famille au sein du groupe et en plaçant régulièrement des connaissances à lui. Il refuse toujours d’écouter les suggestions de ses employés, qui pourtant sont sur le terrain et connaissent le magasin, tant au niveau logistique qu’au niveau des besoins de la clientèle, mais il est persuadé de mieux savoir que tout le monde (rappelez-vous, il est persuadé qu’à part les cadres, tout le monde est abruti). Bref, c’est pas un type très fréquentable, plutôt un gros cliché de riche bourgeois.

Bref, mon homme s’est vu caler une formation complètement inutile, alors qu’il en avait déjà eu une il y a quelques mois, sauf que cette fois, la formation est située à plus d’1h30 de route, hors de son temps de travail, avec bonbon à avancer au niveau des frais de transport (faut prendre le train en plus du bus et du RER…). La formation en soi ne sert strictement à rien, il s’agit d’un truc d’une journée portant sur le boulot qu’il fait depuis près de deux ans. Le boulot, il y est 6 jours sur 7 et il le connaît, personne n’a rien à redire sur sa manière de bosser. La seule formation qu’il ait demandée est un approfondissement de la manière dont il utilise GOLD, un logiciel de gestion des stocks. Sachant qu’en plus, étant donné qu’il est mon accompagnant, il se doit de pouvoir intervenir si j’ai besoin d’aide vis à vis de mes soucis de santé, donc il ne doit jamais être bien loin (le boulot est à 1/4h en bus). Il en a donc parlé au directeur… qui l’a directement interrompu en lui disant qu’il devait la faire. Il a tenté d’argumenter mais s’est de nouveau fait interrompre et le directeur est parti… en se marrant. EN SE MARRANT. Son employé lui pose une question, il se barre en se marrant et en refusant de l’écouter. Dafuk ?

Du coup, le lendemain, alors que le directeur arrive et commence à serrer des mains pour se faire bien voir (il l’a clairement dit lors d’une réunion, quand il va serrer des mains c’est pour se la jouer proche du peuple xD), mon homme l’ignore et refuse de la lui serrer. Et là le directeur s’énerve en lui disant qu’il lui manque de respect. Mon homme lui répond alors que partir avec un rire sarcastique alors que son employé lui pose une question c’est également irrespectueux. Le directeur lui répond alors qu’il lui doit le respect car il est directeur. Et mon homme lui rétorque aussi sec que le respect se mérite, et que s’il est méprisant, alors il sera méprisant lui aussi. Le directeur est parti en pestant à propos d’une mise à pied.

Mais je n’arrive pas à concevoir une seule seconde que quelqu’un puisse invoquer son titre pour dire que le respect lui est dû. Non, le respect n’est pas dû. Pourquoi devrait-on respecter quelqu’un sous prétexte qu’il y a écrit « directeur » sur sa veste alors que son attitude est elle-même irrespectueuse ? Pourquoi devrait-on dire amen à tout ce qu’il dit ou fait juste parce qu’il est directeur ? Surtout quand on sait que dans cette boîte, ce sont les incompétents et les toxiques qui évoluent, car on les mute avec promotion pour s’en débarrasser et les magasins se refilent le bébé à tour de rôle.

Quand je me relis, j’ai l’impression d’être psychorigide et c’est vrai que j’ai une sainte horreur de la notion de hiérarchie, ou d’une quelconque notion de supériorité d’un individu sur un autre. C’est dû à mon passé, qui a forgé ma personnalité : on a voulu me casser et me soumettre, et ça a eu l’effet inverse : j’ai aujourd’hui un esprit très indépendant et, on peut le dire, indomptable (là j’ai la chanson des indomptables de TESO dans la tête). Mais je ne supporte pas que quelqu’un puisse exiger mon respect sans se donner la peine de le mériter.

Pour moi, quelqu’un qui veut être respecté doit agir en conséquence. A quoi bon obtenir un respect factice par la contrainte ou la force ? N’est-ce pas plus gratifiant de mériter la sympathie, le respect, ou autres sentiments positifs ?

Bref, j’ai vraiment du mal avec cette notion de respect et j’ai l’impression d’être la fautive alors que je suis profondément convaincue que non. Qu’en pensez-vous ?

Publicités

Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

8 commentaires sur « Ce rapport au respect que je ne comprends pas »

  1. Tout pareil ! J’ai jamais compris – et je ne comprendrai jamais – pourquoi les plus jeunes doivent le respect aux anciens mais que ces anciens eux n’en doivent pas (parce que quand tu grandis l’argument du « je suis un adulte et toi un enfant » se transforme en « je suis plus vieux »). En tout cas ton homme a, je trouve, bien fait d’agir comme ça, j’espère que le directeur n’est pas bête au point de le virer.
    Bisous 🙂

    J'aime

    1. Le directeur est plutôt du genre sournois, il tapera là où il sait faire mal. Après l’avantage c’est que comme mon homme porte le secteur épicerie à bout de bras, s’ils le virent, ils sont dans la grosse caguade et ils le savent. Donc il ne devrait pas trop jouer au con non plus. Ou alors il est vraiment stupide et ouvre les fesses de sa boîte pour les prud’hommes ^^

      J'aime

  2. Je me permets de laisser un commentaire car il y a certaines choses qui me chiffonnent un peu dans ce que tu dis. J’ai l’impression que pour toi, toutes les relations sociales devraient être placé au même « niveau », parent-enfant, prof-élève, patron-employé, sous pretexte que ces positions feraient forcément naître des injustices. Mais que fais-tu de l’éducation ? Il me paraît difficilement possible d’élever un enfant sans à un moment donné passer par le discours « je suis ta mère, tu dois m’obéir, c’est comme ça ». L’obéissance est la base de l’éducation, or un enfant ne demandera pas à son parent de lui obéir, donc forcément l’enfant et l’adulte ne peuvent être placés sur le même pied d’égalité.
    Le respect lié à l’âge doit persister dans notre société, ça me paraît essentiel. Mais respect ne veut absolument pas dire « soumission ». En tout cas je ne me sens ni inférieure, ni soumise, lorsque je cède ma place à une personne âgée dans le bus. Cela fait partie du savoir-vivre, de la politesse, de la courtoisie…De ces règles qui fondent notre société et qui la structurent.
    Je ne dis qu’il n’y a pas d’abus, bien sûr que non. Simplement, ce n’est pas en effaçant les différences de « position » que le vivre ensemble sera meilleur, au contraire même. Et c’est là que je trouve ta position extrême, car tu sembles rejeter toutes formes de hiérarchie, en y voyant que le mal.

    J'aime

    1. En ce qui concerne l’éducation, la mienne a été très particulière et injuste, donc j’avoue que j’ai du mal à faire la part des choses. Je refusais d’obéir car les « ordres » de ma mère étaient complètement arbitraires, sans compter qu’elle m’inondait de corvées alors qu’elle n’en foutait pas une dans la maison alors que moi j’avais besoin de faire des devoirs ou des recherches par exemple. C’est un exemple extrême mais autour de moi je vois souvent des adultes refuser d’expliquer les raisons de leur refus ou de leurs ordres et ça me chiffonne. Ça donne l’impression que les adultes refusent le dialogue en se réfugiant derrière un pseudo-respect dû qui n’accepte pas la contradiction.
      Après courtoisie et respect sont deux choses différentes, je ne me sens pas inférieure non plus si je cède ma place, par contre, si la personne âgée vient m’ordonner de lui laisser ma place sans un s’il vous plaît, sans prendre la peine d’être polie, là je vais l’envoyer paître.
      Je rejette principalement les formes de hiérarchie injuste, avec des gens qui se réfugient derrière pour exiger un respect qu’ils ne méritent pas. Pour moi le respect se mérite et n’a rien d’un dû… y compris avec les parents. Des parents, ça peut toujours exiger le respect, et ils l’obtiendront probablement. Mais s’ils ne le méritent pas, ce sera un respect factice faisant couver la haine. Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée.

      J'aime

      1. Donc, si tu acceptes de laisser ta place à une personne âgée si celle-ci le demande poliment (ce qui me paraît normal nous sommes d’accord) et que tu ne le fais pas à une personne de ton âge en parfaite santé, ça veut bien dire que quelque part tu respectes la demande de cette personne de fait de son âge.
        Cette notion de « mérite » du respect me perturbe un peu aussi. Comment un enfant peut-il juger si le respect que demande son parent est « mérité » ? Je ne vois pas bien…
        A l’ordre « range ta chambre », va t’amuser à expliquer à l’enfant les multiples raisons de cette demande.
        Il existera toujours des hiérarchie injustes, car l’Homme, quand il a un minimum de pouvoir, est toujours tenté d’en abuser.
        Néanmoins, le respect doit être à la base de toutes relations humaines c’est certain.Mais parfois, il me semble bon de ne pas toujours attendre que l’autre le mérite, et de ne pas toujours chercher la petite bête.
        Des employés qui se comportent de manière infecte dans leur travail j’en connais beaucoup, plus que des patrons injustes…

        J'aime

      2. Je respecte plus la loi qui m’oblige à céder ma place, ainsi que le fait qu’il est normal de céder sa place à une personne qui en a plus besoin que moi. C’est plus une question d’état de santé que d’âge. Après tout, j’ai 25 ans et une carte de priorité, pour un handicap qui ne se voit pas. Si un jeune me présente une carte je vais lui céder tout aussi facilement qu’à une personne âgée. C’est une question de besoin et non de respect, même si le besoin ne permet pas d’oublier la politesse à mon goût.
        Après je ne dis pas qu’il n’existe pas d’employés qui se comportent de manière infecte, il y en a. Ce que je ne supporte pas ce sont les gens qui exigent le respect sous couvert de leur âge, de leur statut ou que ne sais-je sans chercher à mériter quoi que ce soit. Le respect n’est jamais dû, pas pour moi en tous cas.
        Après pour la notion de respect parent-enfant il faut savoir que j’ai un point de vue très biaisé de par mon enfance chaotique. Il n’était pas bien compliqué de voir que ma famille ou ma mère ne méritait rien ^^ dans d’autres familles c’est sûrement plus délicat.

        J'aime

    2. Corentine, je suis totalement en désaccord avec toi.

      Demander à quelqu’un d’obéir aveuglément sous prétexte de respect, c’est nier son intelligence, son individualité et son humanité.

      La phrase que tu semble trouver normale « je suis ta mère, tu dois m’obéir, c’est comme ça » est une abomination. Ça prépare un enfant à se laisser dominer par tous ceux qui en profiteront, et à tenter de dominer les plus faibles à son tour dès qu’il en aura l’occasion.

      Mes parents ne m’ont jamais demandé de leur obéir sans m’en expliquer la raison. Dans mon travail, les ordres de mes supérieurs sont toujours justifiés rationnellement. Si je pose des questions pour comprendre pourquoi je dois faire quelque chose, j’obtiens toujours une réponse satisfaisante.

      On peut tout à fait accepter le principe d’autorité parentale et de hiérarchie professionnelle sans tomber dans la domination d’un être sur un autre.

      Accessoirement, céder sa place dans le bus n’a rien à voir avec le sujet : Ce n’est pas une question de respect des aînés, c’est de l’utilitarisme pur et simple de laisser une ressource aille en priorité à ceux qui en ont besoin.

      J'aime

      1. Je n’ai absolument pas parlé d’ « obéissance aveugle ». Je pense qu’il y a plus abominable que de demander à un enfant de lui obéir sans forcément lui en expliquer par A+B la raison, le terme me paraît un peu fort, il faut arrêter de voir le mal de partout par pitié. Ta causalité est un peu poussive quand tu dis que ça prépare l’enfant à devenir soit soumis soit tortionnaire…
        Je dis simplement que parfois, dans la relation parent-enfant il est inutile et vain de vouloir toujours trouver une explication qui soit compréhensible et intégrable par l’enfant. Et cela ne veut absolument pas dire que le parent se sent tout-puissant, ou alors tu m’as mal comprise.

        « On peut tout à fait accepter le principe d’autorité parentale et de hiérarchie professionnelle sans tomber dans la domination d’un être sur un autre. » C’est bien ce que j’ai tenté d’exprimer.

        J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s