Publié dans Une vie de rousse

Il m’a dit que j’étais inutile…

gynécologue

Il m’a dit que j’étais inutile, que je ne servais à rien, et le pire, c’est qu’il avait raison.

J’ai déjà parlé de mes règles sur ce blog, de cette douleur horrible que je ressens tous les mois… j’essaie de lutter, vraiment, j’essaie de rester forte quand la douleur arrive, j’essaie de ne pas laisser les crises de spasmophilie arriver… parfois j’y parviens plus ou moins (je ne laisse rien paraître mais je reste raide comme la justice avec le regard dans le vide, donc bon, ça se voit quand même).

Si j’essaie de me retenir, c’est principalement parce que je sais qu’aucun patron au monde n’acceptera une nana qui en plus d’être handicapée au niveau respiratoire doit s’absenter pendant ses règles parce que la douleur est trop forte pour mettre un pied devant l’autre. Alors si j’arrive à ne rien laisser paraître de ma souffrance, j’ai une chance de passer une éventuelle période d’essai.

Mais ça c’est la théorie. J’ai encaissé énormément de souffrance physique comme morale dans ma vie, mais cette douleur, la douleur des règles, c’est quelque chose contre quoi je n’arrive pas à lutter. C’est trop fort. On me prescrit des médicaments mais ils ne font rien du tout. Pourtant je suis à des lieues d’être douillette…

J’ai encore fait une crise, récemment. Mon homme était en vacances et il s’est rapidement énervé en voyant que je ne parvenais pas à lutter et que je perdais petit à petit le contrôle de mon corps. Un jour je lui ai dit que lorsque mon corps se raidissait, il pouvait me faire de petites tapes pour me désengourdir, mais lui, il a compris ça comme « lui balancer de grosses baffes en pleine gueule ». Et comme il ne contrôle pas sa force, il manque de m’assommer à chaque fois. Quand il a commencé à pester (à chaque fois qu’il est en vacances ça tombe pendant les règles et je fais une crise) en me balançant des claques je l’ai repoussé, à la fois parce qu’il me faisait encore plus mal et parce que j’avais envie de résister seule. Il m’a alors insultée de tous les noms, d’inutile, de boulet, il m’a dit que je ne parviendrais jamais à trouver le moindre boulot dans ces conditions, que même si je réussissais mon concours de bibliothécaire je ne serai jamais gardée parce qu’on ne garde pas quelqu’un qui est malade si souvent. Il m’a même dit que j’allais retourner chez ma mère fissa parce qu’il en avait marre de me voir comme ça.

J’étais déjà mal, j’avais envie de pleurer, mais j’ai réussi à serrer les dents et je n’ai rien montré, mais j’étais trop faible pour répliquer. Il a pris ça comme un accord par rapport à ce qu’il disait et il m’a laissée dans la salle de bains, nauséeuse, douloureuse, dégoûtée. La colère m’a aidée à reprendre le contrôle de moi-même, mais je ne suis pas parvenue à lui donner tort. Parce que c’est vrai.

Je n’ai jamais rien fait de ma vie. Je ne suis jamais parvenue à trouver mieux qu’un CDD de deux semaines, mes deux handicaps qui se cumulent  me ferment énormément de portes, et c’est vrai, qu’est-ce qui me dit qu’on me gardera dans la fonction publique si je réussis le concours, vu mon état de santé ? J’ai même un papier sur lequel il est écrit qu’après mon épreuve je devrai visiter un médecin agréé qui déterminera si oui ou non mon handicap est compatible avec le poste. Il suffit que le médecin dise non…

Ce qui m’énerve le plus, c’est qu’on me refuse l’hystérectomie qui règlerait définitivement ce problème. Je ne veux pas d’enfants, je souffre pour rien. Mais à chaque fois c’est la même chose, le gynécologue prend son air le plus condescendant possible pour me dire que je voudrai des enfants un jour, que je suis encore jeune, et blablablabla, comme s’il me connaissait mieux que moi-même, comme si le fait d’être jeune empêchait tout raisonnement logique de ma part, comme si faire des enfants était le seul but d’une femme dans la vie. NON bordel !

Et le pire, c’est que cette belle morale s’efface devant l’argent, puisque si j’arrive à réunir la somme nécessaire à une hystérectomie, alors on m’opère. Là d’un coup devant l’argent la morale s’écrase. Elle est belle la France. En gros, on me laisse souffrir parce que je n’ai pas d’argent. Alors on se cache derrière une morale paternaliste à la con pour me dire de souffrir en silence pour rien, et peu importe si cette souffrance m’handicape dans la vie professionnelle… et dans la vie amoureuse, aussi. Même s’il est dur avec moi, c’est dur aussi pour mon conjoint de me voir anéantie par une douleur contre laquelle ni lui ni moi ne pouvons quoi que ce soit. Même ma volonté ne me permet pas de garder le contrôle de mon corps dans ces moments-là…

Je ne sais pas vraiment comment est-ce que je pourrais faire du forcing à ce sujet, car tant qu’une femme n’a pas eu d’enfants, l’hystérectomie est refusée d’office, sauf circonstances atténuantes. Et ma douleur n’est pas considérée comme une circonstance atténuante. Et je n’ai pas envie de pondre un enfant juste pour pouvoir me faire opérer, ça ferait un gosse de plus à l’orphelinat, on va éviter. Je ne sais pas du tout comment faire et j’en ai plus qu’assez de cette souffrance inutile, j’en ai plus qu’assez de ne pas pouvoir disposer de mon corps. C’est mon corps bordel à canard, en quoi est-ce que ça dérange le gynéco si je ne peux plus avoir de chiards ? On est pas assez nombreux sur Terre ? Pourquoi est-ce que je ne serais pas assez mature pour décider si oui ou non je veux des enfants, si oui ou non je veux qu’on m’enlève tout ?

Ce serait un tel soulagement de ne plus endurer ça tous les mois, de ne plus me dire que je vais me faire virer à cause de ça, de ne plus devoir cacher le fait d’avoir une autre maladie à l’entretien (l’endométriose n’est pas reconnue comme un handicap, du moins c’est ce que m’a dit le médecin de la MDPH lorsque j’ai fait mon renouvellement. Ben purée on voit que ce n’est pas lui qui souffre), de ne plus appréhender les règles en me demandant si je vais encore me retrouver à imiter involontairement Gollum parce que mes muscles seront raides…

Je me renseigne un maximum, y compris pour la ville d’Orléans car je sais que si je trouvais un chirurgien là-bas ma mère accepterait de m’héberger, mais soit c’est un problème d’argent, soit un problème de gynéco moralisateur pour qui avoir des enfants est un objectif indispensable dans la vie d’une femme et que donc on ne peut pas m’opérer. Même si je le voulais, je n’aurais pas d’enfant biologique. Je ne veux pas transmettre ma maladie. Si je voulais un enfant j’adopterais. Et ça m’énerve… je ne peux pas disposer de mon corps en 2015. J’aurais préféré naître homme putain, au moins je n’aurais pas toutes ces emmerdes.

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

18 commentaires sur « Il m’a dit que j’étais inutile… »

  1. RAAAAHHH !!!!
    pardon hein mais quand je lis des propos comme les tiens, tu peux pas savoir comme j’ai envie de hurler !
    Encore pardon mais tu fais partie de ce type de nanas que j’ai envie de secouer pour les réveiller. Je m’explique : visiblement ça ne te révolte pas que ton mec te colle des baffes, t’insulte, te dise des horreurs… ça déjà c’est pas normal. Qu’en plus il le fasse alors que tu es en pleine souffrance, c’est encore plus écoeurant.
    Alors désolée si je te vexe, mais ya un moment faut réveiller ta personnalité et ton caractère : moi un mec comme ça, il dégage dans l’heure. Une personne censée m’aimer mais qui me traite comme ça, il fait ses valises dans la minute. C’est rupture immédiate.
    Ya un moment dans la vie où il faut savoir s’aimer, et s’aimer c’est se protéger, et se protéger c’est s’entourer de gens bénéfiques et positifs, c’est le premier pas vers une vie plus belle, vers le bonheur.
    La vie est déjà assez difficile, alors si en plus on la partage avec une personne qui n’est pas capable de nous aimer avec douceur, bienveillance, soutien, encouragement, … alors là, la vie devient vraiment merdique.
    J’ai ai qq unes autour de moi des femmes qui sont soumises et que leur mec traitent super mal, ça se voit qu’elles ne sont pas heureuses et épanouies. Mais en meme temps, c’est à elles de réagir, personne ne pourra le faire à leur place.

    Bref, sinon pour Orleans si ça peut t’aider il y a 2 gynéco très bien : Mme Flouzat Lachaniette et M. Devilliers JL.

    Ma compagne a eu des problèmes importants à une époque et a subi 2 opérations. Depuis ça va mieux. Mais déjà ne flippe pas autant avec ton statut d’handicapé : aujourd’hui les entreprises cherchent des travailleurs Handi car elles ont une obligation d’embauche de TH, sinon elles payent une « amende ». Dans la fonction publique c’est sans doute différent m’enfin il y a qd meme des lois hein.

    Désolée si je t’ai heurtée, en meme temps l’objectif c’est aussi de te faire réagir. Laisse personne te traiter comme ça, et encore moi quelqu’un a qui tu donnes ton coeur.

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    1. Hey, je sais que vu la manière dont j’ai tourné mon article, c’est normal que certains jugent directement, mais ne t’affole pas, je suis loin d’être le genre de demeurée soumise qui se laisse frapper sans rien dire.
      Le problème vient surtout du fait qu’il ne contrôle pas sa force (il est bipolaire et il a parfois du mal à comprendre ce qu’il ne voit pas xD) et pour lui, me donner une baffe pour m’empêcher de me raidir c’est me donner de petites tapes de rien du tout comme je lui demande à la base (j’ai besoin qu’on me tapote les muscles qui se raidissent sinon paie les crampes). Je lui ai déjà expliqué, il comprend, il sait qu’il me fait mal, mais d’un autre côté il n’a pas envie de rester là à rien faire pendant que je souffre et manque de m’évanouir à cause de ça. Même si d’un autre côté, son action ne fait pas grand chose de plus -_-

      C’est la première fois qu’il pète un câble à ce point verbalement, et je le comprends : depuis trois ans il encaisse, depuis trois ans il me voit douiller tous les mois pendant que le personnel médical n’en a rien à cirer. Il sait qu’il y a des solutions et il me voit tous les mois dans la même situation, souffrant pour rien. Je suis même étonnée qu’il n’ait pas pété une durite plus tôt que ça, même si pour le coup il ne s’est pas acharné sur la bonne personne (j’y peux pas grand chose moi). Il faut voir aussi que c’était pour lui une manière très maladroite de réveiller mon esprit combatif, et ça a d’ailleurs plus ou moins marché puisque ma colère m’a permis de me ressaisir. Depuis j’en ai rediscuté avec lui, il a un peu de mal à comprendre et il a envie d’égorger mon gynéco, mais bon.

      Le Dr Devilliers c’est celui qui a suivi ma mère pour son cancer du col de l’utérus et qui avait donné son feu vert pour son hystérectomie. Mais c’est aussi celui qui l’a laissée souffrir pendant des années alors qu’elle avait les mêmes symptômes que moi pendant ses règles. Je lui ai demandé de lui en toucher un mot lorsqu’elle le verra, mais bon. Tu connais personnellement l’autre ?

      Pour ce qui est de l’embauche obligatoire des travailleurs handicapés, j’en parle très souvent sur mon blog emploi, et c’est loin d’être rose partout, beaucoup d’entreprises préfèrent payer l’amende car elles considèrent les TH comme trop peu rentables malgré les aides reçues pour leur embauche.

      Bref, merci pour ton commentaire, mais rassure toi, je suis loin d’être une femme soumise, battue ou que ne sais-je.

      Aimé par 1 personne

      1. Ha ouf tu me rassures qd même ! DSL j’ai tendance à m’emporter rapidement sur le côté Féministe ! Alors De Villiers en fait c lui qui a opéré ma compagne et elle l’avait bien aimé. L’autre bin en fait c’est ma gynéco et je l’aime bien. Bon après moi j’ai jamais eu de pb de ce côté là. Par contre elle a suivi 2 copines à moi pour une fécondation et elles en étaient contentes.

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      2. Merci 😉
        Oui moi aussi je préfère une femme c clair. Elle n’est pas du tout chaleureuse mais à force qd on la connait elle est sympa. Pis bon perso je lui demande surtout d’être compétente.

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  2. Pour ce qui est des gynécos, on le sait, surtout en France, ce sont des enfoirés condescendants, mais heureusement pas tous. Je me permets de te donner ce lien qui recense tous les « bons » gynécos de France : https://gynandco.wordpress.com/ en espérant que ça pourra t’aider.

    Sinon, pour l’argent, je ne sais pas à combien se monte la somme nécessaire, mais peut-être pourrais-tu envisager un pot commun ou quelque chose dans le genre? Je pense que beaucoup de personnes n’hésiteraient pas à t’aider.

    Je te souhaite bon courage, j’espère que tu trouveras vite une solution.

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    1. Merci pour le lien, je vais regarder ça ! Pour le pot commun je me doute que certains seraient prêts à m’aider mais je serais trop gênée, surtout que je n’ai rien à offrir en échange. Je ne suis pas une association ou une personne utile, alors j’ai du mal à penser qu’il serait légitime de demander à des gens de payer pour moi :/

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      1. Sur Twitter, j’ai vu « passer » un pot commun pour une personne transgenre qui avait besoin d’argent pour pouvoir continuer sa transition (besoin d’argent car famille absente, pas de travail à cause de la transition, etc). Honnêtement, j’aurais eu les moyens je l’aurais aidée, parce que c’est vraiment spécifique, il ne s’agit pas non plus de payer des vacances à quelqu’un.
        Là, tu es une personne en souffrance, depuis des années, chaque mois, au point que tu n’as pas droit à une vie « normale », ta vie professionnelle en souffre, ta vie personnelle et amoureuse aussi, et les médecins refusent de te soulager. C’est totalement justifié pour moi.

        Pour l’instant, je pense que tu peux continuer à chercher un « bon » gynéco, mais si jamais tu ne trouves pas, je pense que ça pourrait être une solution pour toi. Après ce n’est pas parce que tu demandes que les gens vont donner. N’oublie pas que le choix de donner est le leur et qu’ils le font en toute conscience.

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  3. Certains docteurs acceptent d’opérer si il y a un suivi psychologique avant. Je crois qu’une connaissance (très vague) a réussi à avoir le feu vert mais elle va devoir aligner l’argent. Est-ce que tu veux qu’éventuellement j’essaye de retrouver son docteur?

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    1. Je veux bien oui ! Après il faut voir dans quelle région est-ce que c’est, parce que ça va faire des frais en plus de se déplacer à perpette pour un certificat. Est-ce que tu penses que ta connaissance accepterait de donner une idée du montant ? J’ai plein de sources contraires sur internet ><

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  4. Oh je n’ai jamais vu autant d’articles sur l’endométriose depuis environ 1 mois, depuis que je sais moi aussi que j’en souffre… Enfin, ils étaient là avant ces témoignages, mais je ne les voyais pas. Tu parles de tes deux handicaps, c’est donc la spasmophilie et l’endométriose si je comprends bien ? Pour l’endométriose, je suis novice et mon diagnostic n’est pas encore posé (enfin niveau gravité etc), mais la spasmophilie, ça me connaît bien ! J’ai beaucoup travaillé dessus, sur les manifestations dont tu sembles parler (encore désolée si j’ai mal compris), l’impression d’étouffer qui amène aux fourmillements etc, et je te promets que l’on peut arrêter tout ça. J’ai attaqué une thérapie en début d’année qui a remué beaucoup de choses, mais je me sens bien mieux maintenant avec la spasmophilie ! Pour l’endométriose, on m’a parlé aussi de cette fameuse pilule qui stoppe les règles et qui met sous ménopause artificielle… je dois avouer que ça ne me rassure pas du tout ! Bon couragte à toi pour la suite !

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    1. Coucou,
      Lorsque je parle de mes deux handicaps je parle de l’endométriose et de la dyskinésie ciliaire (une maladie respiratoire proche de la mucoviscidose). Mes crises de spasmophilie sont provoquées par la douleur de mes règles en fait. Je ne sais pas si c’est vraiment de la spasmophilie, ma mère disait que c’était de la tétanie, mais je n’ai pas le tétanos ><

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  5. Je rejoins Lampy. Parfois, en montant un dossier psychologique, tu peux passer par le Conseil des Médecins pour statuer sur ton cas… Je m’étais beaucoup renseignée pour l’abdominoplastie il y a quelques années. Elle est surtout autorisée pour les cas sévère ou les femmes ayant accouchée. Aucun des deux cas pour ma part. Mais si on arrivait à prouver que ce mal avait un impact sur notre vie sociale, professionnelle, intime, le Conseil pouvait donner son accord pour l’opération… Donc, je me dis : Et pourquoi pas toi ? Demande aussi à ton homme de te filmer durant tes crises afin que l’on puisse réellement évoluer l’intensité de ta douleur…

    C’est complètement con que les gynécos refusent l’hystérectomie. Dans un sens, leur travail/vocation est de donner la vie mais il y a des cas… Et puis, tout le monde ne veut pas de gosses. Ils peuvent te mettre en garde sur cette opération mais pas te l’empêcher. Trouve-toi un gynéco qui soit plus conciliant, il doit bien en exister…

    Quant à ton homme, je le comprends. Ca ne doit pas être facile de vivre ça tous les mois. Il doit surtout se sentir impuissant face à ta douleur. Je suis sûre qu’il ne pensait pas ce qu’il disait. Tout du moins, je l’espère pour toi…

    Comme d’habitude : Courage !

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