Publié dans Littérature

Chroniques de Jérusalem, de Guy Delisle

chroniques de jérusalem

Une chose est sûre, cette BD ne m’a pas laissée de marbre. Ayant décidé de participer au Challenge Lecture 2016 lancé par la blogueuse Mille Vies en Une, j’ai laissé le lien des lectures proposées un peu partout pour récupérer des idées. Je suis même allée m’inscrire à la bibliothèque de ma ville, chose que je n’avais pas faite jusqu’ici parce que j’avoue que je préfère posséder les livres plutôt que les emprunter.

C’est une lecture qui peut entrer dans trois catégories du challenge : « une BD qui a remporté le Fauve d’Or d’Angoulême » (elle l’a remporté en 2012), « une BD biographique » et « un livre emprunté à la bibliothèque« . Elle m’a été conseillée par Lampy et je la remercie car c’était une très bonne découverte.

Il est difficile de parler de cette BD en évitant le sujet du conflit israélo-palestinien. Je l’avais étudié au lycée et je me souviendrai toujours de cette sortie de ma prof d’Histoire : « J’aurai beau vous expliquer, vous ne comprendrez rien. Même moi, après des années d’études, je n’y comprends rien. Mais c’est au programme, donc vous n’y couperez pas ». Et c’est effectivement très difficile à comprendre.

J’ai tendance à être pro-palestinienne, car pour moi, même si Israël est la Terre Promise des juifs, ils n’ont pas à dégager les palestiniens établis là depuis plusieurs générations. Si chacun doit revendiquer des terres qu’il a possédées à une époque, alors la France peut réclamer la moitié de l’Europe… bref. Je n’ai jamais approuvé les violences qui s’y déroulent (d’un côté comme de l’autre) et comme le dit si bien une psychologue présentée dans la BD : « Tu vois, les enfants battus auront tendance à recréer le même schéma en battant à leur tour leurs enfants. On peut imaginer que la même structure de fonctionnement s’applique également à un peuple. Les juifs en Israël reproduiraient sur un autre peuple les tourments qu’ils ont subi pendant des générations, comme un enfant battu.« . C’est le serpent qui se mord la queue !

Mais commençons par le commencement. Guy Delisle est un auteur de bande-dessinées et se retrouve à devoir passer un an en Israël en raison de la mutation de sa femme qui travaille pour MSF.

Dès le début, on est projetés dans cette société de clivages. Je suppose que l’auteur le fait consciemment, mais la multiplication de scènes d’interrogatoires et de checkpoints donne l’image d’un pays profondément paranoïaque. Le simple fait de rencontrer des palestiniens ou d’aller séjourner dans un pays arabe peut vous valoir une interdiction de séjour. Toujours les mêmes questions, les mêmes fouilles, on voit même une scène où une femme voilée se retrouve obligée de se déshabiller en public, mise en joue par des soldats persuadés qu’elle cachait une bombe alors qu’elle ne faisait que passer.

Les injustices sont également flagrantes. Il y a un écart monstrueux de qualité de vie entre les zones habitées par les colons juifs et les autres. Là où les autres auront le minimum, les colons ont droit aux beaux coins de repos, aux cafés, aux parcs de jeux, à l’eau courante à tout moment de l’année… c’est aussi une galère sans nom pour trouver un chauffeur qui desserve les parties « non-colonisées » de Jerusalem.

On se rend également compte que Jerusalem n’est pas seulement une histoire de juifs et de palestiniens, on croise également des chrétiens, et des ultra-othodoxes qui ont une vision bien plus rigoureuse de la religion que les autres. Certains se mélangeront avec joie, sans distinction de religion, d’autres ne voudront même pas vous adresser la parole.

On remarque aussi qu’Israël a tendance à s’asseoir sur les lois internationales, notamment concernant les colonies. Ce qui est triste, car la communauté internationale a tendance à prendre son parti alors qu’il n’est pas innocent.

Je trouve cette BD superbement bien faite, car elle permet de se rendre compte de la vie à Jérusalem, avec une petite touche d’humour dramatique, parce qu’on sourit des anecdotes, mais au fond, ce n’est vraiment pas drôle pour les habitants. C’est une ville qui pourrait être d’une richesse culturelle incroyable mais les guerres de religion et de territoire gâchent tout. Est-ce si compliqué de vivre ensemble ? Si vous n’avez pas les mêmes croyances que vos voisins, en quoi est-ce si important ? Des différences de religion méritent-elles tant de morts innocentes ?

En lisant, certaines solutions, certains faits nous sautent au visage, comme les nombreux points commun de ces frères ennemis, mais visiblement eux y sont aveugles. Au lieu d’une ville aux bâtiments anciens et magnifiques accessibles à tous, on se retrouve avec une ville dotée de murs en béton qui gâchent le paysage, de paranoïaques qui vous refusent l’entrée de patrimoines de l’humanité parce que vous n’êtes pas de la bonne religion, de gens qui n’ont même pas le droit de circuler sur leur propre territoire ou qui n’ont même pas accès à l’eau courante parce que tout va pour les colons. Il y a des scènes injustes qui donnent les larmes aux yeux.

Je pense que c’est une œuvre qui devrait être recommandée pour l’étude du conflit israélo-palestinien au lycée, car elle permet d’ouvrir les yeux sur pas mal de faits réels et de démystifier certaines idées reçues (ou de les confirmer !). J’aurais aimé pouvoir la lire à l’époque en tous cas, et je suis sûre que ma prof aurait adoré nous la faire découvrir. Un témoignage vaut plus que n’importe quel livre d’histoire !

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

3 commentaires sur « Chroniques de Jérusalem, de Guy Delisle »

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