Publié dans Une vie de rousse

J’ai recommencé le parrainage !

parrainage plan

Il y a quelques années, lorsque j’ai commencé à toucher ma bourse d’études personnellement (avant ça allait sur le compte de ma mère), j’ai décidé de me lancer dans le parrainage. Je vivais chez elle, nourrie logée blanchie, et si je participais aux frais de la maison j’étais loin d’être étranglée financièrement. Je cherchais donc comment me rendre utile avec cet argent et c’est comme ça que j’ai découvert le parrainage.

Évidemment, je pouvais aussi choisir un don ponctuel à une association, mais le souci avec ça, c’est que je trouvais la chose impersonnelle. Un peu comme si tu te débarrassais de ta B.A. ni vu ni connu. J’aime bien savoir ce que devient mon argent, à qui il sert, par où il transite.

J’avais choisi Plan car ils avaient l’avantage d’être très transparents, avec un site internet clair et c’est ce qui m’importait le plus.

Ma première filleule s’appelait Jovedania François et était haïtienne. C’était une petite fille de huit ans. Lorsque j’ai reçu mon dossier, j’ai eu aussi des photos. J’ai pu voir son visage, sa famille, sa maison… ça rend la chose tellement vivante. Je donne mon argent à quelqu’un. A elle, cette petite sur la photo. Grâce à moi elle mange à sa faim et va à l’école.

Et puis il y a eu la catastrophe de 2010 qui a littéralement ravagé le pays. Je continuais d’être prélevée mais je n’avais aucune nouvelle de ma filleule. Au début, je trouvais ça normal, il fallait le temps de recenser les survivants, etc. Mais près de trois ans après je ne savais toujours pas si elle avait survécu et je commençais à trouver le temps long. Je comprends qu’il faille du temps mais j’avais besoin de savoir si au moins elle était en vie et à l’abri du danger. C’est l’inconvénient du parrainage : vous savez où et à qui va votre argent, mais vous vous inquiétez pour votre filleul(e) comme si c’était votre enfant. Plan n’a pas su me répondre mais ils ont laissé entendre que c’était mauvais signe de ne pas avoir de nouvelles depuis tout ce temps. J’ai hésité, puis j’ai fini par mettre fin à mon parrainage. J’aime l’idée d’aider une association humanitaire mais j’aime aussi la transparence. Je déteste ne pas savoir ce qu’il se passe.

Quelques années ont passé, je me suis remise en couple, ma situation financière étant loin d’être aussi bonne qu’à l’époque où j’étais étudiante je n’ai pas cherché à reprendre. Et puis je ne sais pas pourquoi, ça m’a de nouveau titillée.

Il y a plusieurs facteurs qui jouent : la pression de la société qui ne cesse de me dire que je suis inutile, que je suis un déchet, juste parce que je ne parviens pas à trouver de travail. La lassitude de voir tant de misère autour de moi, dans le monde. De voir cette inégalité de traitement médiatique, quand un attentat sanglant à Ouagadougou est presque passé sous silence malgré la violence alors que quand ça se passe en France c’est le branle-bas le combat. Comme si les gens se foutaient royalement de ce qui se passe ailleurs que chez eux. Oh mais attendez, les gens se foutent effectivement de ce qui se passe ailleurs.

Mon homme l’a très mal pris. A ses yeux, c’est aux riches d’utiliser leur argent pour tirer les plus pauvres de leur misère, pas aux plus pauvres d’utiliser leurs maigres économies pour aider un peu. Je suis d’accord avec lui, les riches devraient parrainer des enfants, qui sont les adultes de demain, pour en faire des êtres responsables, compétents, éduqués. Mais le problème, c’est que les riches ne font rien, et qu’au contraire ils accentuent la misère sur place, en exploitant jusqu’aux enfants pour que les petits européens puissent porter des chaussures fabriquées par de pauvres gosses épuisés qui ne passeront probablement pas la vingtaine.

Je ne suis pas riche. Je n’ai clairement pas les moyens de changer le monde. Mais j’ai envie de pouvoir changer la vie de quelqu’un. Ma seule exigence est qu’il s’agisse d’une fille. Je sais que l’éducation des garçons est tout aussi importante que celle des filles, si nous voulons un jour voir les choses évoluer. Apprendre aux filles à se défendre, les éduquer, c’est bien, mais si on apprend pas aux garçons que les filles sont plus que des utérus les choses ne changeront jamais. Cependant dans la plupart des pays du monde la situation des filles est bien plus préoccupante à mes yeux. J’ai envie d’en tirer une vers le haut.

Plan nous donne le choix du pays et j’ai beaucoup hésité. Entre l’Inde, le Népal et le Laos.

L’Inde, parce que les droits des filles ont encore beaucoup de chemin à faire. Quand on voit que les hommes là-bas n’hésitent pas à s’en prendre à des touristes pour les violer (d’habitude c’est l’argent qu’on cherche à soutirer aux touristes, pas leur vagin) on sent qu’il y a un gros problème.

Le Népal, parce que j’en adore la culture et l’histoire. Mais j’ai eu l’occasion de lire que suite à la catastrophe qu’il y a eu là-bas la situation est compliquée et je n’avais pas envie de revivre la même chose qu’avec ma petite haïtienne.

Le Laos, en mémoire d’une personne qui a été là pour moi lorsque j’en ai eu besoin. Une laotienne adorable qui n’hésitait pas à s’occuper de moi avec tout le reste de ses enfants lorsqu’elle sentait que ma mère n’en pouvait plus. Qui comprenait parfaitement ma maladie et faisait avec. Son mari était moins compréhensif et ne semblait pas m’aimer beaucoup mais elle, c’était une vraie crème.

Ça peut paraître étrange venant de moi, cette envie de parrainage, car je ne cache pas que je déteste les enfants. Et c’est effectivement le cas. Mais je n’ai pas confiance en notre nouvelle génération. Je les trouve débiles, de plus en plus bêtes, assistés, peu respectueux. Et je trouve les disparités dues à la richesse révoltantes, j’ai envie de me préoccuper d’autre chose que de mon nombril, j’ai envie de montrer aux riches que si une pauvre peut faire quelque chose, alors eux, ils peuvent faire bien plus. J’ai envie de donner une chance à un enfant de changer son destin. De sortir de la misère, de prendre une plume pour écrire lui-même son futur.

Je pense parfois que le destin est déjà écrit, mais je reste persuadée que l’on peut effacer certaines choses pour les réécrire.

Ma filleule a 8 ans et elle s’appelle Misay. Je trouve son nom magnifique. Elle vit dans la région de Oudomxay au Laos. Ses parents sont paysans, elle a un frère de 21 ans. Et sa vie va changer grâce à quelques sous. Il me suffit de me priver de quelques livres ou de me faire moins plaisir sur la nourriture pour changer la vie de quelqu’un. C’est enrichissant ! Mais j’ai le même problème qu’avec ma petite haïtienne. Je suis censée lui écrire pour me présenter, lui dire ce que je fais dans la vie… comment lui dire, en résumé, que je suis une grosse merde sans emploi ? Il va me falloir trouver les mots…

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

4 commentaires sur « J’ai recommencé le parrainage ! »

  1. Coucou,

    J’ai déjà fait des dons pour des associations pour les animaux etc.
    J’avais aussi fait des dons pour une assos qui soutient les femmes dans les pays défavorisés.
    Mais au fond, je ne savais si mon argent allait vraiment à ces personnes..

    Ma question peut paraître idiote.. mais du coup tu es « sûre » que ton argent va à cette enfant?
    Je te pose cette question, parce que j’aimerai faire un parrainage quand j’aurai une rémunération.. mais j’aimerais être certaine que mon argent va bien à une personne dans le besoin..
    Je trouve touchant ce que tu fais.

    Autre question idiote, du coup Misay peut t’écrire quand elle veut/peut?

    Merci.

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    1. Le parrainage par rapport aux « random dons » c’est qu’il est personnalisé, tu as un contact avec ta filleule et donc tu peux avoir une idée de l’amélioration de ses conditions de vie.
      Après l’association ne t’envoie pas non plus un compte-rendu personnalisé de ce qu’ils font avec ton argent, rien ne prouve qu’une partie n’est pas utilisée pour autre chose, mais j’ai envie de dire, j’ai beau être parano je n’irai pas pousser la chose jusqu’à dire qu’ils font semblant au niveau de la correspondance avec ma filleule !
      Oui Misay peut m’écrire, par mail ou par courrier, je peux lui envoyer de petits cadeaux (petits car mieux vaut éviter de lui envoyer des choses trop chères, pour éviter la jalousie dans sa communauté, de creuser un trop grand écart entre elle et les autres). Il y a des délais car il faut traduire le courrier et les équipes locales ne sont pas suffisamment nombreuses pour faire ça en quelques minutes.

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  2. Personnellement, j’ai du mal avec le concept des associations humanitaires centrées sur les enfants (à commencer par l’Unicef). Si des enfants vivent dans la misère, c’est parce que leurs parents vivent dans la misère, ainsi que souvent leur communauté, leur village, voire leur pays tout entier dans les pires cas comme Madagascar. Focaliser notre attention sur les enfants, c’est miser sur les sentiments pour masquer les causes profondes de la pauvreté. J’ai encore plus de mal avec le parrainage, qui m’apparaît comme un piège psychologique basé sur la culpabilité individuelle pour dissuader l’interruption des dons.

    Tout ça pour dire qu’il me semble largement préférable de donner à des associations humanitaires qui proposent une vision plus large des problèmes et des solutions à apporter.

    Ceci dit, c’est très généreux de votre part de donner alors que votre situation financière est difficile. Pour ma part, j’ai cessé de donner pendant les deux périodes de chômage que j’ai connues.

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    1. Je suis plutôt d’accord avec toi et c’est d’ailleurs pour ça que j’ai choisi Plan, car ils agissent sur toute la communauté de l’enfant et pas seulement sur les enfants. Du moins, d’après leurs dires. Il y a clairement une volonté de culpabilisation derrière, surtout que le public européen est très sensible sur le sujet des enfants (il suffit de voir un accident aux infos avec 500 morts dont un enfant, le journaliste va se focaliser sur l’enfant…). De mon côté étant donné que je n’aime pas les enfants de base je suis bien moins sensible à cette culpabilisation. Je donne car je veux agir avant tout sur une communauté et laisser sa chance à un enfant, sans qu’il oublie d’où il vient.
      Je suis moins fan des associations « à vision plus large » justement, car ils proposent de nombreuses choses et à la finale, on ne sait pas à quoi ils ont employé l’argent.

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