Publié dans Littérature

Volcan, la vie quotidienne d’une famille chinoise pendant la révolution culturelle

révolution culturelle chinoise

Je sais que lorsque je fais un article littéraire, j’ai pour habitude de mettre en illustration la couverture du livre en question, mais pas cette fois : en fait, je trouve que la couverture en question ne rend pas justice au contenu, même si elle le résume plutôt bien :

volcan

J’avais déjà parlé un peu de la révolution culturelle chinoise sur ce blog, notamment dans mon article sur Chinoises, de Xinran, qui m’avait fortement ébranlée. Ce n’est pas une période que l’on étudie en profondeur en classe et pourtant, elle le mériterait. Les nombreux témoignages laissés par ceux qui ont pu s’échapper pour parler montrent à quel point une idéologie peut embrigader tout un peuple et le conduire à s’auto-détruire.

Volcan n’est pas aussi « spectaculaire » que Chinoises, mais laisse quand même une empreinte dérangeante, car l’auteur a vécu des deux côtés de la barrière. C’est une « chinoise d’outre-mer« , c’est à dire qu’elle est née en Chine mais a vécu la majeure partie de sa vie en France, éduquée comme beaucoup d’immigrés : de manière occidentale à l’école et de manière traditionnelle à la maison.

En 1964, les relations entre la France et la Chine venaient d’être rétablies et l’auteure, curieuse de ses racines, a donc décidé d’aller étudier en Chine sans se douter une seconde de ce qui l’attendait. Alors qu’elle ne devait y rester que deux ans maximum, elle se voit proposer un poste d’enseignante et décide de rester. Sauf que la Révolution Culturelle approche…

Ce qui est intéressant, c’est de voir ce qui a convaincu la majorité de la population de suivre cette révolution : le fait de mettre tout le monde a égalité, d’obliger les puissants à travailler comme des ouvriers ou des paysans, afin qu’ils se rendent compte des conditions de travail qu’ils infligent aux autres. Très sincèrement, je suivrais sans hésiter un tel mouvement en France, juste pour voir les politicards mettre les mains dans la boue ! L’idéologie est présentée comme égalitaire, un monde dans lequel tout le monde est sur le même pied et conscient des conditions de travail des autres. L’auteure se laisse même prendre au jeu, rejoignant les milices qui perquisitionnaient les demeures des mieux lotis afin d’y trouver des éléments compromettants (il en fallait peu, un CD de musique occidentale par exemple, ou du maquillage…).

Cependant, les limites du système se font vite sentir : le fait de vouloir mettre tout le monde a égalité entraîne des violences gratuites, totalement injustifiées et écœurantes. Le propre mari de l’auteure subit rapidement des pressions pour « avouer » qu’il a eu tort d’épouser une chinoise d’outre-mer. Les discriminations envers l’ancienne « élite intellectuelle » (professeurs, artistes…) ou les chinois ayant vécu à l’étranger deviennent la norme et la famille de l’auteure se retrouve dans la mouise « à cause » d’elle. Parce qu’elle a voulu revenir dans sa patrie, elle se voit rejetée…

Petit à petit, on assiste à leur descente aux enfers : de professeurs respectés, ils se retrouvent au plus bas de l’échelle sociale, sans aucune possibilité de choix : ils ne peuvent pas décider de leur lieu de vie, ils n’ont aucune perspective d’évolution (les chinois d’outre-mer étant considérés comme de possibles espions, ils n’avaient que peu de choix de carrière), on leur impose leurs mutations… et évidemment, en tant qu’ancienne élite ils sont sans arrêt dépréciés, accusés de vouloir retrouver leurs privilèges alors qu’ils veulent juste exercer le métier pour lequel ils ont étudié.

C’est vraiment dommage de voir qu’un mouvement égalitaire a fini en parodie de dictature. Enfin, le pire, c’est que ce n’est même pas une parodie. On a une telle impression de gâchis quand on voit la stupidité des raisonnements des supérieurs, de leurs réactions. C’est ignoble de se dire qu’une personne qui a voulu renouer avec ses origines en est réduite à demander la permission pour aller acheter des produits de première nécessité au village voisin et qu’en plus il lui faut un chaperon. Que les manifestations de bonne volonté sont mal prises, que tout est mal pris en fait. Que le simple fait de vouloir un appartement décent suffit pour sentir une menace peser sur sa vie.

Et c’est triste de voir que ces conditions de vie ont pesé sur le couple de l’auteure, qui se voyait reprocher d’être une chinoise d’outre-mer alors qu’elle n’y pouvait rien et voulait sincèrement participer à l’essor de ce pays. Mais ce fait empêchait son mari de progresser dans sa carrière, par peur…

Ce qui fait la force de ce livre, c’est l’évolution de la mentalité de l’auteure, qui débute extrêmement motivée à l’idée de vivre dans son pays d’origine, pour renouer avec sa famille, pour le comprendre. Elle se prête avec enthousiasme aux changements qu’apporte la Révolution dans sa vie, car elle trouve intéressante l’idée de travailler avec les paysans pour avoir une idée de leurs conditions de vie. On assiste à la différence culturelle entre deux classes sociales d’un même pays, ce qui fait toujours sourire, et on se prend au jeu d’imaginer ce que ça donnerait dans notre propre pays (vous imaginez Sarkozy avec la faux à la main ?). Et puis on la voit de plus en plus effrayée, pour elle et pour sa famille, jusqu’à n’avoir plus qu’une seule idée en tête, la fuite, lorsqu’elle comprend que ce pays qu’elle aime ne veut pas d’elle et ne voudra jamais d’elle. Juste parce qu’elle a commis le crime de grandir ailleurs. C’est triste et instructif à la fois. C’est un témoignage de plus et il est précieux.

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

2 commentaires sur « Volcan, la vie quotidienne d’une famille chinoise pendant la révolution culturelle »

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