Publié dans Une vie de rousse

Parfois, je les regarde…

famille syrienne

Depuis que j’ai trouvé ce travail à la Défense, je croise beaucoup plus de sans-abri. Même lorsque je ne travaillais pas, je comprenais l’agacement des parisiens vis à vis de toutes ces sollicitations incessantes : j’ignore si c’est le chemin que je prends qui est très prisé des sans-abri ou si c’est juste moi qui les attire, mais j’en ai toujours croisé énormément, des discrets aux plus agressifs qui n’hésitent pas à saisir votre sac pour tenter de vous l’arracher si vous refusez.

Je suis souvent tentée de mettre la main au portefeuille, puisque maintenant que j’ai du travail, j’ai les moyens d’aider comme je peux : mais à chaque fois je me retiens, parce qu’il y a un nombre hallucinants d’escrocs, comme ce papy qui change d’âge tous les jours : lundi il avait 79 ans, mardi 80, mercredi 89 et aujourd’hui 84… sans parler de ceux qui droguent leurs animaux pour attendrir le chaland, et ceux qui utilisent leurs enfants car c’est la corde sensible de beaucoup de monde.

Cependant, actualité oblige, en plus des autres, je croise de plus en plus de réfugiés, principalement syriens, et j’en viens à me poser beaucoup de questions existentielles…

Déjà, je me demande si certains parmi eux sont des escrocs eux aussi : des gens qui surfent sur l’actualité, la vague de solidarité, pour se faire passer pour syriens et amasser les dons sur leur dos. C’est ce qui me retient. Même si hier, j’ai acheté un sandwich à un enfant venu me demander de l’argent parce qu’il avait faim. Il s’est jeté dessus… au moins je me dis que ce n’est pas perdu. Les dons en nourriture ont ce côté pratique : lorsqu’on donne de l’argent, on a peur qu’il atterrisse entre les mains de quelqu’un qui va tout dépenser en bière et en clopes, ou de quelqu’un qui exploite les animaux ou les enfants… la nourriture, soit ils la consomment immédiatement, soit s’ils la jettent, quelqu’un d’autre récupèrera probablement le butin.

Et ensuite… quand je les regarde, hurlant la même phrase toute la journée dans un mélange d’arabe et d’anglais, je me demande comment je réagirais à leur place. Si je serais prête à quitter mon pays en laissant tout derrière moi. Si je serais prête à supporter l’humiliation de la mendicité dans un pays où on me regarderait de travers parce que je viens d’un pays où s’entraînent les terroristes qui fauchent les proches des résidents. Si je supporterais d’être dans l’ignorance totale de ce que sera mon lendemain.

J’ai l’impression d’être un sombre rat lorsque j’hésite à les aider parce que je ne suis pas sûre de leur sincérité : Est-ce qu’il vaut mieux risquer de donner à un escroc ou donner à une association d’aide aux réfugiés syriens ? Je vois les mêmes têtes depuis plus d’un mois. Sont-ils réellement aidés ? Est-ce que c’est réellement utile de leur donner de l’argent, sachant que ça ne les aidera guère qu’à manger le soir, sans améliorer leur situation d’un iota ? Même si je les aidais tous les soirs, ce que je veux moi, c’est les voir à l’abri, avec un toit, un boulot, des amis, une vie normale.

Je ne peux pas m’empêcher de me sentir coupable lorsque je les vois, tous les soirs, faire ce qu’ils peuvent pour grappiller quelques sous. Je parraine déjà une petite laotienne et je ne peux clairement pas porter toute la misère du monde sur mes épaules, mais c’est toujours pesant de voir des gens si mal lotis.

Je suis une fervente misanthrope mais pourtant j’aimerais réellement voir un monde où tout le monde a un toit sur la tête et mange à sa faim…

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

3 commentaires sur « Parfois, je les regarde… »

  1. Tu es juste humaine. Il y a plein de faux et d’autres qui sont sincères. Des fois je donne mes fonds de poche quand j’en croise mais ici ils sont moins étrangers (mais pas forcément plus sincères…).
    Mais je préfère partir du principe que les gens sont honnêtes, même si c’est faux. Au moins notre intention à nous l’est.

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