Publié dans Une vie de rousse

J’ai toujours détesté les colonies de vacances

Colonies-de-vacances

Très tôt, ma mère a trouvé un très bon moyen de se débarrasser de moi pendant les vacances : le centre aéré, puis les colonies de vacances. C’était soit-disant pour me faire changer d’air, mais à chaque fois que je l’entendais en parler au téléphone, elle avouait que c’était pour ne plus m’avoir dans ses jambes. Sachant que j’étais loin d’être turbulente et que je passais mon temps libre à lire ou à jouer sur ma Game Boy (Pokémooooon <3). Mais bon.

Le problème, c’est que si ma mère avait adoré ses colonies quand elle était gosse, moi, c’était tout l’inverse. J’ai détesté le principe dès le début.

Déjà, pour moi qui ai un besoin vital de tranquillité et d’intimité, les dortoirs étaient une véritable torture. Devoir partager ma chambre, en plus avec des filles avec lesquelles je ne m’entendais pas, c’était… horrible. Je n’arrivais jamais à dormir ou même à m’y détendre. J’inquiétais toujours les moniteurs à me réfugier sous la couette en tremblant. A l’époque j’avais fait l’objet de plusieurs signalements car j’étais si prostrée qu’on me soupçonnait d’autisme. Je n’étais juste pas dans mon élément.

Socialement parlant, j’ai toujours été très retardée. Je n’arrive pas à me lier d’amitié ou même à aller vers les gens. Je mets toujours énormément de temps avant de pouvoir adresser la parole à quelqu’un sans perdre le fil (je ne vous raconte pas à quel point c’est handicapant en entretien d’embauche), et encore plus pour être à l’aise. Je suis une observatrice, pas une actrice. De plus j’ai toujours ressenti un rejet immense envers les autres enfants. On dit que les enfants sont innocents, mais moi, je les ai toujours vus cruels et en plus conscients de leur cruauté.

Toute l’année, je subissais le harcèlement scolaire, et pendant mes vacances, je devais subir le harcèlement en colonie. Je n’avais jamais de repos, j’étais toujours à fleur de peau. Ma détresse s’est transformée en violence et je finissais par rendre coup sur coup, ce qui rendait mes séjours encore plus insupportables : je ne faisais que me défendre, mais on me punissait. Je ressentais l’injustice encore plus profondément. Cette injustice se transformait en haine. Je détestais non seulement les autres, mais aussi les animateurs qui ne me laissaient jamais m’isoler et qui me reprochaient de ne pas « laisser pisser » (comment peut-on dire à quelqu’un de se laisser faire, franchement ? Je pense que ça fera l’objet d’un article un jour ça).

Je ne comprenais pas pourquoi ma mère s’acharnait autant à me faire partir en colonie. A chaque fois je revenais couverte de bleus et des larmes plein les yeux, je lui reprochais de me jeter dans la fosse aux lions. Elle riait et disait qu’il fallait bien que jeunesse se passe. Je lui disais que je détestais ça, elle mettait ça sur le compte de l’adolescence.

A la rigueur, les activités pouvaient se révéler sympa. Du moins, au début. Après, quand tous les ans, deux fois par an, vous vous retrouvez à faire les mêmes jeux, les mêmes sorties, que vous êtes obligés de faire du ski ou du char à voile niveau débutant alors que vous maîtrisez les bases depuis des années ça devient lassant. Et toujours les mêmes jeux, les mêmes activités : la vache qui tache, le hockey serpillère, la boum de fin d’année. Au début c’est marrant, ensuite vous préférez faire exprès de vous faire punir pour y échapper. Ce que je faisais. Les moniteurs en étaient bien conscients, mais ils savaient aussi qu’ils ne pouvaient pas me laisser faire sans intervenir, sinon ce serait l’anarchie.

Je disais à ma mère que j’étais trop vieille, que j’avais fait le tour de ce qu’on pouvait me proposer, mais elle ne m’écoutait pas. Jusqu’au jour où mon flegme a foutu le camp et où j’ai fini par péter un câble sur une pauvre gamine avec qui j’étais obligée de partager ma chambre. Cette fois-là, j’étais encore la mal-aimée de la colonie. Je le savais, je m’en foutais, mais cette gamine-là, Marina, avait visiblement envie de me le faire sentir jusque dans les pores de ma peau.

Elle est montée sur mon lit pour gueuler « Qui aime Marinaaaaaa ? ». Toutes les autres gamines ont répondu en chœur : « Moiiiiiiii ! ». Génial, t’as fait ta petite pute de l’attention, tu me laisses tranquille maintenant ? Non, ce serait trop beau. Elle enchaîne donc avec un « Qui aime Céciiiiiile ? ». Bien évidemment, personne ne répond (au cas ou je m’attendais à quelque chose, ce qui n’était pas le cas). Je ne sais pas pourquoi, j’en ai eu assez. Je me suis levée, j’ai attrapé Marina par la gorge et l’ai projetée contre le mur en scandant « Qui aime Marina avec la gueule éclatée ? ». Les autres se sont mises à hurler et sont sorties en courant pendant que je mettais la misère à cette Marina. Marina qui adorait se regarder dans la glace en jouant les mannequins a pris des poings de taekwondoïste droit dans le visage et était toute tuméfiée. Je ressentais un intense soulagement.

Evidemment ma mère a été alertée, et était étonnée car d’habitude j’encaissais avec placidité. Je suppliais qu’on m’expulse mais les moniteurs se sont contentés de me donner une chambre individuelle (car j’ai menacé de recommencer) et de me laisser tranquille jusqu’à la fin du séjour. Ma mère a finalement admis qu’il était temps de me faire arrêter les colonies. Bon, en fait, c’est surtout que j’avais dépassé l’âge légal et qu’elle ne pouvait plus m’y inscrire. Tant mieux.

Mais je dois avouer que j’ai gardé une hantise de la chanson « Ah les jolies colonies de vacances » que ma mère me chantait à chaque fois qu’elle m’emmenait à ce qui était pour moi un abattoir. La chanson me provoque des frissons de peur et de dégoût.

J’ai beau être rancunière, j’ai pardonné certaines choses à ma mère. Mais ça, jamais. Les colonies font partie des pires souvenirs de ma vie et je lui reproche de ne jamais m’avoir écoutée.

En tous cas, Marina, si un jour tu lis cet article, sache que plus de 10 ans après, je ne regrette toujours rien, tu le méritais =)

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

4 commentaires sur « J’ai toujours détesté les colonies de vacances »

  1. J’avoue avoir ressenti un soulagement mêlé de jouissance au moment où j’ai lu le sort de Marina… Aaaaah, c’est pas gentil, mais aaaah, que c’est bon ! 😀

    Je n’ai heureusement jamais eu à partir en colonie, mais j’étais aussi la mal aimée de l’école, j’ai détesté les voyages scolaires où tout était prétexte à se moquer de moi. Et heureusement qu’il n’y avait encore pas de portables et d’appareils photos peu chers à l’époque, sinon je suis sure qu’aujourd’hui, ma tête serait partout sur le net…

    Tu l’auras compris, je me reconnais pas mal dans ton billet. Et moi aussi pendant longtemps j’ai été une observatrice ayant beaucoup de mal à interagir avec les gens. Aujourd’hui, en vrai, c’est toujours un peu le cas, mais je me rattrape sur la toile, comme tu peux le constater. 😉

    Aimé par 1 personne

    1. C’est son vrai nom, si ça se trouve elle se reconnaîtra ! En tous cas elle a rasé les murs tout le reste du séjour. Il faut dire qu’elle a pris pour elle et pour tous les autres, les monos ont eu un mal fou à me faire lâcher. J’aurais dû être expulsée après ça mais rien. Même pas une plainte des parents de la gamine. Peut-être qu’ils étaient conscients que leur fille était une connasse et qu’au moins quelqu’un le lui a fait comprendre !
      Parfois je me demande si elle a changé après ça. Elle semblait vraiment choquée, peut-être que quelque chose a fait tilt dans sa tête. Ou peut-être que non.

      Oh les voyages scolaires… je n’y échappais pas non plus évidemment. Obligée de partager une chambre avec des nanas qui me détestaient, à chaque fois les profs étaient obligés de m’imposer dans un groupe sinon mes chers camarades étaient prêts à me laisser camper dans le couloir !

      Je me rattrape aussi sur les réseaux sociaux mais dans la vraie vie je reste encore très réservée et mieux vaut ne pas me pousser à bout. Mais se déchaîner verbalement, c’est quand même salvateur. Sans mon blog mes collègues auraient déjà pris tellement cher xD

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  2. Moi non plus, j’ai jamais aimé les colonies de vacances! Cette promiscuité imposée, ces activités inintéressantes, les camps dans le champ d’à côté, les veillées avec ces jeux qui me ridiculisaient…….les pinces-oreilles, les fourmis, les moustiques, au secours!!! 😦
    Merci pour cet article 🙂

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