Publié dans Une vie de rousse

Je ne vois pas ce que l’on reproche au burkini

Twenty-year-old trainee volunteer surf life saver Mecca Laalaa runs along North Cronulla Beach in Sydney during her Bronze medallion competency test January 13, 2007. Specifically designed for Muslim women, Laalaa's body-covering swimming costume has been named the "burkini" by its Sydney based designer Aheda Zanetti. REUTERS/Tim Wimborne (AUSTRALIA)

Avant toute chose, je tiens à préciser que je ne suis ni musulmane ni membre d’une quelconque religion/secte. C’est à mes yeux important de le dire car du coup, mes propos ne sont dictés que par ma propre expérience et mon propre sens moral, et non par une obligation de soumission à un ou plusieurs préceptes religieux.

Il faut savoir que j’ai été très tôt dégoûtée de la plage et de la piscine. Déjà, parce que je n’aime pas les grandes étendues d’eau -je ne suis pas aquaphobe mais ce n’est pas loin- et ensuite parce que l’école s’est chargée de gâcher ce qui pouvait me rester de goût pour la chose. Mais surtout, ce qui me rebutait le plus, c’est que j’avais beau être une enfant puis une ado sans formes extraordinaires, il y avait TOUJOURS un ou plusieurs gros dégueulasses pour me mater bien comme il faut, qu’il s’agisse de camarades de classe (qui ne se gênaient pas pour établir des classements des nanas les mieux foutues du bahut, et si l’une d’entre nous avait des capitons tout l’établissement était au courant le jour même, le truc qui fait envie) ou de parfaits inconnus. N’ayant jamais « fait femme » avant l’heure, on ne peut même pas prendre ça comme excuse aux regards concupiscents de ces hommes adultes sur mon corps de jeune fille.

Me faire mater sans arrêt, voir carrément tripoter (bon, en règle générale, les mecs qui tentaient ça arrêtaient bien vite devant la furie violente que je deviens quand on me touche sans consentement) a développé chez moi un énorme sens de la pudeur qui fait que jamais, au grand jamais, je ne pourrai me mettre en maillot de bain « normal » (une pièce ou bikini). J’ai tenté plusieurs fois mais sincèrement, à chaque tentative de sortie piscine j’avais une sensation de souillure qui a fait que j’ai vite abandonné la chose.

Lorsque je vivais encore chez elle, ma mère a tenté de me réconcilier avec la piscine en m’emmenant acheter un nouveau maillot de bain, un qui me convienne. On a fait plusieurs magasins et puis, dans une boutique de fripes, j’ai eu la révélation : j’y ai trouvé un maillot à manches longues, qui me recouvrait entièrement le corps et qui descendait jusqu’aux genoux. J’étais ravie : mon problème principal était le reluquage et là, le maillot couvrait le peu qu’on puisse être tenté de mater chez moi.

La vendeuse nous avait regardées bizarrement, en disant que je n’avais pas le profil des acheteuses de ce type de maillot (on devait être en 2003-2004, je n’étais pas encore au lycée) mais bon, elle n’allait pas cracher sur une vente et je suis repartie avec.

Cependant, l’expérience a vite tourné court car mon maillot dont j’étais si contente est devenu un sujet de moqueries et de réflexions : forcément, je détonnais au milieu des nanas en deux-pièces. Les hommes étaient évidemment les premiers à se moquer, en me disant que j’étais une sainte-nitouche, en me balançant des phrases du genre « tu t’es trompée c’est pas ici pour la plongée » ou des perles de mauvaise foi du genre « de toute façon t’es trop moche pour qu’on te mate hein, tu peux te mettre en maillot normal ! ». A l’école c’était pareil, la prof avait même demandé à ma mère de m’acheter un maillot normal. Ma mère a tenté de me convaincre de prendre au moins un une-pièce, mais devant mon refus catégorique, s’est rangée de mon côté en me dispensant de sport. Même le une-pièce me posait problème car à l’époque je ne m’épilais pas le maillot, ne voulais pas le faire et forcément, quelques poils roux dépassaient de là, entraînant des sarcasmes de la part des hommes comme des femmes.

J’ai continué à porter ce maillot lorsque ma mère me traînait de force à la plage ou en colonie (et encore, j’y ai gagné le droit de rester habillée à cause des rires des autres gamins), mais ayant vite manifesté mon désir d’éviter ce genre d’endroits, le maillot s’est retrouvé au placard puis à la poubelle, devenu trop petit.

J’ai même déserté les piscines et les plages, ne pouvant empêcher les gens qui le voulaient de me reluquer. J’ai toujours eu un problème avec ça, je déteste être la cible des regards plein de désir dégueulasse que les mâles ne peuvent soi-disant pas contrôler. Ce style pudique est devenu un automatisme et je n’y pensais presque plus, jusqu’à cette polémique sur le burkini.

Très sincèrement je me fous complètement des signes religieux, même si j’ai tendance à trouver que la burka c’est trop (bon d’un autre côté je comprends les femmes qui le portent), mais après tout ce n’est pas à moi d’en décider -comme je dis souvent, on a le droit d’avoir une opinion, notre opinion n’oblige en rien les autres à la suivre, la preuve, si on suivait la mienne les fumeurs iraient tous se suicider- mais j’ai du mal à comprendre pourquoi on associe ce type de maillot à la religion.

De ce que j’ai lu, c’est un maillot qui a été conçu spécialement pour pouvoir se baigner selon l’interprétation que l’on a des préceptes de l’Islam, mais des maillots du genre existaient bien avant le dépôt officiel du terme « burkini » et ils n’étaient pas réservé aux plongeuses. Pourtant aujourd’hui on en fait tout un drame. Pourquoi ? Les gens se rendent-ils compte à quel point il est désagréable de se faire reluquer par des mecs pas fichus de se retenir ? On ne cesse de dire que ce n’est pas aux femmes de se cacher mais aux hommes de se tenir, ce qui est vrai, mais en attendant, des vicelards, il y en a et puisque rien n’est fait contre eux (il y en aura plus d’un pour dire que mater n’est pas un crime, et ce même si la personne qui se fait reluquer n’apprécie pas du tout, surtout si c’est de manière répétée), il faut bien s’en préserver. Très sincèrement, s’il y avait des piscines réservées aux femmes ou des évènements organisés pour pouvoir être entre nous comme par exemple la « journée burkini » qui a été annulée, je fréquenterais de nouveau les piscines. Ou même si ce type de maillot (que je trouve super pratique en passant, parce que le bonnet est attaché au reste du maillot, avec moi à chaque fois il tombait…) pouvait être porté sans attiser les moqueries ou encore plus de regards alors qu’il est supposé en cacher.

Bref, je ne vois pas ce que l’on peut reprocher à ce maillot, car même si certaines le portent pour des raisons religieuses, il y a beaucoup de femmes qui le portent pour des raisons de pudeur, et je suis outrée par le fait que l’on veuille nous forcer à porter des tenues qui nous dévoilent plus que ce que nous voulons montrer. On ne dit rien aux hommes qui portent des slips tellement moulants qu’on devine tout de leur érection (ou même de leur teub tout court), pourquoi dit-on quelque chose aux femmes qui veulent se couvrir ? Se préserver ? Ou tout simplement de porter une tenue qui leur permet de sortir un peu du carcan dans lequel les enferme la religion ? En quoi une femme qui se couvre est plus choquant qu’une femme qui montre presque tout son corps avec juste un bout de tissu pour la forme ?

Je ne suis pas musulmane et pourtant si je devais un jour retourner à la piscine c’est un burkini que je commanderais, car il me correspond, il répond à mes envies de pudeur, tout simplement. Et si des femmes veulent le porter pour des raisons religieuses, elles ont tout à fait raison. Et puis bon, tant que les hommes ne seront pas sanctionnés quand ils se comportent comme de gros beaufs amateurs de viande à boobs, il faudra bien agir en conséquence. Soit on finit par faire des piscines non-mixtes, soit on laisse les femmes porter ce qu’elles veulent, tant que ça ne met pas leur santé en danger !

Je me trompe peut-être mais pour moi le burkini n’est pas un signe religieux mais une défense de notre droit à la pudeur et de notre liberté de choix dans notre manière de nous habiller.

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

5 commentaires sur « Je ne vois pas ce que l’on reproche au burkini »

  1. Je ne le dis vraiment pas souvent mais MERCI ! Merci merci merci merci ! Si j’écris mon propre article sur le burkini je citerais le tien sans me faire prier !

    Effectivement, ce n’est pas un signe religieux en soi : c’est une solution proposée (avant tout) aux femmes musulmanes pratiquantes pour qu’elles puissent allier leur foi et la vie « sociale », la vie « à la française ». Comme je le disais sur les autres articles que j’ai commenté : si ça ne s’était pas appelé burkini ça n’aurait certainement pas fait un si gros problème : le burkini rappelle la burka et toutes les polémiques, les débats qui n’en finissaient pas… Mauvais choix de nom !

    Sincèrement je pourrais très bien en porter un ! On dit « elles n’ont pas a imposer leur manière de s’habiller » mais nous on veut les forcer à se déshabiller… c’est ridicule… il n’y a pas si longtemps, en France, les femmes se baignaient en robe pour ne pas se montrer… Si je rentre dans l’eau avec une robe aujourd’hui on va me forcer à me mettre en sous-vêtements ? Effectivement, plus qu’une question religieuse c’est une question de corps, de ce que l’on est prêt à montrer ou pas. Certains font du naturisme, d’autres non. C’est la même question. Les musulmanes pratiquantes sont pudiques par éducation religieuse mais cette pudeur n’est pas si différente de la pudeur d’une femme athée (même s’il peut y avoir en plus la question de pureté ou au contraire de déshonneur).

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  2. Je suis totalement d’accord avec toi, si un jour je devais retourner à la plage avec ma peau de rousse j’adorerais avoir un maillot comme ça ! (sans parler des regards des hommes, parfois j’aimerai pouvoir me voiler intégralement et être invisible).
    En plus l’argument « lutter contre les oppressions faites aux femmes » me semble totalement ridicule : les femmes sont bien plus oppressées quand elles montrent leur corps que quand elles le cachent.

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      1. J’ai une amie qui m’en avait parlé quand je lui ai dit que je chopais des coups de soleil pour un rien (d’ailleurs hier j’en ai chopé un pendant les 5 min de trajet boulot-entrée du RER, la classe). C’est pratique mais le souci c’est qu’au bout d’un moment j’aurais trop chaud avec je pense, même dans l’eau.

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