Publié dans Une vie de rousse

Cette grande gueule qui n’a pas toujours été là

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Ma grande gueule est un trait de caractère qui revient souvent chez moi. Je fonce dans le lard de la plupart des gens, souvent sans réfléchir (je n’ai pas volé mon signe astro héhé), je n’hésite pas à dire ce que je pense et à exprimer mon opinion (surtout quand la personne en face préfèrerait que je me taise). Quand on me connaît ou qu’on me fréquente un minimum ça se remarque vite.

Pourtant, c’est un trait particulièrement récent. J’ai deux décennies de timidité maladive et de réserve au compteur, même si j’ai toujours eu un esprit combatif -j’ai rendu coup pour coup et insulte pour insulte lorsque j’étais harcelée à l’école-. Je n’étais pas à l’aise avec les gens car j’avais l’habitude des moqueries et du rejet, et les années de solitude n’ont rien arrangé.

J’ai commencé à me décoincer virtuellement, lorsque je me suis mise à fréquenter les MMORPG (jeux en ligne), et là c’est comme si je m’étais divisée en deux personnalités : celle qui, virtuellement, rendait vanne sur vanne, qui avait une répartie d’enfer, et celle qui, dans la vraie vie, s’écrasait à la moindre remarque. Et j’en étais malade. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi j’arrivais à dire ce que je pense virtuellement et non en face. J’avais une nette impression de lâcheté. Je ne supportais pas de m’écraser. Vous voyez le conflit intérieur que je pouvais avoir, en ayant une forte personnalité mais en étant incapable de m’exprimer comme j’étais ? Quand j’avais, en tête, une réplique toute faite mais que les mots ne franchissaient pas mes lèvres ?

A l’époque, j’hésitais longuement à aller voir un psy. Mes « deux moi » étaient tellement nets, tellement différents l’un de l’autre que je me demandais si je n’étais pas schizophrène. Et puis j’ai renoncé car je n’aimais pas les psys.

Petit à petit, j’ai changé dans la vraie vie aussi. J’ai osé répondre une fois, puis deux. Et puis c’est comme si j’avais toujours été ainsi : franche, grande gueule au possible, n’hésitant pas à tout sacrifier pour dire aux gens ce qu’ils méritent d’entendre. Le phénomène s’est amplifié lorsque je me suis mise à fréquenter mon copain actuel qui a une répartie particulièrement violente (heureusement qu’on ne se dispute pas souvent parce que lui comme moi on ne lâche rien).

Aujourd’hui je suis une fusion des deux moi d’avant : je suis capable de rester calme le temps que mon interlocuteur s’exprime, puis d’arborer un sourire sarcastique avant de lui foncer droit dedans. J’ai envoyé chier des recruteurs véreux et hypocrites, j’ai remis à leur place un nombre incalculable de personnes… pourtant quelque chose me perturbe.

En y repensant, même si j’ai toujours eu une forte personnalité, la grande gueule n’en faisait pas partie. C’est un trait que j’ai acquis lorsque j’ai perdu ma meilleure amie, fauchée par une voiture. Sous mes yeux. Ma meilleure amie était très franche, prête à sacrifier ses amitiés, sa réputation, pour continuer à dire ce qu’elle pensait. Elle n’hésitait pas à se mettre tout le monde à dos, se fichait de l’opinion des autres, avait de gros problèmes avec l’autorité (pour ce dernier point, moi aussi). Je n’étais pas tout à fait comme ça. J’étais plus calme, plus douce.

Je me demande si le traumatisme ne m’a pas fait compenser la perte en développant des traits de caractère qui étaient les siens…

Bon, je ne suis pas psychologue, c’est clair et net. Je ne sais pas si c’est ça ou si c’est juste que j’ai fini par exprimer un trait qui a toujours été mien sans que je le sache. Mais la coïncidence est troublante… même si je ne regrette rien. Je ne pourrais pas faire comme avant, à garder le silence sur l’hypocrisie, sur les profiteurs, sur tous ceux qui m’horrifient ou m’horripilent. Même si je n’étais pas comme ça avant, c’est comme ça que je suis aujourd’hui.

Ce qui me fait sourire, c’est que ma meilleure amie me poussait souvent au derrière pour que je ne me laisse pas écraser dans les conversations. Si elle me voyait aujourd’hui, elle serait enchantée !

En fait, je pense sincèrement qu’il est possible de lutter contre sa nature. C’est difficile, mais possible. J’étais timide, je suis grande gueule. Je m’écrasais, maintenant je préfère encore passer à côté d’un emploi, ou risquer de le perdre, plutôt que de m’écraser. C’est vrai que parfois j’hésite. Parfois, c’est mon ancienne personnalité qui ressurgit un peu. Parfois, je suis en panne de répliques. Parfois, je rougis et j’ai le cœur qui bat à 100 à l’heure quand je réplique, parce que je ne suis pas à l’aise. C’est rare, mais ça arrive encore. Je suis passée d’un extrême à l’autre car je suis presque incapable de mettre de l’eau dans mon vin, de me soumettre pour mon propre bien.

Mais… pourtant je suis plus en accord avec ma personnalité qu’avant. C’est dur d’être timide quand on a du caractère. Au moins maintenant, je m’exprime entière. Je ne regrette rien, vraiment.

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

2 commentaires sur « Cette grande gueule qui n’a pas toujours été là »

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