Publié dans Une vie de rousse

Je ne suis pas mes parents

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Je me souviens d’une chose qui me pesait énormément lorsque j’étais avec mon ex. Il n’ignorait rien de mes parents : mon père escroc qui est parti en vidant les comptes en banque, et ma mère avec son rapport « pathologique » à l’argent qui a découlé de cette mésaventure, prête à arnaquer tout ce qui bouge et à grappiller le moindre centime sur le dos du contribuable.

C’est sûr que je partais avec un bagage assez lourd au niveau financier : cependant, il m’a toujours définie par rapport à mes parents. Il était toujours hyper méfiant lorsqu’il s’agissait de nos dépenses communes : il n’a jamais voulu de compte commun, à chaque fois qu’il (enfin, que ses parents) devait avancer de l’argent, il en était limite à vouloir me faire signer une reconnaissance de dette (quand on a emménagé ensemble, j’ai dit que je participerais financièrement pour les meubles, à peine les dépenses étaient-elles faites qu’il me harcelait pour que je fasse un virement à sa mère). Il ne me faisait vraiment jamais confiance.

Pourtant, je suis loin d’être comme mes parents : jamais il ne me serait venu à l’idée de vider le compte en banque de mon homme ou de lui faire des dettes dans le dos. Au contraire, j’ai toujours tenu à être indépendante financièrement et à régler le moindre centime dû. L’acharnement de ma mère à grappiller le moindre sou me faisait sourire jaune mais je ne l’ai jamais considérée comme un exemple à suivre, même si par obligation filiale je me rendais complice de ses frasques (en même temps quand votre mère vous menace de vous flanquer dehors ou de vous affamer si vous balancez, eh bien, vous ne dites rien).

Mais c’était comme ça. Mon ex comme ses parents étaient très précautionneux vis à vis de moi. Le problème c’est qu’on formait un couple, qu’on était censés vivre ensemble, pas séparer la moindre dépense avec une suspicion excessive et compter le partage exact au centime près. Je souffrais de ne pas avoir mon nom sur le bail, de voir le doute dans ses yeux à chaque fois qu’on parlait d’argent, de devoir montrer patte blanche à chaque fois. Il faut dire qu’il faisait partie de cette tranche de population pour qui toucher une allocation fait de vous un assisté, et moi, j’étais boursière en plus de toucher l’AAH à cause de mon handicap. Donc pour lui j’étais une fraudeuse de la CAF, bien que mon allocation soit totalement justifiée par ma situation, et que celles que ma mère touchaient étaient justifiées aussi (il considérait ma mère comme fraudeuse car elle était au chômage, selon lui, volontairement).

D’un côté, je pouvais comprendre ses réticences vis à vis d’un compte commun avec mon père dans la nature -il a escroqué des dizaines de personnes, est censé être en prison, mais se la coule douce dans son appart dont il est propriétaire- et ma mère qui n’a pas hésité à vider mon compte avant ma majorité pour récupérer l’argent de mon grand-père. Mais de l’autre, me balancer sans arrêt au visage les crimes de mes parents m’ont rendue rancunière, aigrie, et cette absence de confiance a beaucoup joué dans notre rupture, car il n’a jamais compris que je ne suis pas mes parents, que je ne leur ressemble en rien et que je n’ai jamais eu envie de suivre leurs traces.

L’avantage avec mon conjoint actuel, c’est qu’il est dans la même situation que moi : sa mère est comme mon père. Il est donc bien placé pour savoir que nous ne sommes pas nos parents. Que s’ils influent sur notre vie, nous ne suivons pas forcément leurs pas. Il m’a immédiatement accordé sa confiance et réciproquement. A quoi bon se balancer au visage des crimes que nous n’avons pas commis ? A quoi bon nous reprocher des faits dont nous ne sommes pas responsables ?

Je vous avoue que j’ai des difficultés à comprendre les gens qui nous jugent par rapport à nos parents. Nous sommes tous différents. Même les liens du sang et l’éducation ne suffisent pas pour définir un être humain. Encore heureux. Vous n’avez pas idée du point auquel c’est difficile d’être instantanément jugés pour des délits commis par quelqu’un d’autre, juste parce que nous avons des liens de parenté.

Oui, cette situation financière a fait de moi quelqu’un d’assez radin, très à cheval sur les finances -je regarde mon compte en banque avant chaque dépense pour être sûre de ne pas être à découvert- mais pas un escroc.

C’est débile, de nous définir par rapport à nos parents.

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

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