Publié dans Une vie de rousse

L’histoire de mes parents

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Ma mère était une baroudeuse. Elle aimait voyager, particulièrement en Espagne, son pays d’origine et de cœur. Elle se souvient d’ailleurs souvent de la période franquiste et post-Franco, et a témoigné plusieurs fois en classe.

Pour sa génération, ne pas être mariée et ne pas avoir d’enfants à plus de 30 ans, c’était gonflé. Même l’une de mes tantes, une no-kids assumée, était au moins mariée.

Ma mère, rien de tout ça. Ça ne l’intéressait pas. Elle préférait les petites aventures au fil de ses pays d’accueil.

Après avoir fini un contrat de travail en Espagne, ma mère s’est tournée vers un de ses amis, désespérée : elle ne voulait pas retourner en France (à l’époque si tu ne retrouvais pas un travail rapidement, tu étais reconduit à la frontière) où elle aurait dû retourner chez ses parents. J’avais déjà vaguement parlé du caractère de ma grand-mère sur le blog, qui détestait ses enfants et leur faisait payer le fait d’avoir été engoncée dans un rôle de mère qu’elle n’a jamais voulu. Je vous copie le texte ici car l’article dont l’extrait est issu est long :

 Dans ma propre famille j’ai eu l’occasion de voir ce que ça donnait, avec ma grand-mère maternelle. C’était une femme moderne, intelligente, qui voulait travailler et qui était douée. Mais son époque ne le permettait pas, on l’a obligée à se marier, et mon grand-père l’a littéralement transformée en poule pondeuse. Elle a eu 5 enfants et plusieurs fausse-couches. Elle n’était pas faite pour être mère ni pour être femme au foyer et s’est vengée sur ses enfants. Elle mentait à son mari pour qu’il « corrige » les enfants, ne faisait rien dans la maison, harcelait sa fille aînée pour qu’elle fasse toutes les corvées à sa place, était imbuvable au quotidien. Autant ses deux fils ont été plutôt tranquilles, mais l’enfance des trois filles a été une vraie horreur. Je ne m’entendais pas avec mamie car je lui ressemblais beaucoup, j’étais comme elle à son âge. Sauf qu’à moi on m’a laissé ma chance, on m’a laissée étudier et tenter de me faire ma place. Certains diront que le modèle de ma grand-mère est d’une autre époque, mais non. De nos jours aussi, certaines femmes s’imaginent qu’être mères est leur destin, qu’elles n’ont pas d’autres choix. Certaines se font imposer la maternité et trouvent ça normal.

Son ami l’a donc emmenée quelques semaines au Maroc, mais il a bien fallu rentrer. Il l’a hébergée un petit moment et ma mère a pu trouver un contrat de formatrice. A l’époque c’était moins compliqué de trouver un logement, son CDD longue durée suffisait (aujourd’hui il lui faudrait 18 garants, 56 fois le loyer et un troupeau de licornes).

C’est dans le centre de formation qu’elle a rencontré mon père. Un homme charismatique, en instance de divorce. Il avait une fille de 12 ans et 20 ans de plus que ma mère. Elle s’en foutait. Elle est tombée amoureuse, lui a repéré un nouveau pigeon à plumer.

Elle s’est rapidement installée avec lui, bien qu’il ne soit pas encore officiellement divorcé. Il s’absentait souvent, soi-disant pour le travail, elle ne se posait pas trop de questions. Manipulateur, mon père avait très bonne réputation au travail et donc elle ne se méfiait pas. Il s’est rapidement fait aimer de la famille, soulagée que ma mère se case enfin.

En fait, il avait commencé à la plumer à peine quelques mois après leur rencontre.

Puis ma mère est tombée enceinte.  En congé maternité, elle peinait un peu seule, demandait de l’aide à mon père qui lui promettait la lune pour qu’elle patiente, et lui jetait trois sous de temps en temps pour endormir la méfiance.

Il interceptait les courriers et ma mère ne s’étonnait pas de ne rien recevoir, avec ses habitudes de baroudeuse, elle n’avait jamais beaucoup eu de courrier.

Elle a accouché seule malgré les promesses de mon père d’être là. Vous le savez peut-être, je suis née malade. Du pain-béni pour mon père, car du coup ma mère était souvent en déplacement sur Paris pour mon suivi (je suis née en Corrèze) et pouvait encore moins s’apercevoir de ce qui lui pendait au nez.

Ce qui a mis la puce à l’oreille de ma mère, c’est que mon père a mis beaucoup de temps pour me reconnaître. Près de quatre ans. Pendant près de quatre ans j’étais sans père officiel. A l’époque ma mère insistait pour qu’il fasse la démarche, sans savoir que ce temps me serait salvateur pour la suite.

Elle a fini par mettre son nez dans ses affaires, pour savoir ce qui pouvait lui prendre tant de temps au point qu’il oublie sans arrêt de se rendre à la mairie…

De fil en aiguille, les langues se sont déliées. S’il a divorcé de sa précédente femme, c’est parce qu’elle l’a demandé après qu’il l’ait escroquée jusqu’à la moelle. Elle a tenté de prévenir ma mère, mais il l’a menacée, elle et sa fille, et interceptait les courriers. Il a aussi escroqué des dizaines d’autres femmes, dont une qui a eu un enfant de lui trois mois après ma naissance, ainsi que des professionnels.

Le plus drôle c’est que mon père n’était même pas poursuivi puisque toutes les dettes étaient faites au nom des personnes qu’il escroquait. Les plaintes ont fini par se regrouper, c’est venu aux oreilles de ma mère qui s’est aperçue qu’elle avait plusieurs briques de dettes à son nom. Elle était complètement ruinée et endettée. Pour avoir fait confiance à un homme qu’elle aimait. Des centaines de milliers de francs dus principalement à des emprunts. Mon père avait été jusqu’à faire une fausse carte d’identité au nom de ma mère, avec une fausse photo, pour amener une complice dans les banques et la faire passer pour ma mère. Il a vendu sa voiture, ses objets de valeur, pendant qu’elle parcourait les hôpitaux pour ma santé. Il avait aussi escroqué un de mes oncles et une de mes tantes.

Le choc a été tel que ma mère n’était plus en état de s’occuper de moi. Elle m’a confiée à mon oncle. Celui qui avait été escroqué par mon père. Si vous me suivez depuis un certain temps, vous savez ce qui m’est arrivé là-bas.

La famille a tourné le dos à ma mère qui s’est retrouvée à la rue, plusieurs mois. Personne ne lui a tendu la main. Ses anciens amis se méfiaient d’elle à présent, comme si elle portait une étiquette de paria, elle, la naïve. A force d’acharnement, elle a fini par se trouver un petit logement social d’à peine 15m². Elle a demandé à me récupérer, mais les travailleurs sociaux et divers psychologues lui ont mis des bâtons dans les roues pendant encore plusieurs mois, avant de la déclarer apte à me reprendre. Elle était à peine remise, elle a récupéré une fille traumatisée par la maltraitance, dont le caractère avait totalement changé, et qui était plus en mauvaise santé que jamais. Et en plus de ça elle avait les travailleurs sociaux sur le dos, qui voulaient savoir pourquoi j’étais dans cet état, avec mon oncle qui niait avoir levé la main sur moi et se comportait en petit angelot qui avait déjà eu la bonté d’âme d’accueillir une gamine malade après ce que lui avait fait mon père…

La maltraitance n’a jamais été reconnue, malgré les cicatrices que j’ai portées pendant des années. Affaire sans suite. Je me suis lacéré le dos toute seule ? Visiblement oui.

Mais si mon caractère avait changé, celui de ma mère aussi. La procédure contre mon père s’éternisait, elle était loin d’être la seule victime, et loin d’être prioritaire pour les dédommagements. Pour vous donner une idée, je vais avoir 27 ans, elle n’a toujours pas été dédommagée. Mon père n’a jamais remboursé un centime à quiconque et est en liberté. Il n’a jamais mis les pieds en prison.

Ma mère a été reconnue innocente des dettes contractées, mais ça n’a pas empêché les banques de lui coller un interdit bancaire pendant 15 ans. Elle a essayé de le faire lever, sans succès. Elle a dû faire avec alors qu’elle n’y était pour rien.

Ma mère, la baroudeuse, si joyeuse, si ouverte d’esprit, est devenue complètement névrosée, paranoïaque, sexiste. Elle ne s’est plus jamais mise en couple et a toujours rejeté les déclarations des hommes avec mépris. Elle a même appris de mon père, car je l’ai vue en manipuler certains qui avaient des sentiments pour elle, juste pour obtenir des avantages. Elle a aussi pris de lui en vidant quasi-totalement mon compte en banque juste avant mes 18 ans « parce que je me suis toujours occupée de toi seule, tu me dois bien ça ». L’argent ne lui appartenait pas, c’était celui que mon grand-père m’avait laissé pour que je fasse de bonnes études.

Mon père ? Jamais une lettre, jamais un mot, et évidemment, aucune pension. Par contre, il a envoyé des lettres de menaces à ma mère pendant des années pour qu’elle se retire de la liste des plaignants. Des menaces de mort, envers elle et envers moi.

Par contre, il se souvenait de ma date de naissance, puisqu’à mes 18 ans j’ai eu la surprise de voir une demande de pension alimentaire de sa part. J’étais étudiante, je n’avais jamais bossé, même si j’avais voulu, je n’aurais pas pu lui verser quoi que ce soit. La justice a décrété qu’entre l’absence de pension alimentaire, le fait qu’il m’ait reconnue extrêmement tard, qu’il n’ait jamais cherché à me voir, je ne lui devais rien et ne lui devrai jamais rien, même lorsque je travaillerai et aurai une situation.

Voilà l’histoire de mes parents. A l’école, parler de ma situation familiale sur les fiches à remplir était un calvaire. Être enfant de divorcé était déjà difficile, mais bâtarde d’un escroc et d’une chômeuse (seule, ma mère ne pouvait pas à la fois travailler et s’occuper de moi) c’était la foire aux moqueries.

Parfois je comprends mieux ma mère, son comportement, après tout ce qu’elle a vécu, mais elle m’a aussi beaucoup fait payer le fait d’être la fille de mon père. Elle, et ma famille qui ne m’a jamais acceptée car à travers moi, ils le voyaient, lui. Ma tante m’a même un jour sorti (j’avais genre 12 ans) que je devrai lui rembourser ce que mon père lui a pris. Comme si j’étais coupable de ses actes.

Même mon ex, qui n’avait jamais connu mon père, se méfiait de moi. Je lui avais raconté mon histoire, dans un souci de transparence, mais entre un père escroc et une mère pas loin de l’escroc non plus je ne lui inspirais pas confiance. Pourtant je ne suis pas mes parents.

Aujourd’hui, je n’ai plus de nouvelles de mon père et tant mieux. Je sais juste qu’aux dernières nouvelles il était du côté de Limoges. J’évite les départements dans lesquels je sais qu’il a résidé. Avec ma mère, c’est plus difficile. A une époque j’ai cru parvenir à recoller les morceaux, puis elle s’est plongée dans la religion de manière extrême et j’ai du mal à lui parler. Elle rapporte tout à Dieu, fait du prosélytisme, et moi je suis profondément athée.

Mon père a détruit ma famille, qui même sans lui n’était déjà pas bien proche. Il m’a éloignée d’eux. Il a anéanti ma mère, et par extension, il m’a touchée aussi. J’ai été battue à cause de lui. J’ai grandi avec une névrosée à cause de lui. Et pour tout ça, pour toutes ces vies brisées (celles de ma famille, mais aussi tous les autres qu’il a escroqués), il n’a jamais payé. La justice l’a condamné, il ne paie pas, et il n’a jamais été arrêté. C’est beau la justice.

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

4 commentaires sur « L’histoire de mes parents »

    1. C’est aussi dingue de voir à quel point certains sont des as de la manipulation :/ c’est à travers l’exemple de mes parents que je comprends mieux les gens qui se font avoir par un pervers narcissique par exemple. C’est aussi grâce à cet exemple que je vois venir les escrocs à des kilomètres.
      Mais le plus dingue c’est surtout de voir que mon père n’est même pas inquiété pour tout ce qu’il a fait, qu’on le laisse en liberté et continuer ses magouilles !

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  1. Ton histoire est très touchante. Mais ce qui est encore plus triste, c’est que tu aies subi les conséquences des actes de ton père…

    C’est un peu ce que j’ai vécu avec ma mère. Elle a eu une mère qui ne voulait pas materner. Puis, dans ses enfants, elle a préféré l’aîné, un garçon. Une (grand-)mère pas aimante, pas maternelle. Pas méchante pour autant. C’est juste que ce n’était pas son truc. Et ma mère a reproduit ce schéma sur moi (elle n’a d’yeux que pour son fils et elle m’a rejeté). Et l’opinion que les gens ont de ma mère, ils ont le même pour moi alors que je suis totalement différente…

    C’est vraiment dommage que les gens puissent tout mélanger. Et surtout s’en prendre à des étrangers dans l’affaire, pire, des enfants…

    Aimé par 1 personne

    1. Ah ça pour avoir mélangé, les gens ont mélangé… c’est aussi pour ça que je refuse toute invitation aux repas de famille, le sujet revient toujours sur le tapis, et ils insistent bien sur les sommes qu’ils ont perdues en me regardant de travers, comme si j’y pouvais quelque chose ou que j’allais leur proposer de les rembourser… les enfants ne sont pas coupable des délits de leurs parents. Si je voulais atteindre le point Godwin je dirais que c’est comme dire que tous les allemands sont nazis à cause d’Hitler. C’est ridicule.
      Le seul moment où ma tante m’a traitée comme un être humain, c’est à l’enterrement de ma cousine, décédée lors des attentats du 13 novembre. Elle m’a dit « fait attention à toi, on ne veut pas te perdre aussi ». J’en étais limite choquée. Elle qui m’a dit plusieurs fois de me suicider vu tous les problèmes que j’engendrais !

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