Publié dans Une vie de rousse

Mais laissez-moi donc voter blanc !

A force de voir les Jean-Michel Morale et autres consorts se prenant pour des Chevaliers Blancs envahir la Toile, je me sens obligée de m’exprimer, moi, l’enflure qui va voter blanc.

Il est ridicule, on est d’accord

Je dois avouer que je suis profondément agacée par cette chasse aux sorcières qui dure depuis dimanche dernier. Cette culpabilisation ambiante. Tu ne votes pas, tu votes blanc, tu votes FN, t’es un nazi, point à la ligne. La réalité est, je suis désolée (en fait, non), bien plus complexe que ça.

Déjà, dès le début, il était évident que Macron était un deuxième candidat du pouvoir en place. Le PS devait bien se douter que les gens qui iraient voter à la primaire ne voteraient pas pour un candidat du PS « de droite » comme on a eu pendant cinq ans. Dès le début le gars part avec les médias dans la poche, les grandes pontes du PS le soutiennent ouvertement sans se faire exclure du parti (et on a même des types comme Valls qui le rejoignent pépouze malgré l’engagement écrit signé, sans conséquences, c’est normal). Bien joué, visiblement les gens n’y ont vu que du feu.

Ensuite on constate des irrégularités hallucinantes lors du premier tour, avec des dizaines de milliers d’électeurs radiés sans raison des listes électorales, des expatriés qui ne peuvent pas voter faute de bureaux de vote suffisants… et de l’autre côté dans les 500.000 électeurs qui eux se retrouvent avec deux cartes d’électeur, sans contrôle particulier « parce que la fraude est rare ». Et ça ne choque personne, pas plus que ça. Seuls les médias indépendants relaient un maximum, les autres concèdent quelques lignes au phénomène, sans remettre en question la légitimité de l’élection.

Donc tout ça, sincèrement, ne donne pas envie d’accepter l’élection telle qu’elle est actuellement. J’ai l’impression de m’être faite enfler par le système qui ne veut pas que les choses changent, j’ai l’impression de vivre une élection dont les dés étaient pipés dès le début. En même temps, vu les soutiens de Macron parmi le patronat, les grandes entreprises et compagnie, c’était, là encore, évident.

J’ai voulu croire que plutôt que préserver leurs petits privilèges, les gens se réveilleraient, comprendraient qu’il est nécessaire de passer par la transition écologique, pour éviter que leurs enfants qui toucheront leur héritage le dilapident en masques à oxygène ou en médicaments pour le petit dernier qui aura le cancer à 5 ans à force de bouffer du pesticide. Visiblement, non.

Les français m’ont déçue.

En réponse au premier tour, je pourrais revêtir mon armure étincelante de Chevalière anti-FN, comme ça je grappillerais plein de likes et de visibilité. Je serais portée aux nues comme exemple. Mais non.

Macron, c’est le type qui nous l’a mise bien profond lorsqu’il était au gouvernement. La Loi Macron, et toutes les manifestations qu’elle a entraînées, vous vous souvenez ? Vous y croyez vraiment, quand il vous dit qu’il n’a pas eu le choix ? Toutes ses saillies anti-chômeurs qui insinuaient bien cradement qu’ils cherchaient bien leur chômage pour rester chez eux à vivre sur le dos des autres ?

Macron, c’est le type qui a sorti face à deux grévistes : « Je n’ai pas de leçons à recevoir. Si vous ne voulez pas que la France soit bloquée, arrêtez de la bloquer ».

Macron, c’est le type qui a sorti, irrité de se voir mis en face des réalités par les grévistes : « Vous n’allez pas me faire peur avec votre tee-shirt. La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler« .

Macron, c’est le type dont un des soutiens qualifie un plan social de 300 licenciements d’anecdote.

Macron, c’est le type dont l’ancienne présidente du MEDEF se voit Première Ministre. Vous le sentez le beau traquenard ?

Vous le sentez le mépris envers les gens qui osent contredire sa précieuse petite personne ? Il a d’ailleurs réitéré le coup des leçons qu’il ne veut pas recevoir auprès d’un journaliste, le soir des élections : « Je n’ai pas de leçon à recevoir du petit peuple parisien« .

Macron, c’est le gars qui a fait partie du gouvernement qui a bashé les précaires et les chômeurs comme ce n’est pas permis, et qui a continué dans cette voie lors de sa campagne. C’est le type qui n’admet pas qu’on le contredise et qui se fout complètement des contestations. On a peur que le FN interdise les manifestations mais lui, il n’a pas vraiment l’air mieux, je vous signale.

Et à moi, précaire, chômeuse, on me demande de voter pour un gars qui me méprise jusqu’à la moelle et qui me mènera la vie dure pendant son quinquennat ? Qui visiblement n’y connaît rien au monde du travail (la radiation au bout de deux offres refusées dans votre branche, c’est déjà le cas, pour info) Vous êtes sérieux, à être si odieux ? De quel droit venez-vous, avec votre morale à deux balles, me demander de voter pour mon bourreau ? Avant d’insinuer que les chômeurs sont difficiles et ne cherchent pas assez, peut-être faudrait-il revoir le fonctionnement des institutions censées nous aider et qui en réalité sont d’une incompétence sans nom. Peut-être, aussi, faudrait-il jeter un oeil du côté des recruteurs qui demandent plusieurs années d’expérience en sortie d’école, ou qui font signer des contrats en apprentissage pour des jobs alimentaires qui ne mènent à rien. Peut-être faudrait-il jeter un œil sur les abus aux contrats aidés. Peut-être faudrait-il, au lieu de blâmer le pauvre, regarder si le problème ne vient pas d’ailleurs.

De plus, en tant qu’amoureuse des animaux, je ne peux décemment pas voter pour un gars qui veut rétablir les chasses présidentielles et qui n’a que mépris pour les défenseurs de la cause animale.

Les gens qui ont voté Macron, statistiquement, sont des gens qui ont déjà un travail, une situation. Des gens qui n’ont rien à perdre avec Macron, des gens qui probablement hochent la tête en souriant lorsque quelqu’un balance que les chômeurs sont tous des parasites profiteurs. Des gens qui pensent que les plans sociaux sont pour les autres, des gens qui peut-être participent au bashing général sur les réseaux sociaux depuis plusieurs années. Des gens qui OSENT me demander de les aider à conserver leur petite situation, leur petite société qui leur convient bien sans songer une seconde qu’en faisant ça, moi, je me coupe le pied. Mais ils s’en tapent.

Basher les chômeurs, les précaires, c’est socialement acceptable et accepté. Alors on doit fermer notre gueule et voter Macron, sinon on est des nazis.

Quand au Front National, je conchie tout autant leur programme. Si on s’en tient au programme seul, j’ai moins à craindre de Le Pen que de Macron, mais je me doute bien que derrière toute cette entreprise de dédiabolisation et de clins d’œil aux électeurs de Mélenchon se cache quelque chose de pas beau à voir. Le passif du parti, ses références sont à mes yeux une volonté de ne regarder que vers le passé, et non vers l’avenir. De diaboliser l’étranger plutôt que de regarder ce qui ne va pas dans notre pays. La solution aux problèmes de la France n’est pas là. Si je ne suis pas pour ouvrir nos frontières en grand, on ne peut pas non plus décemment dire aux gens d’aller crever ailleurs. Ni les parquer dans je ne sais quels camps de fortune en attendant de savoir quoi faire d’eux. Ni les renvoyer vers la mort, la torture, la guerre. On ne peut pas ne rien faire, surtout quand notre pays est, directement ou indirectement, responsable de la situation dans le pays d’origine des migrants.

Mais si je ne peux pas voter pour le FN, je ne peux pas non plus voter pour Macron. Je suis perdante dans les deux cas. Macron me rendra la vie impossible, mais je pourrai au moins me dire que je ne lui ai pas accordé mon approbation. Pareil pour Le Pen. J’ai l’impression que les gens se font pas mal de films à s’imaginer dans une dictature nazie si elle est élue. Son parti n’a pas le passif le plus rose du monde, mais sa montée est principalement due aux injustices de notre société… que Macron n’a pas l’intention de changer.

Le 7 mai, je voterai blanc. Et j’assume totalement mon choix, même s’il ne te plaît pas, mon cher Jean-Michel Morale. Je ne me compromettrai pas dans cette mascarade. Les gens qui ont amené Macron et Le Pen au deuxième tour les ont amenés parce qu’ils n’ont voté que pour leur gueule et non pour la France. Alors, qu’on ne vienne pas me parler d’égoïsme ou d’irresponsabilité.

Je serai présente aux législatives, et quel que soit le Président, je ferai tout pour l’empêcher d’appliquer son programme. La France que ces deux guignols proposent n’est pas la France que je veux.

Une France juste, une France qui jettera les lobbys dehors, une France leader dans le domaine de l’écologie et de l’humanisme, qui ne se fait dicter sa politique par aucun gros richou en costard.

Je le dis et je le répète : voter blanc, c’est voter blanc. C’est voter pour personne. Voter blanc permet de signifier que l’on s’intéresse aux élections mais qu’aucun candidat ne nous convient (là où une abstention peut-être considérée comme un désintérêt et non un rejet). Ne laissez pas les hérauts de la morale vous manipuler et influencer votre vote, votre manière d’exprimer votre désaccord. Nous avons le droit de voter comme nous le souhaitons. Et personne n’a son mot à dire là-dessus.

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

6 commentaires sur « Mais laissez-moi donc voter blanc ! »

  1. Voter blanc, tu n’y pense pas, mais tu ne fais pas barrage au FN, mais enfin, mais c’est comme voter pour eux enfin. En votant blanc tu donnes forcément ta voix à quelqu’un, bla bla bla (j’arrête là parce que c’est vraiment l’argument que je pige pas lol).

    Bref, je vote blanc aussi, sauf si je me fais lobotomiser d’ici là. Je suis pas à l’abri malheureusement de ce genre d’incident. Je crois que je peux reprendre tes arguments à mon compte. Tu as très bien exprimer ce que je pense également, dans tous les domaines : social, écologique, économique, …

    J’ajoute que Macron, c’est celui qui a traité des ouvriers d’illettrés. Une des nombreuses choses que je n’accepte pas. Et je suis sure que pas mal de sorties de ce type sont passées à l’as vu la lèche que lui font les médias.

    Je voterais blanc le 7 mai et ça veut dire que … je vote blanc quoi. Aucun des deux ne me convient, pour des raisons différentes, je ne veux donner ma voix à aucun d’eux donc je vote blanc.

    Aimé par 1 personne

  2. C’est marrant, on a eu ce débat-là avec une pote ! Et je lui disais que je ne voterai pas blanc parce que pour moi, ce qui est dommage c’est qu’il n’est pas reconnu. Et je voudrais qu’en plus de sa reconnaissance, on sache quelles mesures seront prises après sa reconnaissance. On reprend les autres contacts qui ont été éjectés lors du premier tour ? Ceux avec plus de voix ou tous ? Où on laisse les citoyens élire un candidat qu’ils auront choisi eux-mêmes et qui n’est pas forcément dans un parti ?
    Que se soit clair, je comprends ton vote blanc. Totalement. Je ne te fais pas la morale, bien au contraire. Le vote blanc devrait être pris en compte.

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    1. Le vote blanc n’est actuellement pas reconnu certes, mais un candidat élu avec un fort taux d’abstention et de votes blancs est bien plus fragilisé qu’un candidat élu à la majorité. Il sait qu’au premier échec on ne le ratera pas. Il sait qu’il n’aura pas la majorité aux législatives. Et surtout dans son discours d’investiture il ne pourra pas dire qu’on l’a choisi à l’unanimité. Le but est de lui faire comprendre qu’il n’était pas désiré ^^

      Aimé par 1 personne

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