Publié dans Une vie de rousse

« Vous coûtez trop cher à la société, Madame »

Aujourd’hui (07 juillet), c’était le grand jour, celui de mon rendez-vous à la MDPH afin de faire renouveler mes droits. Cette année, ils ont mis un temps fou à me donner rendez-vous (et ce, alors que j’avais coché la case pour avoir une procédure accélérée ne nécessitant pas ma présence, mais bon) et donc, je ne touchais déjà plus rien depuis avril.

La date tombait plutôt bien car elle était censée arriver après mes règles, mais bien évidemment, poisse oblige, mes règles sont arrivées avec plus d’une semaine de retard, et j’y ai donc eu droit. Problème, avec l’endométriose, les règles sont généralement trop douloureuses pour se permettre de vadrouiller dans la ville en pleine canicule, toute seule. Mon homme ne pouvait pas m’accompagner, étant donné qu’une grosse promo était à mettre en place à son boulot et que son chef (dont c’est le travail, à la base) ne savait pas l’installer.

J’hésitais à y aller, mais comme expliqué précédemment, je ne touche plus rien depuis avril et si je ne venais pas, ça voulait dire report de la commission, du rendez-vous, de plusieurs mois encore alors que j’ai désespérément besoin d’argent pour payer factures, soins et compagnie.

Je déteste dépendre d’un organisme mais puisqu’aucune entreprise ne veut m’embaucher durablement pour le moment, je n’ai pas le choix. Je devais avoir un poste cet été mais finalement la boîte n’a pas le budget. Les allocations, c’est une telle épée de Damoclès que je me demande comment on peut accuser les gens de préférer être allocataires plutôt que salariés… ce n’est pas une situation tenable. Bref.

Le jour J arrive, je suis bien obligée d’y aller. Prévisible cependant, avec la chaleur je fais un malaise dans le bus et vomis. Déjà que je ne déborde pas d’énergie pendant les règles, avec rien dans le ventre je suis encore plus apathique. Une dame, charitable, m’a accompagnée jusqu’à l’entrée de la MDPH, me demandant toutes les deux minutes si j’étais sûre de ne pas vouloir qu’elle appelle les urgences. Hélas, oui, j’en étais sûre. Même au plus mal je préfère encore prendre sur moi qu’attendre plusieurs mois supplémentaires sans revenus.

J’arrive à la MDPH en titubant, enchaînant les vertiges et je m’annonce. On me regarde froidement et on me dit d’attendre dans la salle d’attente. Là, je fais une crise de spasmophilie et me mets à convulser. Des femmes du personnel sont passées plusieurs fois pour aller se chercher de l’eau à la fontaine installée dans la salle d’attente, toutes m’ont vue convulser, aucune n’a réagi. Enfin si, une a eu un moment d’hésitation, m’a regardée, puis est repartie.

Le médecin finit par arriver au moment ou je m’écroule de ma chaise, et me dit de venir dans son cabinet. M’a-t-il aidée à me relever ? Non. J’essaie de prendre sur moi et je me relève, malgré mon corps tout engourdi, et je me traîne jusqu’à son cabinet avant de m’affaler sur la chaise qu’il me désigne. A peine assise, je sens une autre crise arriver, et je me remets à convulser. Quand je fais des crises du genre, elles s’accompagnent généralement d’une légère paralysie et du coup, je bave et m’en fous partout.

Le médecin lève à peine le nez de son dossier et me pose des questions. Mec, j’ai l’air d’être en état d’y répondre ? Moi pas bien, tout de suite là maintenant.

En voyant que je l’ignore, il soupire, m’aide à me relever pour me forcer à me rasseoir. Alors que j’étais encore toute raidie au niveau des jambes. Je lâche un couinement de douleur et là, son visage s’éclaire et il me fait : « Ah ben vous voyez que vous parlez ! ». Euh…

Il me laisse souffler deux minutes, j’essaie de respirer pour faire passer la crise, et lui continue de me bombarder de questions et de réflexions :

 » Vous redemandez l’AAH. Ca m’embête voyez-vous, car ce n’est pas un salaire, ça ne doit pas vous dispenser de travailler ». 

Non, sans rire ? Et vous croyez que je fais quoi tous les jours, en me connectant à Pôle Emploi, sur tous les autres sites, en rédigeant des lettres de motivation, en faisant des candidatures spontanées, en cherchant à me former afin de changer de voie et tenter une nouvelle carrière ? Vous croyez que je glande devant plus belle la vie, comme TF1 dépeint les chômeurs ?

« Je vous avais dit de vous orienter dans la compta. Pourquoi vous ne l’avez pas fait ? ». 

Ah, ben sans doute car Pôle Emploi que vous portez aux nues m’a refusé le financement et que je n’avais pas les 17.000 euros que demandait le GRETA pour la formation. Et que Pôle Emploi refuse systématiquement de financer les projets crédibles que je lui soumet. Et que les organismes censés aider les personnes handicapées à se former et à s’orienter ne sont pas plus utiles. Là j’en suis à faire une cagnotte pour me payer une reprise d’études parce qu’on me claque toutes les portes au nez.

Il m’a aussi culpabilisée d’avoir refusé de continuer dans mon ancienne entreprise, alors que ma chef refusait d’arrêter de fumer DANS LES LOCAUX alors que j’ai une maladie respiratoire et que j’étais dans un état de santé pitoyable après avoir subi sa clope pendant six mois. Selon lui le plus important c’est d’avoir un travail, tant pis pour le reste, ce n’est qu’un détail. Ah.

« Non mais naturopathe ce n’est pas un métier. Vous n’avez vraiment aucun plan de carrière ? ». 

Je t’emmerde, connard. (non, je n’ai pas dit ça, je suis quelqu’un de poli, sauf dans ma tête). Ma foi si le financement participatif échoue, non, je n’ai pas de plan de carrière. Je fais déjà le maximum pour trouver un emploi, quitte à rogner sur les aménagements nécessaires à ma santé. Je ne peux pas faire plus si on ne daigne pas m’ouvrir de portes.

Et puis là, j’ai senti une nouvelle crise de spasmophilie venir. Le médecin a levé les yeux au ciel et m’a dit qu’il abrégeait la consultation car je n’étais visiblement pas en état. Ah c’est maintenant que tu remarques coco ? Il ajoute ensuite qu’il allait demander le prolongement de l’AAH mais que je ne devais pas « prendre l’habitude d’être assistée au lieu de travailler ».

Purée, si je n’avais pas été si mal je lui aurais volé dans les plumes.

Et là il ajoute, posé : « Je vous aurais bien appelé un taxi ambulance pour rentrer, mais vous coûtez déjà suffisamment cher à la société, alors il va falloir faire un effort ».

Et il m’a laissée là.

Dans le couloir.

En train de convulser.

Personne n’en avait rien à secouer.

Je sais que je ne suis pas un modèle d’empathie, mais je pense que je suis mieux lotie que les gens de ce service… et après, c’est à moi que la psy dit d’aller se faire soigner car ce n’est pas normal de ne pas aimer les gens. Et vos collègues madame la psy, les collègues de votre service, ne devraient-ils pas aller se faire soigner aussi ? C’est normal de laisser quelqu’un dans cet état sans assistance ?

J’ai fini par m’asseoir (toujours dans le couloir), puis me relever. J’étais dans un état second, j’ai réussi à me traîner jusqu’au bus. Une vieille dame qui a compris que j’étais mal m’a accompagnée jusqu’à mon deuxième bus et j’ai pu rentrer. Il aurait pu m’arriver n’importe quoi sur le trajet. C’était visible que j’étais mal, du pain béni pour n’importe quel pickpocket, agresseur…

J’en ai  parlé un peu, on m’a dit que c’était de la maltraitance, mais j’en suis à me demander si une plainte aboutirait et surtout si ça ne me poserait pas préjudice à l’avenir… là le médecin a dit qu’il allait me renouveler, mais pour après ? Porter plainte ce ne serait pas un gros point noir pour les renouvellements suivants s’ils sont nécessaires ? J’ai peur qu’on me dise que j’exagère.

En fait, ça m’est déjà arrivé. Quand j’avais 20 ans et que j’étais en procédure contre la MDPH parce qu’une fois passée à l’âge adulte ils m’avaient supprimé toute reconnaissance et toute allocation. J’étais arrivée malade en commission, au point de vomir sur les chaussures du médecin, qui a immédiatement décrété que j’étais une comédienne. Ce jour là tout m’a été refusé et j’ai dû aller en appel pour obtenir gain de cause.

C’est déjà tellement difficile de se faire insulter de parasite à chaque renouvellement, par ce médecin qui à chaque fois me répète, comme un perroquet « l’AAH n’est pas un salaire, l’AAH n’est pas un salaire, ce n’est pas un dû, ne prenez pas l’habitude de ne pas travailler ! » sans jamais regarder les épais dossiers de preuves de recherche d’emploi que je lui amène à chaque fois pour montrer que non, je ne suis pas un parasite.

C’est tellement usant de dépendre de gens comme eux, qui n’ont pas le moindre respect ni la moindre empathie, qui ne savent pas reconnaître que les organismes vers lesquels ils nous envoient ne sont d’aucune aide.

Et puis j’ai envie de dire, si vraiment les handicapés coûtent si cher, pourquoi pratiquer l’acharnement thérapeutique ? Je fais partie de ces gens qui auraient dû mourir à la naissance. L’équipe médicale s’est acharnée sur moi. On me dit que l’AAH n’est pas un dû mais en attendant il y a un acharnement thérapeutique à assumer. Moi je n’ai pas demandé à vivre comme ça. Je n’étais pas viable. Aujourd’hui mes handicaps me posent problème pour avoir une carrière normale, ça fait trop peur au petit patron, il faut bien quelque chose pour me soigner, pour éviter d’être trop dépendante de mon homme qui selon la CAF est un richissime smicard (donc pas d’APL, pas de prime pour l’emploi, et rabotage sur mon AAH, alors qu’on vit à deux sur son salaire, c’est beau d’être un parasite). Et on me reproche ensuite de réclamer quelque chose pour vivre. Suis-je censée me suicider, c’est ça le message ?

J’ai vraiment envie que mon financement participatif fonctionne et qu’ensuite je puisse me lancer. Que plus jamais je n’aie à dépendre de ces gens. Si seulement.

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

20 commentaires sur « « Vous coûtez trop cher à la société, Madame » »

  1. De la maltraitance, de la non-assistance à personne en danger, le non-respect du serment d’Hypocrate, le sadisme de t’arroser de reproches alors que t’es en pleine crise… Là franchement ya du lourd !
    C’est tout bonnement inadmissible ! Ce doc ça doit le faire bander d’avoir le pouvoir décisionnaire de prolonger l’aide à des personnes handicapées ou de la leur sucrer !

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  2. C’est justement parce qu’ils reçoivent des handicapés qui en plus sont chômeurs qu’ils se permettent de se comporter comme ça. Ce côté: je t’infantilise à fond, tu n’es qu’un parasite et moi j’ai pouvoir de vie ou de mort sur toi (car ne nous mentons pas, sans argent on n’est rien), c’est purement scandaleux…

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    1. Oui c’est ça, à chaque fois que je le vois il me tacle sur mon chômage, comme quoi je le cherche, qu’il ne veut pas faire de moi une assistée.
      A chaque fois il me demande depuis combien de temps je touche l’AAH puis il fait une grimace bien ostentatoire qui dit tout…

      Aimé par 2 people

    1. Oui c’est exactement ça. Depuis que je le connais il me sort que je suis au chômage volontairement. Pourtant je lui en amène des dossiers de « preuves » (alors que je ne suis pas censée le faire) mais il ne les lit pas et balance son vomi haineux. Sauf quand mon homme m’accompagne, bizarrement.

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  3. Si j’ai bien compris c’est toujours le même médecin (le même connard méprisant qui abuse de sa position) que tu vois à la MDPH ? Pour la plainte, peut-être pourrais tu en parler à ton médecin traitant (le connard est médecin donc doit dépendre de l’ordre donc ….) ? Une plainte à l’Ordre c’est je crois moins « lourd » (et moins cher) qu’une plainte judiciaire.

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  4. Bonjour,
    c’est abusé déjà de voir l’indifférence s’installer un peu partout dans notre pays, pourtant notre culture n’est pas comme ça, dans notre éducation il me semble que l’on nous apprend à aider les personnes qui en ont besoin !
    On vit dans un monde étrange, quand je lis et je vois que même dans les structures dédiées aux handicaps, l’ignorance est maître mot, que le Médecin qui est censé par son serment déjà, mais bien au delà par sa fonction t’assister et qu’au contraire, il souffle, te juge « simulatrice »…
    C’est incroyable, je suis également en situation de handicap, et passé aussi devant ces messieurs remplit d’ignorance, se croyant supérieur parce qu’ils sont valides et surtout à cause du pouvoir de décision qu’ils ont entre leur main !
    Je voulais te rassurer un peu, il ne s’agit pas de sexisme, ils ont le même comportement avec un homme, et je peux raconter la même chose en présence de ma soeur qui l’a repris deux ou trois fois, le comportement est totalement différent !
    Ce qui est hilarant c’est que moi, 1m87 pour 110 kilos, je peux le reprendre, il va complètement ignorer mes mots, jusqu’à ma présence comme ci le handicap enlevait toutes crédibilités…
    Je me retrouve dans de multiples passages de ton témoignage, courage en souhaitant de tout coeur que ton projet te permette de trouver une indépendance financière courage

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  5. Coucou, j’arrive sur ton article et ça me coupe les pattes qu’on puisse te traiter de cette façon, surtout dans un environnement social où on est censé t’accompagner et certainement pas te regarder convulser sans rien faire. Sans déconner, c’est quoi leur problème ?
    Peux-tu déposer plainte à un organisme ou une Chambre qui gère la MDPH ? Au moins pour faire remonter cette information ?
    Quant au comportement de ce médecin qui n’en mérite certainement pas le nom, qu’il profite de sa fausse supériorité jusqu’au jour où un plus méchant que lui le remettra à sa place.
    Pis alors, pour le « vous coûtez trop cher », c’est la goutte d’eau. Ça va, ça sort pas direct de sa poche, on en paye tous des impôts, c’est le principe du système social français.
    Je ne sais pas si c’est le cas dans ta région, mais on m’a dit que par chez moi, la procédure d’appel était systématiquement en faveur de l’usager.
    Bref, désolée pour le pavé, j’suis enragée. Garde la tête haute !

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    1. J’ai envoyé un recommandé à la direction de la MDPH de mon département, on verra bien ce que ça fait. Ici ils ne sont pas très coulants, ce ne sont pas ses premières réflexions, ce ne seront sûrement pas les dernières. Je n’ai toujours pas le compte-rendu pour savoir si je suis renouvelée, en plus vacances d’été, et la CAF veut que je lui rembourse l’avance sur AAH, du coup. J’espère que je n’aurai pas à faire appel, je déteste les procédures.

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      1. Ca tombe en pleine période d’été, avec les effectifs réduits, ça va rendre les choses encore plus lentes que d’habitude (déjà que…). Pour les procédures, c’est vrai que c’est la grosse corvée et c’est usant pour le moral, mais si tu peux avoir gain de cause, il ne faut rien leur lâcher. Courage, j’espère que tu seras renouvelée rapidement.
        A bientôt,

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