Publié dans Littérature

Corée des villes, Corée des champs

corée des villes des champs

Ces derniers temps, je vous avoue que je ne suis pas régulière sur mes critiques de romans. Pourtant, j’en lis, mais je traverse une telle phase de fatigue que je n’ai pas le courage de chroniquer quoi que ce soit de manière sérieuse. Je préfère donc m’abstenir.

Cependant, j’ai été sélectionnée lors de l’opération Masse Critique Littératures de Babelio et j’ai reçu gratuitement le recueil de nouvelles Corée des villes, Corée des champs en échange d’une critique. Il est donc normal de tenter de me remotiver un peu !

J’aime énormément les livres traitant de la vie quotidienne à l’étranger, dans des pays à la culture très différente, si ce n’est opposée à la nôtre. Même s’il s’agit de fictions, elles laissent transparaître la mentalité des habitants du pays concerné, leurs difficultés, leur quotidien.

Mais pour être franche avec vous, j’ai énormément de mal à rédiger cette critique parce que si j’ai lu le livre rapidement, il ne m’a pas transcendée. Rien ne m’a marquée plus que ça. Il s’agit simplement de petites histoires de la vie quotidienne, qui mettent parfois en avant les différences de mentalité entre les habitants des villes et ceux des champs, mais sans plus.

Les Poncires 

Les Poncires raconte l’histoire d’une vieille dame qui décide, après une vie vécue en tant que paria de sa famille, loin de son grand amour (qui lui a préféré une autre), et après avoir vu son fils partir s’installer à l’étranger sans un regard, de voyager à travers le pays pour visiter les endroits dont elle a toujours rêvé.

Pour ce faire, elle recontacte son jeune neveu après plusieurs dizaines d’années de silences radio, afin qu’il l’aide à trouver un logement et qu’il la fasse visiter. N’osant pas contredire cette vieille dame autoritaire et décidée, il l’escorte, la promène à travers sa région, et elle lui raconte son histoire. La raison pour laquelle elle a été la paria de sa famille, pour avoir osé faire confiance à un homme qu’elle avait choisi et qui lui avait finalement menti, la déshonorant.

Elle lui raconte comment elle a vécu une demi-vie par la suite, se mariant par défaut, vivant par défaut, vivant pour les autres et jamais pour elle.

C’est une histoire, une de plus, une histoire de femme qui n’a pas vécu pour elle mais en fonction des autres. Et qui, même si ça ne se faisait pas, a décidé, à la fin de sa vie, de voir ce qu’elle n’a jamais pu voir, de manger ce qu’elle n’a jamais pu manger et qui lui faisait envie. Une femme qui vous dit de ne pas attendre avant de réaliser vos rêves, et que se libérer de traditions qui nous enferment ne peut pas être si mauvais.

La Lumière du Printemps 

C’est l’histoire d’un homme entre deux âges, qui retourne sans son village natal pour s’occuper de ses parents après avoir fait carrière en ville.

C’est aussi l’histoire d’un garçon sans arrêt blâmé par son père car rien n’était jamais suffisant pour lui. Les parents veulent toujours nous voir à la première place, mais manque de bol pour ce garçon, lui était un moyen. Il a donc toujours réussi moyennement, et mené une carrière moyenne. Ce que son père ne lui a jamais pardonné, lui qui voulait un fils brillant. Du coup, même à son âge, le garçon devenu homme continue de passer des concours, pour faire plaisir à son père. Concours qu’il rate toujours, trop moyen pour le niveau demandé.

Cependant, s’il revient se jeter dans la gueule du loup, c’est parce que son père est malade. Trop malade pour être assumé seul par sa mère qui culpabilise énormément de solliciter son fils.

Malgré leurs différends irréconciliables, le fils a de la peine pour son père, un homme si actif et travailleur (et qui se vantait de l’être), aujourd’hui à peine capable de marcher. Démence sénile.

L’homme se remémore ses souvenirs, toutes ses années perdues pour faire plaisir à son père, tout ça pour voir qu’on finit tous de la même façon.

C’est une histoire qui elle aussi nous montre qu’il faut vivre pour nous, et pas pour satisfaire les exigences des autres, même de nos parents.

La femme d’à côté

La femme d’à côté est une histoire dérangeante parce qu’elle met bien en avant le peu de considération de la société pour la femme. Et elle met bien le doute sur la folie supposée de la narratrice.

La narratrice est une femme tout à fait classique, qui a renoncé à sa carrière en se mariant, qui a eu un fils, et qui aujourd’hui est mère au foyer. Son mari lui fait souvent des reproches pour des broutilles, il est très condescendant et a peu d’estime pour sa femme. Et puis, une nouvelle voisine emménage. Une femme célibataire alors qu’elle n’est plus très jeune, une honte ! Après lui avoir copieusement craché dessus, le mari de la narratrice finit par l’accepter puisque qu’elle devient son amie.

Cependant, des phénomènes bizarres commencent à survenir, des objets disparaissent et brusquement réapparaissent là où on ne les attend pas. La narratrice croit perdre la tête, mais est-ce réellement sa faute ? De plus, son mari la trompe de manière évidente, mais elle se voile la face. La nouvelle voisine est d’un côté gentille avec elle, mais de l’autre, lui arrache sa famille petit à petit… et la pauvre narratrice en devient folle.

Norme Coréenne 

Celle là, c’est la nouvelle qui m’a le plus agacée. Pourquoi ? Parce que le narrateur désigne sans arrêt son épouse par « la femme dont le poids est passé de quarante-quatre à soixante-douze kilos » et semble obsédé par ça, le poids de sa femme, comme si ça conditionnait toute sa pensée.

Avant, sa femme était la petite amie de son rival, un militant. Lorsque le militant a fini en prison, il lui a pris sa petite amie et l’a épousée. Il ne cherche pas une seconde à se remettre en question, à comprendre pourquoi sa femme s’était « empâtée » après leur mariage, non, il la renvoie sans cesse à son poids.

C’est une histoire censée raconter le combat d’un militant écologiste rappelé par la dure réalité de la société de consommation, mais la muflerie du narrateur m’a fait passer à côté de cet aspect de l’histoire. Même lorsqu’il croit voir des extraterrestres, on se retrouve avec l’extrait suivant :

La quarantaine, cet « âge des certitudes » nous était agréable… Tu sais que je dis la vérité, toi qui me connais mieux que personne !  J’étais à mille lieues d’imaginer le contraire. Moi qui avais vu le poids d’une femme passer de quarante-quatre à soixante-douze kilos !

Bref, vous avez compris, la grossophobie du narrateur, dirigée vers son épouse, m’a copieusement agacée, beaucoup trop pour apprécier le message caché derrière l’histoire.

La boulangerie-pâtisserie de New York

La boulangerie-pâtisserie de New York raconte les souvenirs d’un homme dont les parents tenaient un commerce qui était au centre de leur vie. Ces fameux commerces familiaux qui fleurissaient à l’époque où la mondialisation et la rentabilité à tout prix n’avaient pas encore atteint nos sociétés. Ces commerces demandaient un énorme travail pour être rentables et parfois les enfants y participaient.

C’est le cas de l’auteur, dont la boulangerie l’a vu naître et qui a grandi au milieu de clients qu’il connaissait bien. Un commerce qui a permis de payer les études de trois enfants avant de succomber, malheureusement, à la concurrence de ces enseignes ouvertes H24 et dont les produits n’arrivent pas à la cheville de ceux fait-maison.

La parallèle peut très facilement être fait avec notre société : nos commerces locaux étouffent sous la concurrence de la grande distribution, nos restaurants terroir meurent devant les McDonald’s et compagnie. Nos compatriotes râlent devant le chômage alors qu’ils consomment des produits asiatiques, américains, qui ne profitent pas à la France…

Une guide des grottes de Séoul 

Cette nouvelle raconte l’histoire d’une étudiante qui travaille en tant que guide dans une grotte artificielle de Séoul. Cependant, on nous raconte plus sa vie quotidienne au sein du gosiwon dans lequel elle habite. C’est une jeune femme qui observe et écoute ses voisins, notamment sa voisine, avec qui elle fait connaissance avant d’apprendre qu’elle est en réalité folle.

C’est une histoire qui nous permet de voir que les gens ne sont pas forcément ce qu’ils prétendent être. Et on nous montre également ce qu’est la vie dans les gosiwon, des sorte de HLM, avec des chambres pas chères et une qualité inexistante.

Que dire de ce recueil ? 

C’est un peu compliqué de rédiger une critique dessus car c’est un livre qui raconte des histoires extrêmement simples. Il n’y a pas d’action, de rebondissements spéciaux, de grandes découvertes, c’est juste un recueil d’histoires de la vie quotidienne en Corée de la part d’auteurs nés dans les années 60-70, à l’époque où la Corée s’ouvrait à la mondialisation. On peut voir ainsi que les habitants étaient contents de toute cette modernité mais étaient également perplexes, car cela signifie renoncer à beaucoup de choses.

Ainsi, on peut mieux comprendre ces pays qui ont vécu de plein fouet l’ouverture à l’Occident sans être réellement préparés. On pense souvent à eux comme à des parodies de nos sociétés modernes : ils ont nos magasins, notre modèle économique, mais aussi leur propre mentalité, leurs propres goûts, qui se retrouvent niés. Le mélange n’est pas forcément compatible, en tous cas il nous paraîtrait étrange.

Je ne vous dirai pas que ce recueil est à lire absolument, car j’ai déjà lu beaucoup mieux sur la Corée. Mais il se lit facilement, convient aux personnes qui ne connaissent pas vraiment la Corée « moderne » et permet de se faire une petite idée de la société coréenne.

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Auteur :

Je suis une femme de 27 ans, blogueuse humeurs et emploi, cherchant à creuser son trou dans le monde du travail malgré son handicap.

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