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[Manga] Jeanne d’Arc – Chihiro Tamaki

J’ai l’impression que c’est le lot de beaucoup de personnages historiques : au bout d’un moment, on oublie le respect qu’on leur doit de par leurs actions, et on adapte leur histoire à la one again, sans trop se préoccuper de la fidélité à la réalité.

Je connais plutôt bien Jeanne d’Arc (façon de parler) car j’ai vécu la majeure partie de ma vie à Orléans dont une bonne partie des touristes viennent pour visiter la maison dans laquelle elle a séjourné à Orléans (qui est une reconstitution) ou pour les fêtes de Jeanne d’Arc (en grandissant, j’ai toujours déploré que la jeune fille choisie pour incarner Jeanne soit toujours issue d’une famille aisée). Son histoire comme les théories circulant à son sujet me sont familiers. Et puis, c’est l’une des saintes patronnes secondaires de la France, même si je ne suis pas croyante, cela signifie qu’elle a eu une influence majeure sur son histoire.

J’ai reçu le manga Jeanne d’Arc grâce à l’opération Masse Critique de Babelio. Je connaissais déjà une adaptation japonaise de Jeanne d’Arc via le manga Fate Apocrypha, dans lequel elle incarne le superviseur de la guerre du Graal et finit par y prendre part.

 

Le problème du genre manga, c’est qu’il rajoute une dose de kawaii alors que le personnage est sérieux. Une jeune fille de cette époque ne se serait jamais permise de parler à des hommes, qui plus est nobles, de cette manière. Jeanne était charismatique, suffisamment pour se faire entendre, mais si elle voulait être prise au sérieux et respectée elle avait probablement aussi une attitude douce, discrète, et non ce côté familier et exubérant qui lui a été donné dans le manga.

Après, c’est le souci du genre : j’imagine qu’un personnage sérieux, concentré, probablement un peu taciturne (pas par nature mais par obligation) ferait moins vendre qu’une figure enthousiaste. Du moins pour un personnage féminin, parce que bon nombre de personnages historiques masculins ont été dépeints de manière sérieuse sans que cela pose problème. Vous me direz, il existe aussi des personnages féminins badass, donc j’ai du mal à comprendre le choix de ce caractère pour Jeanne. C’est une toute jeune femme des années 1400, pas une adolescente moderne. C’est un peu étrange de la voir enjouée, exubérante, et puis deux cases plus loin de la voir prier, comme si l’auteur s’était soudain rappelé qu’il s’agissait d’une figure historique et non d’une lycéenne.

Cependant, son histoire, dans les grandes lignes, a été plutôt bien respectée. Le rythme de l’histoire est rapide mais ce n’est pas choquant pour un manga en one-shot. On y suit les étapes les plus connues du périple de Jeanne, de son insistance pour se faire recevoir par le capitaine de Baudricourt, en passant par ses victoires, le sacre du roi de France, et sa capture. J’ai trouvé que ses conditions de détention ont été édulcorées : elle n’a certes pas été soumise à la question, mais elle a été menacée, très probablement malmenée, peut-être violée. Elle ne s’est pas contentée de brailler dans sa cellule…

J’ai beaucoup apprécié aussi le petit instant histoire à la fin du manga, dans lequel les faits historiques sont retranscrits, dans leurs grandes lignes, et l’auteur explique certains de ces choix, donne des explications possibles aux choix d’autres personnages, comme par exemple les raisons pour lesquelles le roi a « abandonné » Jeanne au lieu de payer sa rançon. Il parle aussi des raisons politiques de la réhabilitation de Jeanne : en effet, si son procès n’avait pas été révisé, alors le roi aurait été intronisé par une sorcière, ce qui n’était pas envisageable.

Le manga parle également de la prophétie comme quoi une pucelle restaurerait la France. C’est une prophétie fréquemment utilisée et déformée dans les fictions, sans qu’on en sache réellement l’origine. Elle vient en réalité d’une femme, Marie Robine, décédée en 1399, qui a prophétisé après une guérison de sa paralysie. Elle entendait également des voix. Lors de ces visions, elle raconta  que des êtres célestes venaient lui présenter des armes et des armures « pour bouter les Anglois hors de France ». Mais ce rôle ne lui était point réservé, il serait attribué à une pucelle qui viendrait après elle. Rôle qui fut attribué à Jeanne d’Arc, qui n’était pas encore née.

Jeanne d’Arc est un personnage controversé, car elle est connue pour avoir entendu des voix et pour nous, forcément, cela signifie qu’elle était complètement folle. Cependant, qu’elle ait été folle, qu’elle ait réellement entendu des voix (après tout, pour quelqu’un de fou, ces voix sont réelles) ou non, ce qu’elle a fait pour la France, l’impulsion qu’elle a donné pour redonner courage et puissance aux troupes, c’est quelque chose qu’on ne peut pas nier et pour quoi, j’imagine, nous devons être reconnaissants. Sans Jeanne, la France ne serait clairement pas ce qu’elle est maintenant. Est-ce qu’elle aurait été meilleure, ou pire ? On ne le saura jamais.

Je donne à ce manga la note de 3/5, car si les faits historiques sont assez bien respectés, le caractère donné à Jeanne ne lui correspond absolument pas. Lorsqu’on veut représenter un personnage historique de cette importance, il est préférable de s’affranchir des codes du kawaii. C’est incompatible.

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Un loup pour l’homme, de Brigitte Giraud

Dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire de Price Minister, j’ai reçu le livre Un loup pour l’homme, de Brigitte Giraud à chroniquer. En raison de quelques couacs d’organisation je l’ai reçu assez tard et donc, je publie ma chronique en retard, malheureusement.

Date de parution : 23/08/2017

ISBN : 9782081389168

Éditeur : Flammarion

Genre : Littérature française

Pages : 250

Synopsis : 

Printemps 1960.
Antoine est appelé pour l’Algérie au moment où Lila, sa toute jeune femme, est enceinte. Il demande à ne pas tenir une arme et se retrouve infirmier à l’hôpital militaire de Sidi-Bel-Abbès. Ce conflit, c’est à travers les récits que lui confient jour après jour les « soldats en pyjama » qu’il en mesure la férocité. Et puis il y a Oscar, amputé d’une jambe et enfermé dans un mutisme têtu, qui l’aimante étrangement. Avec lui, Antoine découvre la véritable raison d’être de sa présence ici : « prendre soin ». Rien ne saura le détourner de ce jeune caporal, qu’il va aider à tout réapprendre et dont il faudra entendre l’aveu. Pas même Lila, venue le rejoindre. 

Mon avis sur ce roman : 

Alors avant toute chose, je pense qu’il est important de préciser que je me suis renseignée à droite à gauche avant de rédiger ma critique, et j’ai lu qu’il ne s’agit pas d’un simple roman mais d’une « autobiographie romancée » de la famille de l’auteur qui est d’origine algérienne. Les personnages d’Antoine et de Lila représentant ses parents. Elle a mis du temps avant de sortir ce livre car son père refusait de parler de la guerre d’Algérie à sa fille, ce qui peut se comprendre.

La guerre d’Algérie tient également une grande place dans la vie de mon homme, car son père a connu cette guerre (oui, mon homme a été conçu par un père qui avait plus de 50 ans) et lui a raconté beaucoup de détails qui ne figurent pas dans les livres d’histoire. On parle beaucoup des français comme étant les « méchants » mais les actes cruels, horribles, venaient des deux camps. Je n’ai pas connu mon beau-père, décédé avant que je ne rencontre mon homme, mais j’ai eu l’occasion de bénéficier de son expérience via mon homme, parlant notamment des algériens qui n’hésitaient pas à couper les seins de leurs femmes pour les clouer aux portes ou à envoyer leurs gosses dans les camps français avec des ceintures de bombes. Il voulait que les gens sachent que les français n’étaient pas les seuls à se comporter de manière horrible. Je l’écris ici, pour ce que ça vaut. Les gens se feront leur propre opinion. Une guerre, ce n’est pas seulement les gentils et les méchants, ce sont deux camps prêts à tout pour gagner.

En ce qui concerne le roman en soi, je vais être franche avec vous : je n’ai pas réussi à le finir. Non pas parce que l’histoire est inintéressante, au contraire, mais parce que je n’accroche vraiment pas à la plume de l’auteur. Le style me rebute. Je suis vraiment réfractaire aux romans écrits avec une plume longue, lente, qui se veut poétique mais qui à mes yeux s’attarde juste inutilement sur les détails.

Antoine se retrouve embarqué dans une guerre dont il ne sait pas grand chose, dont il ne voit pas réellement l’utilité, l’enjeu. Il est amoureux de Lila et pense sans cesse à elle. Il s’attache à un mutilé de guerre. Au bout d’un moment je pense qu’on a compris. Les sentiments d’Antoine sont tellement décrits que j’ai l’impression de mieux le connaître que moi-même. Certains aiment les plumes archi-détaillées, moi pas, malheureusement, car j’aurais aimé lire le roman jusqu’au bout. Mais à chaque fois que je l’ouvre, je lis trois pages et je le referme en soupirant bruyamment. Je suis trop insensible à la poésie des sentiments.

L’histoire est racontée de manière à la fois détaillée et pudique. Mais la rythmique du roman est globalement très longue, et je trouve que ces longueurs n’apportent pas grand chose au récit en soi. J’ai eu l’impression que l’auteure cherchait à écrire beaucoup avec peu d’éléments.

Le récit est divisé en trois grands chapitres : on suit d’abord Antoine, puis sa femme Lila, et enfin le blessé qui attire tant Antoine, Oscar. Ainsi, on a plusieurs points de vue différents et on ne suit pas le même narrateur. Le point de vue de Lila a été le seul que j’ai réussi à terminer, je ne sais pas pourquoi, je l’ai trouvé bien meilleur que les deux autres. Lisible sans avoir eu l’impression de m’éterniser dans des longueurs.

Sincèrement, c’est une histoire qui vaut le coup si on est capable de lire un livre avec ce genre de plume. L’histoire racontée reste un témoignage poétique sur la guerre d’Algérie, un héritage familial probablement très important pour l’auteure qui veut que l’expérience de ses parents puisse faire réfléchir d’autres générations (j’ai moi-même déjà envisagé d’écrire quelque chose sur le franquisme que mes grands-parents ont connu, c’est important, pour éviter que ça se perde). Et les témoignages, de préférence directs, sont ce que l’on peut trouver de plus précieux sur les horreurs de la guerre. Sur ces générations d’hommes et de femmes qui ont perdu leur innocence, leur joie de vivre, pour des guerres qui souvent ne les concernaient pas directement.

Pour ma part je vais donner le livre à ma bibliothèque de quartier afin que d’autres puissent en bénéficier, qui sauront l’apprécier mieux que moi.

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Corée des villes, Corée des champs

corée des villes des champs

Ces derniers temps, je vous avoue que je ne suis pas régulière sur mes critiques de romans. Pourtant, j’en lis, mais je traverse une telle phase de fatigue que je n’ai pas le courage de chroniquer quoi que ce soit de manière sérieuse. Je préfère donc m’abstenir.

Cependant, j’ai été sélectionnée lors de l’opération Masse Critique Littératures de Babelio et j’ai reçu gratuitement le recueil de nouvelles Corée des villes, Corée des champs en échange d’une critique. Il est donc normal de tenter de me remotiver un peu !

J’aime énormément les livres traitant de la vie quotidienne à l’étranger, dans des pays à la culture très différente, si ce n’est opposée à la nôtre. Même s’il s’agit de fictions, elles laissent transparaître la mentalité des habitants du pays concerné, leurs difficultés, leur quotidien.

Mais pour être franche avec vous, j’ai énormément de mal à rédiger cette critique parce que si j’ai lu le livre rapidement, il ne m’a pas transcendée. Rien ne m’a marquée plus que ça. Il s’agit simplement de petites histoires de la vie quotidienne, qui mettent parfois en avant les différences de mentalité entre les habitants des villes et ceux des champs, mais sans plus.

Les Poncires 

Les Poncires raconte l’histoire d’une vieille dame qui décide, après une vie vécue en tant que paria de sa famille, loin de son grand amour (qui lui a préféré une autre), et après avoir vu son fils partir s’installer à l’étranger sans un regard, de voyager à travers le pays pour visiter les endroits dont elle a toujours rêvé.

Pour ce faire, elle recontacte son jeune neveu après plusieurs dizaines d’années de silences radio, afin qu’il l’aide à trouver un logement et qu’il la fasse visiter. N’osant pas contredire cette vieille dame autoritaire et décidée, il l’escorte, la promène à travers sa région, et elle lui raconte son histoire. La raison pour laquelle elle a été la paria de sa famille, pour avoir osé faire confiance à un homme qu’elle avait choisi et qui lui avait finalement menti, la déshonorant.

Elle lui raconte comment elle a vécu une demi-vie par la suite, se mariant par défaut, vivant par défaut, vivant pour les autres et jamais pour elle.

C’est une histoire, une de plus, une histoire de femme qui n’a pas vécu pour elle mais en fonction des autres. Et qui, même si ça ne se faisait pas, a décidé, à la fin de sa vie, de voir ce qu’elle n’a jamais pu voir, de manger ce qu’elle n’a jamais pu manger et qui lui faisait envie. Une femme qui vous dit de ne pas attendre avant de réaliser vos rêves, et que se libérer de traditions qui nous enferment ne peut pas être si mauvais.

La Lumière du Printemps 

C’est l’histoire d’un homme entre deux âges, qui retourne sans son village natal pour s’occuper de ses parents après avoir fait carrière en ville.

C’est aussi l’histoire d’un garçon sans arrêt blâmé par son père car rien n’était jamais suffisant pour lui. Les parents veulent toujours nous voir à la première place, mais manque de bol pour ce garçon, lui était un moyen. Il a donc toujours réussi moyennement, et mené une carrière moyenne. Ce que son père ne lui a jamais pardonné, lui qui voulait un fils brillant. Du coup, même à son âge, le garçon devenu homme continue de passer des concours, pour faire plaisir à son père. Concours qu’il rate toujours, trop moyen pour le niveau demandé.

Cependant, s’il revient se jeter dans la gueule du loup, c’est parce que son père est malade. Trop malade pour être assumé seul par sa mère qui culpabilise énormément de solliciter son fils.

Malgré leurs différends irréconciliables, le fils a de la peine pour son père, un homme si actif et travailleur (et qui se vantait de l’être), aujourd’hui à peine capable de marcher. Démence sénile.

L’homme se remémore ses souvenirs, toutes ses années perdues pour faire plaisir à son père, tout ça pour voir qu’on finit tous de la même façon.

C’est une histoire qui elle aussi nous montre qu’il faut vivre pour nous, et pas pour satisfaire les exigences des autres, même de nos parents.

La femme d’à côté

La femme d’à côté est une histoire dérangeante parce qu’elle met bien en avant le peu de considération de la société pour la femme. Et elle met bien le doute sur la folie supposée de la narratrice.

La narratrice est une femme tout à fait classique, qui a renoncé à sa carrière en se mariant, qui a eu un fils, et qui aujourd’hui est mère au foyer. Son mari lui fait souvent des reproches pour des broutilles, il est très condescendant et a peu d’estime pour sa femme. Et puis, une nouvelle voisine emménage. Une femme célibataire alors qu’elle n’est plus très jeune, une honte ! Après lui avoir copieusement craché dessus, le mari de la narratrice finit par l’accepter puisque qu’elle devient son amie.

Cependant, des phénomènes bizarres commencent à survenir, des objets disparaissent et brusquement réapparaissent là où on ne les attend pas. La narratrice croit perdre la tête, mais est-ce réellement sa faute ? De plus, son mari la trompe de manière évidente, mais elle se voile la face. La nouvelle voisine est d’un côté gentille avec elle, mais de l’autre, lui arrache sa famille petit à petit… et la pauvre narratrice en devient folle.

Norme Coréenne 

Celle là, c’est la nouvelle qui m’a le plus agacée. Pourquoi ? Parce que le narrateur désigne sans arrêt son épouse par « la femme dont le poids est passé de quarante-quatre à soixante-douze kilos » et semble obsédé par ça, le poids de sa femme, comme si ça conditionnait toute sa pensée.

Avant, sa femme était la petite amie de son rival, un militant. Lorsque le militant a fini en prison, il lui a pris sa petite amie et l’a épousée. Il ne cherche pas une seconde à se remettre en question, à comprendre pourquoi sa femme s’était « empâtée » après leur mariage, non, il la renvoie sans cesse à son poids.

C’est une histoire censée raconter le combat d’un militant écologiste rappelé par la dure réalité de la société de consommation, mais la muflerie du narrateur m’a fait passer à côté de cet aspect de l’histoire. Même lorsqu’il croit voir des extraterrestres, on se retrouve avec l’extrait suivant :

La quarantaine, cet « âge des certitudes » nous était agréable… Tu sais que je dis la vérité, toi qui me connais mieux que personne !  J’étais à mille lieues d’imaginer le contraire. Moi qui avais vu le poids d’une femme passer de quarante-quatre à soixante-douze kilos !

Bref, vous avez compris, la grossophobie du narrateur, dirigée vers son épouse, m’a copieusement agacée, beaucoup trop pour apprécier le message caché derrière l’histoire.

La boulangerie-pâtisserie de New York

La boulangerie-pâtisserie de New York raconte les souvenirs d’un homme dont les parents tenaient un commerce qui était au centre de leur vie. Ces fameux commerces familiaux qui fleurissaient à l’époque où la mondialisation et la rentabilité à tout prix n’avaient pas encore atteint nos sociétés. Ces commerces demandaient un énorme travail pour être rentables et parfois les enfants y participaient.

C’est le cas de l’auteur, dont la boulangerie l’a vu naître et qui a grandi au milieu de clients qu’il connaissait bien. Un commerce qui a permis de payer les études de trois enfants avant de succomber, malheureusement, à la concurrence de ces enseignes ouvertes H24 et dont les produits n’arrivent pas à la cheville de ceux fait-maison.

La parallèle peut très facilement être fait avec notre société : nos commerces locaux étouffent sous la concurrence de la grande distribution, nos restaurants terroir meurent devant les McDonald’s et compagnie. Nos compatriotes râlent devant le chômage alors qu’ils consomment des produits asiatiques, américains, qui ne profitent pas à la France…

Une guide des grottes de Séoul 

Cette nouvelle raconte l’histoire d’une étudiante qui travaille en tant que guide dans une grotte artificielle de Séoul. Cependant, on nous raconte plus sa vie quotidienne au sein du gosiwon dans lequel elle habite. C’est une jeune femme qui observe et écoute ses voisins, notamment sa voisine, avec qui elle fait connaissance avant d’apprendre qu’elle est en réalité folle.

C’est une histoire qui nous permet de voir que les gens ne sont pas forcément ce qu’ils prétendent être. Et on nous montre également ce qu’est la vie dans les gosiwon, des sorte de HLM, avec des chambres pas chères et une qualité inexistante.

Que dire de ce recueil ? 

C’est un peu compliqué de rédiger une critique dessus car c’est un livre qui raconte des histoires extrêmement simples. Il n’y a pas d’action, de rebondissements spéciaux, de grandes découvertes, c’est juste un recueil d’histoires de la vie quotidienne en Corée de la part d’auteurs nés dans les années 60-70, à l’époque où la Corée s’ouvrait à la mondialisation. On peut voir ainsi que les habitants étaient contents de toute cette modernité mais étaient également perplexes, car cela signifie renoncer à beaucoup de choses.

Ainsi, on peut mieux comprendre ces pays qui ont vécu de plein fouet l’ouverture à l’Occident sans être réellement préparés. On pense souvent à eux comme à des parodies de nos sociétés modernes : ils ont nos magasins, notre modèle économique, mais aussi leur propre mentalité, leurs propres goûts, qui se retrouvent niés. Le mélange n’est pas forcément compatible, en tous cas il nous paraîtrait étrange.

Je ne vous dirai pas que ce recueil est à lire absolument, car j’ai déjà lu beaucoup mieux sur la Corée. Mais il se lit facilement, convient aux personnes qui ne connaissent pas vraiment la Corée « moderne » et permet de se faire une petite idée de la société coréenne.

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[TAG] de A à Z

Après avoir cliqué sur le titre, vous devez vous demander ce que j’ai bien pu pondre encore. En fait, ça ne vient pas de moi. J’ai découvert ce tag sur le blog d’Angie, c’est un exercice repris régulièrement sur les chaînes booktube et que j’ai trouvé plutôt intéressant. Il force à se creuser un peu la cervelle !

A pour Auteur : Auteur dont tu as lu le plus de livres 

Alors je crois que ça doit se jouer entre Christian Jacq et Juliette Benzoni, je serais incapable de les départager.

B pour Best : la meilleure « suite » de série 

Je pense qu’on peut caler Le Trône de Fer de George Martin.

C pour Current, lecture en cours 

Je lis Orgueil et Préjugés, illustré par Margaux Motin.

D pour Drink, la boisson qui accompagne tes lectures

Je n’ai pas de boisson spécifique, un verre d’eau ou éventuellement un thé.

E pour e-book : e-books ou romans papier ? 

Clairement romans papier. Je ne passe par les e-books que lorsque la série compte trop de tomes pour être tous achetés ou que ma bibliothèque n’a pas la suite de mon roman en cours.

F pour Fictif : Un personnage fictif avec lequel tu serais sortie au lycée 

Alors au lycée je fantasmais plus sur des personnages de série que de romans. A la rigueur je dirais le prince Caspian, du monde de Narnia.

G pour « Glad » – Un roman auquel tu es contente d’avoir donné une chance. 

Les Chroniques Lunaires. Je ne suis pas du tout cyberpunk à la base et pourtant ça m’a énormément plu.

H pour « Hidden » – Un roman que tu considères comme un joyau caché. 

Le Palais des Illusions, de Chitra Banerjee Divarakuni. J’ai découvert ce roman dans la box Exploratology et bon sang, je ne me lasse pas de le relire. Une pépite de réécriture d’un mythe indien.

I pour « Important » – Un moment important dans ta vie de lectrice. 

Je n’ai aucun moment en particulier. Il faut dire que je n’ai jamais été courir les dédicaces ou les avant-première. Je n’ai donc jamais rencontré mes auteurs favoris ni obtenu de dédicace. Enfin si, j’ai un roman de Bernard Werber dédicacé, mais c’est une amie qui me l’a fait dédicacer pour me l’offrir. Il y a très longtemps.

J pour « Juste » – Le roman que tu viens juste de finir. 

Morwenna, de Jo Walton.

K pour « Kind » – Le genre de romans que tu ne liras jamais. 

Il ne faut jamais dire jamais, mais je ne me dirige clairement pas vers les romances ou les livres érotiques, ça ne m’intéresse pas du tout.

L pour « Long » – Le roman le plus long que tu aies jamais lu. 

Le Seigneur des Anneaux ! Le pire c’est qu’à l’époque j’étais tellement perdue, trop jeune pour lire ça. Mais les films m’avaient tellement plu !

M pour « Major » – Le roman qui t’a causé le plus gros « book hangover » (« trop plein » livresque – tu ne pouvais plus rien lire après ça)

J’ai eu ça après le dernier tome du Trône de Fer, je m’étais jetée dessus et résultat, après, j’ai fait une grosse pause !

N pour « Nombre » – Le nombre de bibliothèques (meubles) que tu possèdes. 

Une seule hélas, je manque énormément de place dans mon appartement. Du coup mes dernières acquisitions finissent dans des cartons ou des sacs en attendant de leur trouver une place plus digne d’eux.

O pour « One » – Un roman que tu as lu plusieurs fois. 

Toute la saga Harry Potter. Narnia aussi.

P pour « Préféré » – Ton endroit préféré pour lire. 

N’ayant pas énormément de place dans mon appartement, si je ne veux pas me péter le dos je n’ai qu’un seul choix, mon fauteuil de bureau !

Q pour « Quote » – Une citation, d’un livre que tu as lu, qui t’inspires ou qui te fait ressentir plein d’émotions. 

Quand Harry, après avoir pris l’Avada Kedavra de Voldemort, voit Dumbledore dans son esprit et qu’il lui dit : « Bien sûr que ça se passe dans ta tête Harry, mais pourquoi faudrait-il en conclure que ce n’est pas réel ?« . J’étais dans une période pendant laquelle je me réfugiais beaucoup dans ma tête et mes fictions pour tenir le coup, et ça m’avait marquée.

R pour « Regret » – Un regret de Lecteur. 

Celui de ne pas avoir assez d’argent pour posséder toutes les pépites que j’ai pu lire …

S pour « Série » – Une série que tu as commencée mais jamais finie (et dont tous les livres sont sortis). 

Wicca, de Cate Tiernan.

T pour « Trois » – Trois de tes livres préférés de tous les temps.

Alors déjà Harry Potter, de J. K. Rowling, évidemment. Toute la saga, on choisit pas.

Ensuite Les Chroniques Lunaires, de Marissa Mayer.

Enfin Le Trône de Fer, de George Martin (en espérant qu’il finisse sa saga un jour)

U pour « Unapologetic » – Quelque chose/Quelqu’un pour lequel tu n’éprouves absolument aucun remords d’être fan(girl). 

Stannis Baratheon, du Trône de Fer. Celui du livre, évidemment, pas de la série.

V pour « Very » – Un roman dont tu attends la sortie avec grande impatience, plus que celle des autres. 

La sortie de The Winds of Winter, bordel, Martin, ÉCRIS TA PUTAIN DE SUITE !!!! (désolée, j’avais besoin de crier)

W pour « Worst » – Ta pire habitude livresque. 

Perdre tous mes marque-pages 😦

X pour « X » – Commence à compter en haut à gauche de ton étagère (la plus proche) et prends le 10ème livre. 

Le Sorceleur, d’Andrzej Sapkowski, tome 7

Y pour « Your » – Ton dernier livre acheté. 

Celui dont j’ai reçu la contrepartie il y a quelques jours, Orgueil et Préjugés, édition illustrée par Margaux Motin.

Z pour « ZzZ » – Le livre qui ta volé ton ZzZ (le dernier livre qui t’a tenue éveillée bien trop tard la nuit). 

Mon homme se couche tôt donc moi aussi, pour ne pas le déranger, et donc ça fait trèèèèèès longtemps qu’aucun livre ne m’a tenue éveillée toute la nuit.

Bref, bref, voilà, je me suis bien creusé les méninges et je me rends compte que j’ai pas mal de best-sellers dans ma liste, mais il faut dire qu’ils m’ont marquée avant le reste. J’ai au moins la fierté d’avoir connu le Trône de Fer pendant mon adolescence, bien avant le succès de la série ! 😛

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Chroniques lunaires, de Marissa Meyer : bienvenue chez les princesses cyborg

Date de parution : 7 mars 2013 (pour l’édition française PKJ)

ISBN : 2823812091

Éditeur : PKJ

Genre : Science-fiction, steampunk, conte revisité

Pages : 413

Synopsis : 

Les humains et les androïdes se pressent dans les rues bruyantes de la Nouvelle-Pékin. Une peste mortelle ravage la population. Depuis la lune, un peuple sans pitié observe la situation, en attendant de passer à l’attaque… Personne ne sait que le sort de la Terre ne dépend que d’une seule fille… Cinder est un cyborg, une mécanicienne très douée. Citoyenne de seconde classe, elle a un passé mystérieux, et vit avec ses désagréables belle-mère et belles-sœurs. Sa rencontre avec le prince Kai va la précipiter au cœur d’une lutte intergalactique. Partagée entre le devoir et la liberté, la loyauté et la trahison, elle doit découvrir les secrets de son passé, afin de protéger l’avenir de son monde.

Mon avis sur le roman : 

L’idée d’un énième conte de fées revisité ne me branchait pas plus que ça, mais l’enthousiasme avec lequel Angie parlait de cette saga m’a donné envie d’y jeter un œil. Pourtant, je ne suis pas adepte du steampunk, même si j’apprécie beaucoup la SF. Mais bon, il faut savoir sortir un peu des sentiers battus. Eh bah j’ai pris une belle claque !

Si la saga compte plusieurs tomes, je ne vais vous parler ici que du premier. Les livres revisitent l’histoire des princesses de contes de fées en commençant par notre chère Cendrillon. Sauf que Cendrillon, enfin, Cinder, ne risque pas de perdre sa pantoufle de verre : c’est un Cyborg, et elle peut carrément enlever son pied. Les cyborgs ne sont pas considérés comme des êtres humains, et ce même lorsqu’il s’agit d’humains avec quelques gadgets en plus. C’est le cas de Cinder, humaine à la base, à qui des membres cybernétiques ont été implantés après un accident.

Son père adoptif étant décédé, elle vit avec sa belle-mère et des deux belles-sœurs, qui l’exploitent bien comme il faut, d’autant plus que c’est une excellente mécanicienne. Elle tente de tirer son épingle du jeu, mais éternelle mineure aux yeux de la loi, elle n’a pas énormément de possibilités. Cependant, une rencontre inattendue avec un prince très sympa (et peu farouche) va la propulser droit dans les petites intrigues du gouvernement.

En effet, le peuple de la Lune, particulièrement agressif, a bien envie de mettre la main sur le prince et déclarer la guerre. Ces luniens sont d’ailleurs dotés d’un magnétisme puissant qui leur permet de plier les gens à leur volonté. Un beau cheat code qui a malgré tout quelque faiblesses que Cinder compte bien exploiter pour sauver le prince et l’alliance terrestre d’une guerre qui serait beaucoup trop coûteuse en vies humaines, surtout avec l’épidémie de peste qui ravage la population.

Sincèrement, c’est une claque. Je m’attendais à une petite romance Disney-like et je me retrouve avec un univers bien sombre et retors. L’histoire et ses rebondissements sont, en soi, assez prévisibles mais le but n’est pas de nous offrir un thriller : plutôt un univers alternatif dans lequel les terriens sont en danger, tant à cause de la maladie que de l’agressivité des luniens, ancienne colonie terrestre ayant pris son indépendance.

Et c’est un univers vraiment bien construit. Le but du premier tome est de mettre l’histoire en place et il y parvient parfaitement : on imagine sans peine les rues de la nouvelle Pékin, ses bas-fonds, ses cyborgs animés par une conscience bien plus développée qu’une simple IA et qui posent un problème d’éthique que la population ignore en les stigmatisant. La peur que confèrent les luniens, sur lesquels circulent tellement de légendes qu’on ne sait plus ce qui est vrai ou faux. Sont-ils magiques ou usent-ils d’une technologie inconnue pour manipuler les gens ? Pourquoi ont-ils si peur des miroirs ?

Ce premier tome nous présente tout et nous plonge directement dans l’ambiance angoissante de cet univers alternatif. Dès le début nous sommes au parfum, c’est un monde un peu comme le nôtre, avec ses injustices, la peur de l’étranger, et les adolescentes scotchées aux sites people pour savoir ce que projette le prince célibataire ! 😀

La population essaie de vivre comme elle peut mais c’est difficile, entre l’épidémie, la pauvreté, et la menace lunaire. C’est encore plus compliqué lorsqu’on est à moitié cyborg et que l’on a pas d’existence légale. Que l’on est qu’un objet aux yeux des autres alors qu’on est conscient. Le problème éthique est secondaire dans le roman, mais j’avoue qu’il m’a marquée.

Je compte bien me plonger dans la suite car c’est un univers prenant. Sincèrement, on ne sent pas du tout le côté « princesse Disney », c’est un tout autre univers et cette fois il n’y a personne pour sauver la princesse. Alors qu’elle court un sacré danger.

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Maudit Karma, de David Safier

Après avoir vu passer cette critique sur Hellocoton, j’ai décidé de sortir de ma zone de confort en termes de littérature et de taper dans le registre de l’humour.

Pour essayer de me situer, je suis la fille qui est capable de rigoler aux blagues les plus trash, qui sort des blagues sur le cancer à un cancéreux et qui balance des bombes sur les handicapés alors qu’elle en est une. Il y a très très peu de choses dont je ne ris pas, et une blague bien sentie peut très bien me faire rire, même sur un sujet sensible. Donc, en théorie, un roman humoristique a quand même moyen de trouver son public avec moi ! 😉

Nous partons donc à l’aventure avec Kim Lange, une femme du show-biz carriériste, qui néglige particulièrement les siens, ne pensant qu’à paraître, qu’à sa petite personne. Un grand classique. En plus de ça, elle trompe son mari sans trop de remords et n’hésite pas à détruire la carrière de ses rivales.

Inutile de vous dire qu’à sa mort (qui mérite un panthéon aux Darwin Awards) elle a accumulé un sacré paquet de mauvais karma et, pour pouvoir accéder au Nirvana, elle doit faire de bonnes actions pour regagner des points. Des bonnes actions désintéressées, sinon ce serait trop facile. Pour une femme aussi égocentrique, le chemin est long. Mais elle n’a pas de temps à perdre, car son mari désormais veuf se fait mettre le grappin dessus par son ex-meilleure amie (qui avait déjà tenté par le passé) et elle veut empêcher le mariage.

Or, qui dit mauvais karma dit réincarnation bien foireuse, et je vous souhaite bonne chance pour empêcher un mariage lorsque vous êtes une fourmi !

Nous assistons donc aux efforts de Kim pour remonter la chaîne du karma et gagner le droit de rester auprès de sa famille : cependant, ses intentions (gâcher le mariage, empêcher son mari de refaire sa vie) ne sont pas louables et ce ne sera pas si simple de regagner du bon karma ! Les situations cocasses s’enchaînent et j’avoue que ce ne doit pas être très épanouissant d’être un humain réincarné avec toute sa conscience dans le corps d’une espèce moins évoluée, encore moins lorsqu’on a un but.

J’ai eu un gros coup de cœur pour la période « cochon d’Inde », il faut dire que j’adore ces bestioles et que la conclusion de la partie sur l’expérimentation animale est particulièrement jouissive pour quelqu’un qui, comme moi, ne l’approuve absolument pas !

Je vous avoue que même si le livre ne casse pas trois pattes à un canard (lui casser c’est du mauvais karma ^^) mais j’ai pouffé à plusieurs reprises, Kim prend les choses avec un humour sarcastique comme je l’aime et même si je n’ai clairement pas envie de m’en faire une amie son évolution est intéressante à suivre.

Le concept du livre est également plus sérieux qu’il en a l’air, car nous sommes très nombreux à passer à côté de notre vie sans nous en rendre compte, à courir après l’argent, le travail, les biens matériels… si le karma existe réellement, tel que présenté dans le roman, on comprend pourquoi il y a environ 10 millions de milliards de fourmis sur Terre !

En résumé, c’est un petit livre bien sympathique, qui prête à sourire, et qui fait quand même bien réfléchir pour un roman humoristique !

Publié dans Littérature

Phobos, de Victor Dixen

Je me rends compte que j’ai délaissé les articles littéraires sur mon blog, alors que je n’ai jamais cessé de lire, même si j’ai ralenti un peu le rythme, faute de trouver des titres intéressants à la bibliothèque (qui hélas est petite) et de place/moyens pour acheter de nouveaux livres.

Cependant, j’ai réussi à convaincre la bibliothécaire de commander les trois tomes de Phobos, une saga de SF Young Adult signée Victor Dixen, un écrivain bien de chez nous (eh, pour une fois que je ne table pas dans la littérature américano-britannique hein !) !

Synopsis :

SIX PRÉTENDANTES. SIX PRÉTENDANTS. SIX MINUTES POUR SE RENCONTRER. L’ÉTERNITÉ POUR S’AIMER.

ILS VEULENT MARQUER L’HISTOIRE AVEC UN GRAND H.

Ils sont six filles et six garçons, dans les deux compartiments séparés d’un même vaisseau spatial. Ils ont six minutes chaque semaine pour se séduire et se choisir, sous l’œil des caméras embarquées. Ils sont les prétendants du programme Genesis, l’émission de speed-dating la plus folle de l’Histoire, destinée à créer la première colonie humaine sur Mars.

ELLE VEUT TROUVER L’AMOUR AVEC UN GRAND A.

Léonor, orpheline de dix-huit ans, est l’une des six élues. Elle a signé pour la gloire. Elle a signé pour l’amour. Elle a signé pour un aller sans retour…

MÊME SI LE RÊVE VIRE AU CAUCHEMAR, IL EST TROP TARD POUR REGRETTER.

Mon avis sur la saga :

Je préfère préciser d’emblée que je vais critiquer l’ensemble, donc les trois tomes d’un coup (je n’ai pas lu le préquel racontant l’histoire des prétendants). Attention aux spoils.

Je ne suis pas vraiment habituée à la catégorie young adult de la SF, d’habitude je lis des romans bien techniques, bien hardcore, qui font fumer les neurones (et qui après me font râler sur le manque de réalisme des batailles spatiales dans les séries) et du coup, je m’aperçois qu’en fait c’est beaucoup plus accessible aux novices ainsi. On a des notions d’astronomie, des notions techniques, oui, mais vulgarisées, ce qui permet de mieux comprendre.

Après, ici, il ne s’agit pas de batailles spatiales mais de la colonisation de la planète Mars par un groupe d’adolescents/jeunes adultes.

L’histoire est d’un grand réalisme et s’intègre parfaitement dans notre monde : on pourrait la situer environ une cinquantaine d’années après notre ère. On y parle de smartphones, de télé-réalité… et là, justement, la conquête spatiale a également conquis le secteur de la télé-réalité.

12 candidats ont été sélectionnés pour être les pionniers de la planète Mars, et vous pouvez dégainer votre téléphone pour leur apporter des fonds et augmenter ainsi leur confort une fois qu’ils seront installés dans la base martienne. L’espace n’est plus réservé à une poignée d’initiés, il est accessible même à la petite mamie derrière sa télé.

Pourquoi ? Parce que les États-Unis, pour rembourser leur dette abyssale, ont décidé de vendre leurs institutions, y compris la NASA. Et pour rembourser cet achat, la société Atlas Capital a fait appel à la populaire Serena McBee qui a eu l’idée d’un show de télé-réalité à l’échelle mondiale : envoyer des gens comme vous et moi dans l’espace, et une fois que la ménagère s’est attachée à eux, on la fait raquer un max ! Et ça marche. Matraquage médiatique, manipulation, sponsors et grands renforts de publicité, tout y est. Les gens sont à fond, sans doute même un peu trop.

Vous allez me dire, tant mieux pour ces adolescents désœuvrés à qui on a laissé leur chance, il n’y a pas de quoi en faire un roman. Oui, mais tout n’est pas si rose. Car Atlas Capital n’a pas la moindre intention d’entretenir une base martienne pour l’éternité, ils ne cherchent que le profit. Et accessoirement, Serena aussi. Alors que faire des pionniers une fois l’argent encaissé ?

Très rapidement, on nous présente un document que Serena croit avoir fait disparaître pour de bon : le rapport Noé, qui prouve que des cobayes envoyés sur Mars avant les pionniers n’ont pas survécu et que la base martienne n’est pas viable. Léonor, l’une des pionnières, se retrouve avec ce rapport dans les mains grâce aux remords d’un membre de l’équipe Genesis. Cependant, il est trop tard, ils ont déjà décollé… tout droit vers la mort.

Si le tome 1 est centré principalement sur ce qui m’intéresse le moins, à savoir le speed-dating, les bases de l’univers sont là et on tourne les pages sans s’en rendre compte. On ne peut pas s’empêcher de se dire qu’une entreprise prête à envoyer des jeunes gens à la mort pour de l’argent, c’est tout à fait notre monde. Tout comme ces gens derrière leur téléviseur qui se passionnent pour la vie des pionniers, on a envie de savoir comment est-ce qu’ils vont se sortir de ce guêpier. Quand votre vie dépend totalement de la bonne volonté d’une psychopathe, est-ce qu’il vaut mieux se taire et lui obéir, pour gagner quelques mois de survie, ou se sacrifier pour l’empêcher de satisfaire ses ambitions ? C’est le dilemme qui se posera à l’équipage…

Le tome 2, lui, est plus axé sur la survie des pionniers et au double jeu dangereux qu’ils jouent avec Serena. Les couples sont formés, installés, apprennent à vivre ensemble, et les langues se délient, des secrets sont avoués, ou dénoncés, ce qui remet en cause la cohésion du groupe. Non seulement les pionniers doivent se faire à leur vie de jeunes mariés, mais ils doivent aussi apprendre à faire avec les autres, qui ont tous leur caractère, leurs particularités, leur façon de voir les choses et leur manière de réagir face au danger. Et avec l’environnement hostile dans lequel ils vivent. Car non, Mars n’est pas terraformée et même si la base est suffisamment grande pour tout le monde, ils vivent malgré tout les uns avec les autres.

Le tome 3 laisse exploser les tensions accumulées depuis le début et si les pionniers reçoivent de l’aide de quelques personnes sur Terre, ils sont encore sur Mars, à la merci de Serena. Une situation dont certains s’accommodent et pas d’autres. Il faut dire que Serena excelle dans l’art de la manipulation et sait brosser tout le monde dans le sens du poil !

Si j’ai eu un peu de mal avec le tome 1 car je ne suis pas une grande fan d’histoires d’amour et d’adolescents en fleur, j’ai vraiment dévoré les tomes 2 et 3. Certes, ce n’est pas de la SF hardcore, mais l’histoire est très prenante, très réaliste et surtout se lit très bien. L’auteur a réussi à développer presque tous ses personnages, et ce n’est pas rien, car je connais plus d’un roman avec un héros et une armée de faire-valoir. Là, chaque personnage a sa personnalité, son passé qui l’a forgé et même si on ne les aime pas (j’ai détesté Alexeï du début à la fin ! è_é) on ne peut nier qu’ils sont cohérents.

Je crois que ce qui m’intéresse le plus ici, c’est de me dire qu’on pourrait très bien se retrouver avec une conquête spatiale du genre d’ici quelques années. Quand je vois que quelque chose de sérieux comme notre Présidentielle 2017 ressemble à une course à la manipulation médiatique et à la visibilité, sans aucune profondeur, pourquoi pas envoyer des ados à peine préparés sur Mars ?

Je mettrais bien dans la catégorie « manque de réalisme » le fait que les jeunes sont envoyés sur Mars au bout d’un an seulement de formation : comment peut-on devenir responsable médecine, ingénierie, planétologie en seulement un an, même en formation intensive ? Cependant, ce n’est pas si incohérent compte tenu du fait qu’ils sont destinés depuis le début à mourir là-bas… ce ne serait pas très rentable de les former plusieurs années pour quelques mois de vie dans la base martienne.

Sincèrement, l’ensemble se tient. Ça fait plaisir de voir qu’on peut aborder la SF de cette manière, simple et efficace, et qu’on peut l’ancrer si facilement dans notre monde.

Cependant, le tome 3 m’a laissée sur ma faim et appelle clairement une suite, parce qu’à la finale, on ne sait pas si nos pionniers s’en sont réellement sortis, et ce que va devenir Serena. Sur son site internet, l’auteur a indiqué qu’il s’agirait d’un « après » Phobos, si j’ai bien compris ce ne sera pas une suite directe mais un condensé des évènements post-Phobos. Il faut dire que le tome 3 laisse la scène mondiale, notamment les États-Unis, dans un chaos indescriptible.

J’aurais également bien aimé avoir des précisions sur ce qui a réellement causé la mort des cobayes qui ont précédé les pionniers, et l’origine des bruits entendus pendant la Grande Tempête. On nous donne l’impression qu’il y a quelque chose de pas net sur Mars alors que de l’autre côté, les responsables biologie ne trouvent rien de rien et affirment que Mars est une planète morte. Mais peut-être que tout ça sera élucidé dans le tome 4 !

Je suis vraiment contente d’avoir découvert cette saga qui m’a permis de me remettre un peu dans le bain. J’en ai rarement lu qui me passionnaient autant et je la recommande chaudement ! Elle ne demande pas de connaissances en SF, se lit très bien et vous aurez du mal à en décoller, croyez moi !