Publié dans Une vie de rousse

Je suis un paradoxe sur pattes

L’autre jour, mon homme a eu une petite réflexion qui m’a interpellée. Il m’a dit que j’étais un paradoxe sur pattes. Et en fait, c’est plutôt vrai. Moi-même j’ai parfois du mal à me cerner et je suis consciente que j’envoie des signaux contradictoires.

  • J’ai une grande gueule. Pourtant, je suis une fille réservée, voir très réservée.
  • Je n’accorde aucune importance à l’opinion des autres. Pourtant, je ne peux pas m’empêcher de foncer droit dans des débats perdus d’avance, comme par exemple les articles sur le chômage qui passent sur Facebook et qui se retrouvent vite blindés de commentaires qui me hérissent du genre « Si on veut trouver du boulot on peut, tous les chômeurs sont des fainéants ! ». Je sais que je ne les ferai jamais changer d’avis. Et au fond, qu’ils pensent comme ça, je m’en moque. Ca ne changera rien à mon quotidien. Mais je ne peux pas m’en empêcher.
  • Je ne suis absolument pas empathique. Pourtant, beaucoup de personnes m’ont dit que j’étais beaucoup plus compréhensive que leurs amis et préfèrent venir se confier à moi.
  • Je ne supporte pas qu’on me prenne de haut. Pourtant, ça m’arrive souvent de le faire (surtout quand je parle politique avec des gens de droite, coucou les Macronistes haha).
  • J’adore débattre. Cependant, je suis presque incapable d’admettre avoir tort. Y compris le nez dans ma merde.
  • J’ai reproché beaucoup de choses à mon ex. Pourtant, loin d’être totalement victime, je me suis aussi comportée comme une garce.
  • Je peux être très tolérante sur beaucoup de choses : la sexualité, le passé, les goûts, etc. Mais je peux aussi vouer une haine féroce à certaines personnes, comme les fumeurs. Une haine particulièrement violente. Certains diront disproportionnée aussi, mais à cela je répondrai qu’une baffe contre faire respirer une fumée cancérigène aux autres, ce n’est rien 😉
  • Il m’arrive souvent de rire lorsque je vois une connaissance prendre la mouche pour un rien. Pourtant, niveau susceptibilité, je pense que je me situe dans le haut du panier.
  • Je suis très, très, très misanthrope. Et pourtant je suis humaniste. Je ne supporte pas les injustices, les inégalités, la hiérarchie sociale. Je souhaite une société heureuse et épanouie. De plus, ma misanthropie ne m’empêche pas de me préoccuper des autres, puisque je parraine une petite fille en Asie (même si le côté social de la chose, avec les lettres, me rebute un peu). Parce que je pense que la société s’améliorera si on part tous sur un pied d’égalité en termes d’éducation.
  • Je ne suis pas hypocondriaque. Pourtant je me préoccupe beaucoup de ma santé et suis attentive au moindre petit rhume.
  • Je ne supporte pas les compromis. Pourtant avec un homme bipolaire j’en fais beaucoup !
  • Je déteste les imbéciles, ceux qui n’ont aucune culture, aucune réflexion, qui boivent les médias comme du petit lait sans rien remettre en question. Pourtant parfois moi aussi je parle trop vite pour dire de la merde ! ^^
  • Je déteste que l’on vienne me donner des pseudos conseils comme si j’étais une idiote qui n’avait jamais réfléchi à sa situation et à comment l’améliorer (comme récemment pour le permis, désolée lapinou, je l’ai un peu mal pris). Pourtant ça m’arrive d’aller en distribuer. Et souvent, à des gens que je sais aussi susceptibles que moi, sinon plus. Empathie 0.

Bref, bref, je pense que je pourrais continuer encore longtemps. Et je pense que je ne facilite pas la tâche aux gens qui essaient de me comprendre (est-ce qu’il y en a au moins ?). Ou alors je suis juste une connasse, ce qui n’est pas impossible. Bon d’accord, je SUIS une connasse, c’est un fait. Vous voyez je reconnais mes torts parfois ! ^_^

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Chroniques lunaires, de Marissa Meyer : bienvenue chez les princesses cyborg

Date de parution : 7 mars 2013 (pour l’édition française PKJ)

ISBN : 2823812091

Éditeur : PKJ

Genre : Science-fiction, steampunk, conte revisité

Pages : 413

Synopsis : 

Les humains et les androïdes se pressent dans les rues bruyantes de la Nouvelle-Pékin. Une peste mortelle ravage la population. Depuis la lune, un peuple sans pitié observe la situation, en attendant de passer à l’attaque… Personne ne sait que le sort de la Terre ne dépend que d’une seule fille… Cinder est un cyborg, une mécanicienne très douée. Citoyenne de seconde classe, elle a un passé mystérieux, et vit avec ses désagréables belle-mère et belles-sœurs. Sa rencontre avec le prince Kai va la précipiter au cœur d’une lutte intergalactique. Partagée entre le devoir et la liberté, la loyauté et la trahison, elle doit découvrir les secrets de son passé, afin de protéger l’avenir de son monde.

Mon avis sur le roman : 

L’idée d’un énième conte de fées revisité ne me branchait pas plus que ça, mais l’enthousiasme avec lequel Angie parlait de cette saga m’a donné envie d’y jeter un œil. Pourtant, je ne suis pas adepte du steampunk, même si j’apprécie beaucoup la SF. Mais bon, il faut savoir sortir un peu des sentiers battus. Eh bah j’ai pris une belle claque !

Si la saga compte plusieurs tomes, je ne vais vous parler ici que du premier. Les livres revisitent l’histoire des princesses de contes de fées en commençant par notre chère Cendrillon. Sauf que Cendrillon, enfin, Cinder, ne risque pas de perdre sa pantoufle de verre : c’est un Cyborg, et elle peut carrément enlever son pied. Les cyborgs ne sont pas considérés comme des êtres humains, et ce même lorsqu’il s’agit d’humains avec quelques gadgets en plus. C’est le cas de Cinder, humaine à la base, à qui des membres cybernétiques ont été implantés après un accident.

Son père adoptif étant décédé, elle vit avec sa belle-mère et des deux belles-sœurs, qui l’exploitent bien comme il faut, d’autant plus que c’est une excellente mécanicienne. Elle tente de tirer son épingle du jeu, mais éternelle mineure aux yeux de la loi, elle n’a pas énormément de possibilités. Cependant, une rencontre inattendue avec un prince très sympa (et peu farouche) va la propulser droit dans les petites intrigues du gouvernement.

En effet, le peuple de la Lune, particulièrement agressif, a bien envie de mettre la main sur le prince et déclarer la guerre. Ces luniens sont d’ailleurs dotés d’un magnétisme puissant qui leur permet de plier les gens à leur volonté. Un beau cheat code qui a malgré tout quelque faiblesses que Cinder compte bien exploiter pour sauver le prince et l’alliance terrestre d’une guerre qui serait beaucoup trop coûteuse en vies humaines, surtout avec l’épidémie de peste qui ravage la population.

Sincèrement, c’est une claque. Je m’attendais à une petite romance Disney-like et je me retrouve avec un univers bien sombre et retors. L’histoire et ses rebondissements sont, en soi, assez prévisibles mais le but n’est pas de nous offrir un thriller : plutôt un univers alternatif dans lequel les terriens sont en danger, tant à cause de la maladie que de l’agressivité des luniens, ancienne colonie terrestre ayant pris son indépendance.

Et c’est un univers vraiment bien construit. Le but du premier tome est de mettre l’histoire en place et il y parvient parfaitement : on imagine sans peine les rues de la nouvelle Pékin, ses bas-fonds, ses cyborgs animés par une conscience bien plus développée qu’une simple IA et qui posent un problème d’éthique que la population ignore en les stigmatisant. La peur que confèrent les luniens, sur lesquels circulent tellement de légendes qu’on ne sait plus ce qui est vrai ou faux. Sont-ils magiques ou usent-ils d’une technologie inconnue pour manipuler les gens ? Pourquoi ont-ils si peur des miroirs ?

Ce premier tome nous présente tout et nous plonge directement dans l’ambiance angoissante de cet univers alternatif. Dès le début nous sommes au parfum, c’est un monde un peu comme le nôtre, avec ses injustices, la peur de l’étranger, et les adolescentes scotchées aux sites people pour savoir ce que projette le prince célibataire ! 😀

La population essaie de vivre comme elle peut mais c’est difficile, entre l’épidémie, la pauvreté, et la menace lunaire. C’est encore plus compliqué lorsqu’on est à moitié cyborg et que l’on a pas d’existence légale. Que l’on est qu’un objet aux yeux des autres alors qu’on est conscient. Le problème éthique est secondaire dans le roman, mais j’avoue qu’il m’a marquée.

Je compte bien me plonger dans la suite car c’est un univers prenant. Sincèrement, on ne sent pas du tout le côté « princesse Disney », c’est un tout autre univers et cette fois il n’y a personne pour sauver la princesse. Alors qu’elle court un sacré danger.

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Maudit Karma, de David Safier

Après avoir vu passer cette critique sur Hellocoton, j’ai décidé de sortir de ma zone de confort en termes de littérature et de taper dans le registre de l’humour.

Pour essayer de me situer, je suis la fille qui est capable de rigoler aux blagues les plus trash, qui sort des blagues sur le cancer à un cancéreux et qui balance des bombes sur les handicapés alors qu’elle en est une. Il y a très très peu de choses dont je ne ris pas, et une blague bien sentie peut très bien me faire rire, même sur un sujet sensible. Donc, en théorie, un roman humoristique a quand même moyen de trouver son public avec moi ! 😉

Nous partons donc à l’aventure avec Kim Lange, une femme du show-biz carriériste, qui néglige particulièrement les siens, ne pensant qu’à paraître, qu’à sa petite personne. Un grand classique. En plus de ça, elle trompe son mari sans trop de remords et n’hésite pas à détruire la carrière de ses rivales.

Inutile de vous dire qu’à sa mort (qui mérite un panthéon aux Darwin Awards) elle a accumulé un sacré paquet de mauvais karma et, pour pouvoir accéder au Nirvana, elle doit faire de bonnes actions pour regagner des points. Des bonnes actions désintéressées, sinon ce serait trop facile. Pour une femme aussi égocentrique, le chemin est long. Mais elle n’a pas de temps à perdre, car son mari désormais veuf se fait mettre le grappin dessus par son ex-meilleure amie (qui avait déjà tenté par le passé) et elle veut empêcher le mariage.

Or, qui dit mauvais karma dit réincarnation bien foireuse, et je vous souhaite bonne chance pour empêcher un mariage lorsque vous êtes une fourmi !

Nous assistons donc aux efforts de Kim pour remonter la chaîne du karma et gagner le droit de rester auprès de sa famille : cependant, ses intentions (gâcher le mariage, empêcher son mari de refaire sa vie) ne sont pas louables et ce ne sera pas si simple de regagner du bon karma ! Les situations cocasses s’enchaînent et j’avoue que ce ne doit pas être très épanouissant d’être un humain réincarné avec toute sa conscience dans le corps d’une espèce moins évoluée, encore moins lorsqu’on a un but.

J’ai eu un gros coup de cœur pour la période « cochon d’Inde », il faut dire que j’adore ces bestioles et que la conclusion de la partie sur l’expérimentation animale est particulièrement jouissive pour quelqu’un qui, comme moi, ne l’approuve absolument pas !

Je vous avoue que même si le livre ne casse pas trois pattes à un canard (lui casser c’est du mauvais karma ^^) mais j’ai pouffé à plusieurs reprises, Kim prend les choses avec un humour sarcastique comme je l’aime et même si je n’ai clairement pas envie de m’en faire une amie son évolution est intéressante à suivre.

Le concept du livre est également plus sérieux qu’il en a l’air, car nous sommes très nombreux à passer à côté de notre vie sans nous en rendre compte, à courir après l’argent, le travail, les biens matériels… si le karma existe réellement, tel que présenté dans le roman, on comprend pourquoi il y a environ 10 millions de milliards de fourmis sur Terre !

En résumé, c’est un petit livre bien sympathique, qui prête à sourire, et qui fait quand même bien réfléchir pour un roman humoristique !

Publié dans Une vie de rousse

Mais laissez-moi donc voter blanc !

A force de voir les Jean-Michel Morale et autres consorts se prenant pour des Chevaliers Blancs envahir la Toile, je me sens obligée de m’exprimer, moi, l’enflure qui va voter blanc.

Il est ridicule, on est d’accord

Je dois avouer que je suis profondément agacée par cette chasse aux sorcières qui dure depuis dimanche dernier. Cette culpabilisation ambiante. Tu ne votes pas, tu votes blanc, tu votes FN, t’es un nazi, point à la ligne. La réalité est, je suis désolée (en fait, non), bien plus complexe que ça.

Déjà, dès le début, il était évident que Macron était un deuxième candidat du pouvoir en place. Le PS devait bien se douter que les gens qui iraient voter à la primaire ne voteraient pas pour un candidat du PS « de droite » comme on a eu pendant cinq ans. Dès le début le gars part avec les médias dans la poche, les grandes pontes du PS le soutiennent ouvertement sans se faire exclure du parti (et on a même des types comme Valls qui le rejoignent pépouze malgré l’engagement écrit signé, sans conséquences, c’est normal). Bien joué, visiblement les gens n’y ont vu que du feu.

Ensuite on constate des irrégularités hallucinantes lors du premier tour, avec des dizaines de milliers d’électeurs radiés sans raison des listes électorales, des expatriés qui ne peuvent pas voter faute de bureaux de vote suffisants… et de l’autre côté dans les 500.000 électeurs qui eux se retrouvent avec deux cartes d’électeur, sans contrôle particulier « parce que la fraude est rare ». Et ça ne choque personne, pas plus que ça. Seuls les médias indépendants relaient un maximum, les autres concèdent quelques lignes au phénomène, sans remettre en question la légitimité de l’élection.

Donc tout ça, sincèrement, ne donne pas envie d’accepter l’élection telle qu’elle est actuellement. J’ai l’impression de m’être faite enfler par le système qui ne veut pas que les choses changent, j’ai l’impression de vivre une élection dont les dés étaient pipés dès le début. En même temps, vu les soutiens de Macron parmi le patronat, les grandes entreprises et compagnie, c’était, là encore, évident.

J’ai voulu croire que plutôt que préserver leurs petits privilèges, les gens se réveilleraient, comprendraient qu’il est nécessaire de passer par la transition écologique, pour éviter que leurs enfants qui toucheront leur héritage le dilapident en masques à oxygène ou en médicaments pour le petit dernier qui aura le cancer à 5 ans à force de bouffer du pesticide. Visiblement, non.

Les français m’ont déçue.

En réponse au premier tour, je pourrais revêtir mon armure étincelante de Chevalière anti-FN, comme ça je grappillerais plein de likes et de visibilité. Je serais portée aux nues comme exemple. Mais non.

Macron, c’est le type qui nous l’a mise bien profond lorsqu’il était au gouvernement. La Loi Macron, et toutes les manifestations qu’elle a entraînées, vous vous souvenez ? Vous y croyez vraiment, quand il vous dit qu’il n’a pas eu le choix ? Toutes ses saillies anti-chômeurs qui insinuaient bien cradement qu’ils cherchaient bien leur chômage pour rester chez eux à vivre sur le dos des autres ?

Macron, c’est le type qui a sorti face à deux grévistes : « Je n’ai pas de leçons à recevoir. Si vous ne voulez pas que la France soit bloquée, arrêtez de la bloquer ».

Macron, c’est le type qui a sorti, irrité de se voir mis en face des réalités par les grévistes : « Vous n’allez pas me faire peur avec votre tee-shirt. La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler« .

Macron, c’est le type dont un des soutiens qualifie un plan social de 300 licenciements d’anecdote.

Macron, c’est le type dont l’ancienne présidente du MEDEF se voit Première Ministre. Vous le sentez le beau traquenard ?

Vous le sentez le mépris envers les gens qui osent contredire sa précieuse petite personne ? Il a d’ailleurs réitéré le coup des leçons qu’il ne veut pas recevoir auprès d’un journaliste, le soir des élections : « Je n’ai pas de leçon à recevoir du petit peuple parisien« .

Macron, c’est le gars qui a fait partie du gouvernement qui a bashé les précaires et les chômeurs comme ce n’est pas permis, et qui a continué dans cette voie lors de sa campagne. C’est le type qui n’admet pas qu’on le contredise et qui se fout complètement des contestations. On a peur que le FN interdise les manifestations mais lui, il n’a pas vraiment l’air mieux, je vous signale.

Et à moi, précaire, chômeuse, on me demande de voter pour un gars qui me méprise jusqu’à la moelle et qui me mènera la vie dure pendant son quinquennat ? Qui visiblement n’y connaît rien au monde du travail (la radiation au bout de deux offres refusées dans votre branche, c’est déjà le cas, pour info) Vous êtes sérieux, à être si odieux ? De quel droit venez-vous, avec votre morale à deux balles, me demander de voter pour mon bourreau ? Avant d’insinuer que les chômeurs sont difficiles et ne cherchent pas assez, peut-être faudrait-il revoir le fonctionnement des institutions censées nous aider et qui en réalité sont d’une incompétence sans nom. Peut-être, aussi, faudrait-il jeter un oeil du côté des recruteurs qui demandent plusieurs années d’expérience en sortie d’école, ou qui font signer des contrats en apprentissage pour des jobs alimentaires qui ne mènent à rien. Peut-être faudrait-il jeter un œil sur les abus aux contrats aidés. Peut-être faudrait-il, au lieu de blâmer le pauvre, regarder si le problème ne vient pas d’ailleurs.

De plus, en tant qu’amoureuse des animaux, je ne peux décemment pas voter pour un gars qui veut rétablir les chasses présidentielles et qui n’a que mépris pour les défenseurs de la cause animale.

Les gens qui ont voté Macron, statistiquement, sont des gens qui ont déjà un travail, une situation. Des gens qui n’ont rien à perdre avec Macron, des gens qui probablement hochent la tête en souriant lorsque quelqu’un balance que les chômeurs sont tous des parasites profiteurs. Des gens qui pensent que les plans sociaux sont pour les autres, des gens qui peut-être participent au bashing général sur les réseaux sociaux depuis plusieurs années. Des gens qui OSENT me demander de les aider à conserver leur petite situation, leur petite société qui leur convient bien sans songer une seconde qu’en faisant ça, moi, je me coupe le pied. Mais ils s’en tapent.

Basher les chômeurs, les précaires, c’est socialement acceptable et accepté. Alors on doit fermer notre gueule et voter Macron, sinon on est des nazis.

Quand au Front National, je conchie tout autant leur programme. Si on s’en tient au programme seul, j’ai moins à craindre de Le Pen que de Macron, mais je me doute bien que derrière toute cette entreprise de dédiabolisation et de clins d’œil aux électeurs de Mélenchon se cache quelque chose de pas beau à voir. Le passif du parti, ses références sont à mes yeux une volonté de ne regarder que vers le passé, et non vers l’avenir. De diaboliser l’étranger plutôt que de regarder ce qui ne va pas dans notre pays. La solution aux problèmes de la France n’est pas là. Si je ne suis pas pour ouvrir nos frontières en grand, on ne peut pas non plus décemment dire aux gens d’aller crever ailleurs. Ni les parquer dans je ne sais quels camps de fortune en attendant de savoir quoi faire d’eux. Ni les renvoyer vers la mort, la torture, la guerre. On ne peut pas ne rien faire, surtout quand notre pays est, directement ou indirectement, responsable de la situation dans le pays d’origine des migrants.

Mais si je ne peux pas voter pour le FN, je ne peux pas non plus voter pour Macron. Je suis perdante dans les deux cas. Macron me rendra la vie impossible, mais je pourrai au moins me dire que je ne lui ai pas accordé mon approbation. Pareil pour Le Pen. J’ai l’impression que les gens se font pas mal de films à s’imaginer dans une dictature nazie si elle est élue. Son parti n’a pas le passif le plus rose du monde, mais sa montée est principalement due aux injustices de notre société… que Macron n’a pas l’intention de changer.

Le 7 mai, je voterai blanc. Et j’assume totalement mon choix, même s’il ne te plaît pas, mon cher Jean-Michel Morale. Je ne me compromettrai pas dans cette mascarade. Les gens qui ont amené Macron et Le Pen au deuxième tour les ont amenés parce qu’ils n’ont voté que pour leur gueule et non pour la France. Alors, qu’on ne vienne pas me parler d’égoïsme ou d’irresponsabilité.

Je serai présente aux législatives, et quel que soit le Président, je ferai tout pour l’empêcher d’appliquer son programme. La France que ces deux guignols proposent n’est pas la France que je veux.

Une France juste, une France qui jettera les lobbys dehors, une France leader dans le domaine de l’écologie et de l’humanisme, qui ne se fait dicter sa politique par aucun gros richou en costard.

Je le dis et je le répète : voter blanc, c’est voter blanc. C’est voter pour personne. Voter blanc permet de signifier que l’on s’intéresse aux élections mais qu’aucun candidat ne nous convient (là où une abstention peut-être considérée comme un désintérêt et non un rejet). Ne laissez pas les hérauts de la morale vous manipuler et influencer votre vote, votre manière d’exprimer votre désaccord. Nous avons le droit de voter comme nous le souhaitons. Et personne n’a son mot à dire là-dessus.

Publié dans Une vie de rousse

Être prise au sérieux lorsqu’on refuse la sur-médication

Vous l’ignorez peut-être, mais je suis née avec une maladie génétique. En plus de ça, à la puberté, je me suis retrouvée avec des règles atrocement douloureuses. Du coup, forcément, j’ai été très tôt confrontée à la sur-médication.

Tu es plus encombrée que d’habitude ? Prends ces antibiotiques ! Tu as mal à la tête à force de peiner à respirer ? Tiens, prends de l’aspirine ! Tu es toujours fatiguée ? Tiens, prends les petites vitamines ! Et ton temps libre, passe le au kiné ou au docteur qui t’en prescrira d’autres !

Il faut dire que je n’avais pas trop les moyens de refuser de me faire bourrer de médicaments. J’avais une mère hypocondriaque, qui amplifiait chacun de mes symptômes et me traînait au médecin au moindre éternuement. Et surtout, aucune alternative n’était jamais mise en avant. Tu es malade, tu te soignes avec les comprimés. Jamais mon médecin ne m’a proposé de tester des tisanes, ou tout simplement de lever le pied pour compenser ma fatigue (ma mère me harcelait pour que j’étudie en permanence, ça n’arrangeait pas ma fatigue chronique).

A l’adolescence, je me suis mise à en avoir marre et mon corps rejetait automatiquement tous les comprimés. Je vomissais rien qu’en en voyant un, je ne supportais plus (et ne supporte toujours pas) les médicaments en poudre à diluer, et quand par miracle j’arrivais à en absorber un… il ne faisait aucun effet. La tri-thérapie d’antibiotiques que je prenais chaque année depuis mon enfance ne fonctionnait plus. Mon médecin s’est interrogé sur une possible résistance à force de prendre toujours les mêmes médicaments, mais ça ne collait pas, car certains y sont depuis bien plus longtemps et ça fonctionne toujours. C’est là qu’il s’est mis à me parler d’homéopathie, mais mon hypocondriaque de mère n’arrêtait pas d’asséner que ça ne fonctionnerait pas, pas assez puissant pour la pauvre petite créature malade que j’étais. En effet, ça n’a pas fonctionné.

En désespoir de cause, j’ai fini par aller voir mon médecin en privé pour lui dire que je n’en pouvais plus de tous ces médicaments, et je lui ai demandé un placebo pour éviter d’en prendre tout en calmant ma mère qui n’aurait pas admis que je n’en prenne plus. Dubitatif, il a accepté un essai sur quelques mois et miracle, je revivais !

Les médicaments sont un cercle vicieux : on en prend un pour calmer un symptôme, mais il en déclenche un autre pour lequel il faut prendre un autre médicament, qui lui même déclenche autre chose… on ne s’en sort plus et on empoisonne son corps. En tous cas, c’est l’impression que j’ai eue. Je suis familière aux effets secondaires indésirables et c’est comme si on se rendait malade en voulant se soigner.

Évidemment, tout n’est pas si rose. Je suis obligée d’avoir un suivi pneumologique régulier, et ma pneumologue est la première à me bombarder de médicaments. Pourtant, elle sait que je n’en veux pas, que je préfère les alternatives, mais c’est une « vieille » pour qui tout ce qui ne sort pas d’un laboratoire est de l’attrape-nigaud. « Ce sont des scientifiques, ils savent ce qu’ils font, des tests sont faits« . A ce sujet, elle ne m’écoute pas. Cependant, elle ne peut pas me forcer à aller à la pharmacie après notre consultation. Elle prescrit, je ne consomme pas. Et je me fais engueuler, car à ses yeux, j’empire mon état de santé.

Pourtant, je vais mieux depuis que je ne me bourre plus de médicaments. En même temps, ça brise le cercle vicieux des effets secondaires. Depuis que je ne me vaccine plus contre la grippe, je ne l’attrape plus, alors qu’avant j’y avais droit chaque année, comme par hasard quelques jours après le vaccin. Je veux bien croire que ce soit un hasard : mais dans ce cas, pourquoi je rechute à chaque prise de médicaments ?

Les médecins sont incapables de me donner une réponse, à part un « c’est psychologique » condescendant. Je ne suis pas prise au sérieux. Et je dois toujours faire attention à ce que je dis à ce sujet auprès des organismes comme la MDPH, parce qu’ils sont du genre à me refuser un renouvellement en considérant que je fais exprès de rester malade. Je ne fais pas exprès. J’écoute mon corps, pour la première fois depuis toutes ces années pendant lesquelles on l’a fait taire.

En gynécologie, j’ai le même souci. Le suivi pour mon endométriose est extrêmement compliqué, entre la condescendance des praticiens qui ne me laissent pas disposer de mon corps (ils ne veulent pas entendre parler d’une opération car je n’ai pas d’enfants, refusant de m’écouter lorsque je leur dis que je n’en veux pas) et le refus des solutions de facilité comme la pilule.

La pilule, je l’ai essayée adolescente, comme solution de facilité contre mes règles douloureuses. Non seulement ça n’a rien changé niveau douleur, mais en plus je me suis retrouvée avec de l’acné alors que je n’en avais jamais eu avant et j’ai eu un bond énorme de mon taux de cholestérol. En voyant les résultats, mon médecin m’a dit que si je continuais, je serai diabétique à 40 ans. Mon père étant diabétique, j’avais un terrain propice, et en plus, la pilule ne m’a rien apporté sauf des emmerdes, alors je l’ai stoppée et depuis je refuse de la reprendre, bien qu’on m’assure que depuis, les pilules ont changé.

Je la refuse également pour des raisons environnementales, les hormones synthétiques rejetées dans les urines des femmes entraînant la féminisation des poissons, ce qui a un impact direct sur l’environnement. On aime les animaux ou on ne les aime pas, en attendant, on ne peut pas nier qu’ils ont chacun leur rôle (oui oui, même ces emmerdeurs de moustiques et ces horribles araignées) dans la nature et qu’ils sont essentiels à notre survie. Donc si on peut éviter de leur faire payer nos méthodes…

Sauf que les gynécologues ne l’entendent pas de cette oreille. Pour eux, si je refuse la pilule, je cherche ma douleur et je n’ai rien à dire. N’existe-il donc aucune alternative à ce poison ? On me dit que les méthodes naturelles sont une mode de bobos qui ne marchent pas, mais on ne cherche même pas à me les faire essayer. Et le souci d’internet, c’est que chaque site a sa propre méthode et qu’on ne sait pas ce qui est réellement efficace (à ce propos si vous avez des conseils de livres fiables… je prends). Je teste, parfois je note une petite efficacité. Efficacité bizarrement décuplée lorsque je ne suis pas sous traitement chimique…

Je note même l’efficacité des méthodes naturelles sur les animaux. Hélia, ma minette, souffrait d’une diarrhée soit-disant chronique depuis qu’elle est sénior, et ma vétérinaire me donnait comprimé sur comprimé (sachant que donner des comprimés à un chat récalcitrant, c’est TRÈS chiant) en me disant que ça arrangerait les choses… j’ai fini par arrêter les frais, elle a accusé mes croquettes sans céréales (Orijen, parmi les meilleures du marché en termes de qualité) en me tannant pour que je prenne des croquettes véto bourrées de glucides inutiles… vous savez comment j’ai résolu le problème ? Une grosse pincée d’argile verte dans son eau. Une semaine après, plus de diarrhée. J’ai fini par supprimer l’argile… et la diarrhée n’est pas revenue. Des mois de traitements qui n’ont rien fait, et un peu d’argile sauve ses entrailles. Et son bien-être, je suppose, car ce n’était pas agréable pour elle comme pour nous de nettoyer son poil crasseux.

C’est vraiment dommage de ne jamais être prise au sérieux lorsqu’on refuse de se faire bourrer de médicaments ainsi. Évidemment, je ne suis pas parfaite, j’ai encore beaucoup de mal à me passer de Doliprane pour mes maux de tête par exemple (je me mouche beaucoup et je tousse énormément, donc j’ai souvent mal au crâne) mais j’évite au maximum de rentrer dans le cercle vicieux des médicaments. Et au lieu de m’encourager, de me proposer des méthodes alternatives, on me culpabilise, on me stigmatise… pourtant il existe bon nombre de moyens d’aller mieux sans plus se prendre la tête qu’en absorbant des cachets.

Par contre, je dois avouer que le plus gros problème, c’est le coût des soins naturels : les huiles essentielles, les plantes (surtout si vous les prenez bio et locales), les hydrolats… tout ça n’est pas remboursé et si vous cherchez la qualité, ça chiffre vite. Vous me direz, ce n’est pas forcément si cher avec les médicaments déremboursés (j’ai beau avoir une ALD, si j’ai des médicaments à prendre certains ne sont pas remboursés) mais c’est un coût. Un coût d’autant plus élevé si vous utilisez vos produits pour autre chose que le soin (cosmétiques, ménage…). Cependant, cela oblige à consommer avec parcimonie et ce n’est peut-être pas plus mal, même si forcément, c’est moins accessible qu’aller à la pharmacie quand son traitement est remboursé.

Que pensez-vous de la médecine naturelle ? Ça a marché chez vous ou pas du tout ? Pensez-vous que l’on consomme trop de médicaments, même sans être malade ?

Publié dans Une vie de rousse

Aller voter.

La dernière ligne droite d’une campagne vraiment dégueulasse est là, et sincèrement, tant mieux, qu’on en finisse. Plus que jamais on aura vu le véritable visage de nos hommes et femmes politiques : des ripoux qui ne pensent qu’à l’argent. On le savait déjà mais le voir, comme ça, de manière totalement assumée, décomplexée, avec un culot monstrueux, c’est autre chose. On se dit que le pays va vraiment mal pour en arriver là, pour que des gens soient prêts à voter pour des clampins ouvertement corrompus.

Je dois avouer que je suis profondément agacée de voir qu’on laisse des gens mis en examen ou englués dans des affaires de corruption se présenter aux plus hautes fonctions de l’État. Sérieusement, on est la risée du monde. Tu as joué, tu es corrompu, tu as perdu, tu laisses ta place, les présidentiables ce n’est pas ce qui manque, encore moins dans les gros partis. Mais visiblement non, on laisse faire.

Cette année, on aura également pu voir l’absence totale de neutralité des médias ! Bon, ça aussi, on s’en doutait, après tout la France n’est que 45e dans le classement mondial de la liberté de la presse. Pas étonnant lorsque de grands groupes possèdent nos journaux les plus influents. Lors des Présidentielles, ils mettent en avant leur poulain, celui qui leur mangera dans la main, celui qui fera que rien ne changera et qu’ils pourront continuer à s’engraisser. Et les gens ne marchent pas (haha), non, ils courent !

D’ailleurs, je n’ai pas envie de me placer en Jean-Michel Morale, mais quand je vois que certains se font complètement avoir par le matraquage médiatique, par les pseudo-questionnaires orientés « De quel candidat êtes-vous le plus proche ? » (j’en ai fait un récemment, et j’ai bien rigolé en voyant des % d’affinité avec des candidats dont les mesures phare ne faisaient pas partie des questions proposées), répètent ce que disent les sondages ou les médias sans le moindre recul… on encore s’apprêtent à voter pour Macron « parce qu’il est beau gosse », j’ai envie de vomir et d’imposer le suivi de cours de citoyenneté pour avoir le droit de voter ! Sérieusement, comment peut-on voter sans savoir de quoi on parle ou sans avoir conscience des conflits d’intérêt présents dans les médias ou même dans les relations des candidats ?

Je rigole jaune aussi quand je vois l’acharnement sur Marine Le Pen parce qu’elle stigmatise les étrangers, les immigrés, etc. Certes, ce n’est pas jojo, mais quid des candidats qui stigmatisent leur propre peuple, en montant les classes les unes contre les autres, en présentant les pauvres comme responsables de leur situation et bons à fliquer jusqu’au trognon ? A mes yeux, quelqu’un qui stigmatise les étrangers et quelqu’un qui stigmatise les gens selon leur classe sociale ou leur emploi sont à placer dans le même sac. Si Le Pen se retrouve face à Macron ou Fillon, je n’irai clairement pas donner ma voix aux deux derniers juste pour lui faire barrage, car pour moi, elle n’est pas pire qu’eux. Sans parler du fait que ces trois-là sont des pantins, des foutus pantins du laisser-faire, des foutus pantins des riches.

Pour ma part, niveau politique, je me situe plus à gauche. En même temps, en tant qu’handicapée et en tant que précaire, ce serait un peu con d’aller voter à droite sachant qu’ils me méprisent (j’inclus Macron dans la droite, au vu de son passif et de ses saillies lors des débats). Mais d’un autre côté, le PS, c’est un peu le parti soit-disant socialiste qui nous a sorti du chapeau une politique digne des LR. Je ne me suis jamais sentie aussi honteuse de ma situation que pendant ce quinquennat. En tant que chercheuse d’emploi, j’ai eu l’impression qu’on m’accusait sans cesse d’être responsable de mon chômage, de la chute du pouvoir d’achat parce que faut payer mon alloc, que je ferais mieux de crever en silence. Plus que jamais, je me suis renfermée. Je n’aurais pas dû. Le socialisme est censé placer l’humain au dessus de tout, pas la finance, pas les intérêts des entreprises.

Aujourd’hui, je sais que je ne devrais pas avoir honte, que je ne suis pas responsable de ma situation, mais c’est encore très difficile de le faire comprendre. On le voit lors des débats, quand on nous jette au visage qu’on aura pas droit de refuser plus de X offres… mais vous vous rendez compte de l’état du marché du travail, de l’impossibilité d’accepter une offre guignol de 7h/semaine en CDD ? Le travail ce n’est pas tout, il faut pouvoir se loger, et pour se loger, il faut un emploi décent, pas accepter n’importe quelle offre comme un étudiant en manque d’argent. Ce n’est plus possible.

Je suis désespérément pour le revenu de base, qui, s’il ne fera pas le café, permettra au moins de réduire la pauvreté. Et puis avec un revenu de base sans condition, on pourra accepter plus sereinement les petits boulots puisque ça ne nous plombera plus financièrement. Je pourrais voter pour Mr Hamon, qui a le mérite de parler de cette mesure, de la porter, envers et contre tout. Mais je n’oublie pas qu’il fait partie du PS, qui a participé à ma honte, à mon lynchage social. J’ai mal. Mal à cause d’eux qui ont trahi ma confiance. La mienne et celle de tant d’autres.

Évidemment, c’est difficile de se prononcer lorsqu’on a pas toutes les cartes en main. Je ne suis pas économiste, je n’ai pas les connaissances nécessaires pour mesurer les conséquences d’une sortie de l’Europe -et me contenter de résumés approximatifs furieusement orientés n’est pas envisageable-. Par contre, j’ai envie de balancer un gros coup de pied dans la fourmilière, j’ai envie de purifier nos institutions de toute cette corruption, j’ai envie de voir les lobbys se faire dégager, j’ai envie de voir la justice revenir pour tous (non parce que quand tu te prends un procès pour 50 euros dus à la CAF alors que des types ayant détourné des millions se présentent aux élections, voilà quoi), j’ai envie de pouvoir relever la tête et avancer sereinement.

Je ne pense pas qu’un candidat comme Mélenchon pourra tenir toutes ses promesses, j’ai toujours cette méfiance envers tous les politiques. Mais j’ai envie, pour une fois, de voter pour quelqu’un qui me parle, pas totalement, mais toujours plus que ceux qu’on me présente comme « votes utiles ». J’ai sans doute tort, s’il passe, je serai probablement déçue, de toute manière comme dit mon homme, c’est pas pour nous que ça changera. Mais j’ai envie de tenter. C’est dommage qu’il soit contre le revenu de base, car la société du « travail avant tout » se casse la gueule. Cependant, si je suis déçue, ce sera sans doute la dernière fois.

Publié dans Littérature

Phobos, de Victor Dixen

Je me rends compte que j’ai délaissé les articles littéraires sur mon blog, alors que je n’ai jamais cessé de lire, même si j’ai ralenti un peu le rythme, faute de trouver des titres intéressants à la bibliothèque (qui hélas est petite) et de place/moyens pour acheter de nouveaux livres.

Cependant, j’ai réussi à convaincre la bibliothécaire de commander les trois tomes de Phobos, une saga de SF Young Adult signée Victor Dixen, un écrivain bien de chez nous (eh, pour une fois que je ne table pas dans la littérature américano-britannique hein !) !

Synopsis :

SIX PRÉTENDANTES. SIX PRÉTENDANTS. SIX MINUTES POUR SE RENCONTRER. L’ÉTERNITÉ POUR S’AIMER.

ILS VEULENT MARQUER L’HISTOIRE AVEC UN GRAND H.

Ils sont six filles et six garçons, dans les deux compartiments séparés d’un même vaisseau spatial. Ils ont six minutes chaque semaine pour se séduire et se choisir, sous l’œil des caméras embarquées. Ils sont les prétendants du programme Genesis, l’émission de speed-dating la plus folle de l’Histoire, destinée à créer la première colonie humaine sur Mars.

ELLE VEUT TROUVER L’AMOUR AVEC UN GRAND A.

Léonor, orpheline de dix-huit ans, est l’une des six élues. Elle a signé pour la gloire. Elle a signé pour l’amour. Elle a signé pour un aller sans retour…

MÊME SI LE RÊVE VIRE AU CAUCHEMAR, IL EST TROP TARD POUR REGRETTER.

Mon avis sur la saga :

Je préfère préciser d’emblée que je vais critiquer l’ensemble, donc les trois tomes d’un coup (je n’ai pas lu le préquel racontant l’histoire des prétendants). Attention aux spoils.

Je ne suis pas vraiment habituée à la catégorie young adult de la SF, d’habitude je lis des romans bien techniques, bien hardcore, qui font fumer les neurones (et qui après me font râler sur le manque de réalisme des batailles spatiales dans les séries) et du coup, je m’aperçois qu’en fait c’est beaucoup plus accessible aux novices ainsi. On a des notions d’astronomie, des notions techniques, oui, mais vulgarisées, ce qui permet de mieux comprendre.

Après, ici, il ne s’agit pas de batailles spatiales mais de la colonisation de la planète Mars par un groupe d’adolescents/jeunes adultes.

L’histoire est d’un grand réalisme et s’intègre parfaitement dans notre monde : on pourrait la situer environ une cinquantaine d’années après notre ère. On y parle de smartphones, de télé-réalité… et là, justement, la conquête spatiale a également conquis le secteur de la télé-réalité.

12 candidats ont été sélectionnés pour être les pionniers de la planète Mars, et vous pouvez dégainer votre téléphone pour leur apporter des fonds et augmenter ainsi leur confort une fois qu’ils seront installés dans la base martienne. L’espace n’est plus réservé à une poignée d’initiés, il est accessible même à la petite mamie derrière sa télé.

Pourquoi ? Parce que les États-Unis, pour rembourser leur dette abyssale, ont décidé de vendre leurs institutions, y compris la NASA. Et pour rembourser cet achat, la société Atlas Capital a fait appel à la populaire Serena McBee qui a eu l’idée d’un show de télé-réalité à l’échelle mondiale : envoyer des gens comme vous et moi dans l’espace, et une fois que la ménagère s’est attachée à eux, on la fait raquer un max ! Et ça marche. Matraquage médiatique, manipulation, sponsors et grands renforts de publicité, tout y est. Les gens sont à fond, sans doute même un peu trop.

Vous allez me dire, tant mieux pour ces adolescents désœuvrés à qui on a laissé leur chance, il n’y a pas de quoi en faire un roman. Oui, mais tout n’est pas si rose. Car Atlas Capital n’a pas la moindre intention d’entretenir une base martienne pour l’éternité, ils ne cherchent que le profit. Et accessoirement, Serena aussi. Alors que faire des pionniers une fois l’argent encaissé ?

Très rapidement, on nous présente un document que Serena croit avoir fait disparaître pour de bon : le rapport Noé, qui prouve que des cobayes envoyés sur Mars avant les pionniers n’ont pas survécu et que la base martienne n’est pas viable. Léonor, l’une des pionnières, se retrouve avec ce rapport dans les mains grâce aux remords d’un membre de l’équipe Genesis. Cependant, il est trop tard, ils ont déjà décollé… tout droit vers la mort.

Si le tome 1 est centré principalement sur ce qui m’intéresse le moins, à savoir le speed-dating, les bases de l’univers sont là et on tourne les pages sans s’en rendre compte. On ne peut pas s’empêcher de se dire qu’une entreprise prête à envoyer des jeunes gens à la mort pour de l’argent, c’est tout à fait notre monde. Tout comme ces gens derrière leur téléviseur qui se passionnent pour la vie des pionniers, on a envie de savoir comment est-ce qu’ils vont se sortir de ce guêpier. Quand votre vie dépend totalement de la bonne volonté d’une psychopathe, est-ce qu’il vaut mieux se taire et lui obéir, pour gagner quelques mois de survie, ou se sacrifier pour l’empêcher de satisfaire ses ambitions ? C’est le dilemme qui se posera à l’équipage…

Le tome 2, lui, est plus axé sur la survie des pionniers et au double jeu dangereux qu’ils jouent avec Serena. Les couples sont formés, installés, apprennent à vivre ensemble, et les langues se délient, des secrets sont avoués, ou dénoncés, ce qui remet en cause la cohésion du groupe. Non seulement les pionniers doivent se faire à leur vie de jeunes mariés, mais ils doivent aussi apprendre à faire avec les autres, qui ont tous leur caractère, leurs particularités, leur façon de voir les choses et leur manière de réagir face au danger. Et avec l’environnement hostile dans lequel ils vivent. Car non, Mars n’est pas terraformée et même si la base est suffisamment grande pour tout le monde, ils vivent malgré tout les uns avec les autres.

Le tome 3 laisse exploser les tensions accumulées depuis le début et si les pionniers reçoivent de l’aide de quelques personnes sur Terre, ils sont encore sur Mars, à la merci de Serena. Une situation dont certains s’accommodent et pas d’autres. Il faut dire que Serena excelle dans l’art de la manipulation et sait brosser tout le monde dans le sens du poil !

Si j’ai eu un peu de mal avec le tome 1 car je ne suis pas une grande fan d’histoires d’amour et d’adolescents en fleur, j’ai vraiment dévoré les tomes 2 et 3. Certes, ce n’est pas de la SF hardcore, mais l’histoire est très prenante, très réaliste et surtout se lit très bien. L’auteur a réussi à développer presque tous ses personnages, et ce n’est pas rien, car je connais plus d’un roman avec un héros et une armée de faire-valoir. Là, chaque personnage a sa personnalité, son passé qui l’a forgé et même si on ne les aime pas (j’ai détesté Alexeï du début à la fin ! è_é) on ne peut nier qu’ils sont cohérents.

Je crois que ce qui m’intéresse le plus ici, c’est de me dire qu’on pourrait très bien se retrouver avec une conquête spatiale du genre d’ici quelques années. Quand je vois que quelque chose de sérieux comme notre Présidentielle 2017 ressemble à une course à la manipulation médiatique et à la visibilité, sans aucune profondeur, pourquoi pas envoyer des ados à peine préparés sur Mars ?

Je mettrais bien dans la catégorie « manque de réalisme » le fait que les jeunes sont envoyés sur Mars au bout d’un an seulement de formation : comment peut-on devenir responsable médecine, ingénierie, planétologie en seulement un an, même en formation intensive ? Cependant, ce n’est pas si incohérent compte tenu du fait qu’ils sont destinés depuis le début à mourir là-bas… ce ne serait pas très rentable de les former plusieurs années pour quelques mois de vie dans la base martienne.

Sincèrement, l’ensemble se tient. Ça fait plaisir de voir qu’on peut aborder la SF de cette manière, simple et efficace, et qu’on peut l’ancrer si facilement dans notre monde.

Cependant, le tome 3 m’a laissée sur ma faim et appelle clairement une suite, parce qu’à la finale, on ne sait pas si nos pionniers s’en sont réellement sortis, et ce que va devenir Serena. Sur son site internet, l’auteur a indiqué qu’il s’agirait d’un « après » Phobos, si j’ai bien compris ce ne sera pas une suite directe mais un condensé des évènements post-Phobos. Il faut dire que le tome 3 laisse la scène mondiale, notamment les États-Unis, dans un chaos indescriptible.

J’aurais également bien aimé avoir des précisions sur ce qui a réellement causé la mort des cobayes qui ont précédé les pionniers, et l’origine des bruits entendus pendant la Grande Tempête. On nous donne l’impression qu’il y a quelque chose de pas net sur Mars alors que de l’autre côté, les responsables biologie ne trouvent rien de rien et affirment que Mars est une planète morte. Mais peut-être que tout ça sera élucidé dans le tome 4 !

Je suis vraiment contente d’avoir découvert cette saga qui m’a permis de me remettre un peu dans le bain. J’en ai rarement lu qui me passionnaient autant et je la recommande chaudement ! Elle ne demande pas de connaissances en SF, se lit très bien et vous aurez du mal à en décoller, croyez moi !